Dimanche, 5 Fevrier 2012

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Texte introductif à la Conférence de Tanor Dieng à Washington D.C., Etats-Unis d’Amérique

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campagne_2007_16THEME : Le Sénégal à la croisée des chemins : bilan et perspectives

Mes chers compatriotes,

Chers  invités

Permettez-moi tout d’abord, de vous dire le plaisir toujours renouvelé qui est mien chaque fois que j’ai l’occasion de pouvoir échanger et confronter mes analyses avec vous mes très dynamiques compatriotes sénégalais qui vivez en terre d’Amérique du nord. En me proposant d’introduire vos débats sur le thème du Sénégal à la croisée des chemins : bilan et perspectives, vous me donnez l’occasion de vous livrer mes vues et de recueillir les vôtres sur la situation nationale et sur les temps difficiles que la perfidie du régime d’Abdoulaye WADE nous réserve pour l’avenir.

 

Il pèse sur  l’homme d’Etat une obligation permanente et impérieuse de coller au réel et de rester au diapason des préoccupations et des aspirations de ses compatriotes, par une écoute attentive et une disponibilité constante, dans le cadre d’échanges interactifs mutuellement enrichissants. C’est pourquoi, depuis quelques mois, j’ai entamé une nouvelle tournée dans tous les recoins de la capitale et dans toutes les contrées du pays pour aller au devant des Sénégalais. C’est pourquoi aussi je me réjouis aujourd’hui de l’opportunité qui m’est donnée de m’adresser à vous mes compatriotes de la diaspora.

Aussi, avant d’aller plus loin, et après vous avoir chaleureusement félicité  de l’heureuse initiative de  cette rencontre qui se tient  aujourd’hui  sur les bords du Potomac, ici à Washington D.C., je voudrais vous remercier du fond du cœur pour m’avoir invité à  participer à la réflexion sur le devenir de notre pays.

Mes chers compatriotes,

Chers invités,

Lorsque le 19 mars 2000 les urnes désignèrent Abdoulaye Wade comme troisième Chef de l’Etat du Sénégal, le pouvoir socialiste sortant, prenant la mesure de l’histoire, avait su se hisser à sa hauteur en acceptant le verdict dans un bel élan républicain alors même que les résultats tombaient encore. Inédit sur le continent, un tel geste, qui fut célébré par le monde entier comme un des grands moments de la marche des peuples d’Afrique vers la démocratie, tournait ainsi une page de l’histoire du Sénégal et en ouvrait une autre remplie d’espoirs légitimes pour de larges secteurs des populations.

Le nouveau gouvernement prenait alors la direction  du pays. Et  comme souvent dans ces cas là, il se posait en se définissant comme une condamnation  sévère du régime sortant et surtout par une éloquente  promesse du bonheur enfin à portée de main. Dans l’euphorie des débuts, Abdoulaye WADE omettait  allègrement de relever que malgré toutes les contraintes exogènes, notamment le choc pétrolier de 1973, la sécheresse cyclique, les politiques d’ajustement structurel et la dévaluation du franc CFA dictées par un environnement international difficile, il  avait hérité d’un pays aux finances publiques assainies.

Les équilibres macroéconomiques étaient rétablis, au prix de plusieurs années de sacrifices, avec à la clé de nombreux projets structurants pour l’économie nationale dont le financement était déjà bouclé. Ces projets constituent d’ailleurs l’essentiel des réalisations dont Abdoulaye WADE se gargarise à souhait en dépit des conditions particulièrement opaques et, souvent, approximatives,  de leur mise en œuvre.

Depuis,  10 ans  ont passé et beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. Avec le recul qu’offre le temps écoulé et à la faveur d’un regard rétrospectif sur la trajectoire du pays, les Sénégalais,  qui ont pu constater que les fruits des réalisations  auront été loin des fleurs des promesses, sont maintenant revenus de leurs légitimes espérances.

Et, à l’aune du bilan d’une décennie d’errements dans les politiques publiques mises en œuvre et au regard des sombres desseins qu’Abdoulaye WADE nourrit pour l’avenir, il est bien permis de conclure que le Sénégal se trouve à la croisée des chemins et d’essayer d’esquisser les perspectives pour demain.

Notre rencontre d’aujourd’hui permettra de mettre en lumière la pratique du pouvoir d’Etat qui a conduit à la désastreuse situation nationale actuelle, mais aussi d’identifier et  décrire les soubassements profonds qui la sous tendent. Comprendre les ressorts du régime sera, en effet, œuvre utile pour la reprise  du pays des mains incompétentes et vénales qui le dirigent, afin de pouvoir opérer les politiques de rupture aptes à sortir notre pays de l’impasse institutionnelle, politique, économique, sociale et culturelle où la gestion aventureuse et corrompue du régime de Abdoulaye WADE l’a conduit.

Cette entreprise a déjà commencé en réalité et s’est matérialisée par des initiatives majeures dont la tenue des Assises nationales et la construction de la coalition Bennoo Siggil Senegaal ne sont pas les moindres jalons. La victoire historique aux élections locales du 22 mars 2009, en balisant les chemins de la liquidation du régime d’Abdoulaye Wade, a déjà validé la pertinence de ces options. Il s’agit maintenant de dégager les pistes vers une stratégie victorieuse en 2012 pour  redonner l’espoir aux sénégalais.

Mes chers compatriotes,

Chers invités,

C’est devenu une évidence, la politique d’Abdoulaye WADE et de son régime, abreuvée aux deux mamelles nourricières de son incompétence flagrante et de sa corruption notoire dont le monde entier s’alarme ou se moque maintenant, a plongé  notre cher pays dans une crise grave. Cette crise, multisectorielle et multiforme,  sans précédent dans  l’histoire de notre pays a conduit le Sénégal dans l’impasse morale et éthique où  il se trouve aujourd’hui et où le corps social  de la Nation est devenu une vaste plaie béante qui menace jusqu’aux  fondements de sa cohésion,  voire même  sa survie.

Les institutions de la République ont été complètement dévoyées par l’instauration d’un pouvoir personnel et la concentration de tous les pouvoirs d’Etat entre les mains du Président de la République qui multiplie la création ou la dissolution d’institutions au gré de ses humeurs. La domestication d’un parlement croupion inféodé à l’exécutif et la mise au pas de la justice réduite à entériner les lettres de cachet du prince de même que les incessants tripatouillages de la Constitution pour la seule satisfaction d’intérêts partisans, tous concourent à ce dévoiement de nos institutions.

Les Sénégalais ont cru élire un démocrate sincère mais ont découvert à leur grande stupéfaction un autocrate avéré préoccupé de se donner les moyens d’une succession dynastique alors pourtant qu’il a désormais compris son profond rejet par les populations. Tout se passe comme si Abdoulaye après s’être fait élire selon un processus démocratique, a décrété qu’après lui, il n’y aurait plus jamais d’élections libres, sincères et transparentes au Sénégal

Par ailleurs, indépendamment de l’achat de conscience qui est une forme de fraude électorale, le régime s’est livré à toutes sortes de manipulations sur un fichier électoral piégé pour s’assurer son maintien au pouvoir contre la volonté des Sénégalais. Abdoulaye WADE ne compte plus que sur la fraude pour se maintenir au pouvoir, il a entrepris pour ce faire la réédition de la formidable mascarade qui lui a permis de réaliser le holdup électoral de février 2007 dont l’ancien président de la CENA Moustapha TOURE et l’ancien expert informaticien de la CAP 21 Bakar NDIAYE ont désormais révélé le mystère.

L’installation au Ministère de l’intérieur d’un responsable du PDS ignorant jusqu’aux règles élémentaires d’une République laïque et démocratique, l’ostracisme contre le président de la CENA et sa démission forcée par la suite, la rupture du nécessaire dialogue politique entre majorité et opposition, les velléités de modifications unilatérales du code électoral ainsi que la tentation de la suppression du second tour de l’élection présidentielle vont aussi dans le même sens.

Les violations des droits de l’homme sont répétées et les  entraves à l’exercice des libertés publiques fréquentes comme la censure systématique des livres critiques à l’égard du régime ou les interdictions arbitraires des manifestations de l’opposition.

Les média sont  agressés par des tracasseries et violences policières ou par des attaques  commises à force ouverte par des nervis à la solde de barons du régime restés impunis. Et si l’intimidation et la persécution ne marchent pas, Abdoulaye WADE suscite la création d’organes de presse fantoches chargés de relayer sa propagande insipide et dénigrer les opposants.

Face l’échec des tentatives de dissuasion de la tenue des Assises nationales par les menaces des foudres de la justice, et voyant que les fraudes électorales ne suffiront plus à masquer le profond désaveu des populations, Abdoulaye Wade s’est jeté dans une fuite en avant en rompant tout dialogue avec l’opposition. Le dialogue l’aurait contraint d’abord à admettre  l’ampleur du désastre de sa gouvernance avant de devoir discuter des voies de sorties de crise. Et si parfois,  il s’y  déclare prêt, il finit toujours par se cabrer sous des prétextes fallacieux, espérant ainsi gagner du temps et pouvoir mettre ses adversaires au pied du mur et les contraindre à aller aux  élections selon les mêmes modalités frauduleuses qu’en 2007.

Voila pourquoi le pouvoir et l’opposition ne se parlent plus. Cette situation est grosse de dangers par les menaces qu’elle fait peser sur la paix civile. En effet, là où le dialogue n’existe pas, la porte est ouverte aux confrontations et aux affrontements.

S’agissant de l’économie nationale, elle est complètement sinistrée. L’agriculture est moribonde, victime de politiques agricoles inexistantes ou erratiques qui livrent le monde rural à la merci de spéculateurs en cheville avec le régime. La pêche est hypothéquée  en l’absence d’une politique cohérente, mais aussi par la prédation des grands chalutiers étrangers, la faiblesse du niveau d’équipement des pécheurs ou des tracasseries qui leur sont infligées par les pays voisins.

Les fleurons de l’industrie nationale dont la SONACOS et les ICS et toute l’infrastructure industrielle de manière générale ont été démantelés sans contrepartie tangible et des centaines de milliards dissipés par les appétits voraces de prédateurs locaux nichés à la présidence en connivence avec leurs complices flibustiers du grand capital international. Les grandes entreprises sénégalaises sont, les unes après les autres, à l’image de Air Sénégal International ou TRANSRAIL ou SUNEOR, passées de vie à trépas ou à l’agonie, victimes de braconniers de l’économie n’ayant comme préoccupation que la captation de leurs actifs sociaux et pour unique remède la compression des personnels et la mise au chômage de centaines de chefs de famille.

La disparition des petites et moyennes entreprises et la mise à mort du secteur privé national sont programmées par l’abandon du secteur tertiaire à l’informel et à la contrebande de produits de contrefaçon qui soumettent la production locale à rude épreuve.

Au chapitre des finances publiques, les ressources collectées souvent par une pressurisation forcenée du contribuable ou mobilisées auprès de la coopération internationale sont consacrées à des dépenses de prestige et au train de vie dispendieux du régime, si elles ne sont pas tout simplement passées par pertes et profits. Rien que la location de la flottille de jets privés par le clan WADE pour  leurs interminables pérégrinations de par le monde, à la recherche des coups fumeux dont ils sont si friands, aura  coûté plus de 12,5 milliards au contribuable en une année, pendant que le budget de la Présidence de la république a été multiplié par 25 en dix ans, passant de 4 à 100 milliards.

Les occasions de dépenses publiques sont multipliées par les autorités pour se ménager des opportunités de toucher des commissions ou des pots de vin au moyen de surfacturations et d’ententes frauduleuses. Ainsi, dans le cadre de l’ANOCI, des centaines de milliards ont été dissipées dans la plus grande opacité au détriment d’investissements plus urgents pour l’avenir des jeunes sénégalais.

Le Chef de l’Etat utilise le budget du Sénégal comme s’il s’agissait de sa cassette personnelle et octroie des libéralités comme autrefois les monarques allouaient des listes civiles à leurs courtisans. L’affaire de la mallette de devises remise à Alex SEGURA dans un but manifeste de corruption en est une parfaite illustration. Les affaires de la réfection de l’avion présidentiel, des quinze millions de dollars offerts au Sénégal par la Taiwan mais qui ont atterri sur un compte à Chypre, les dépassements budgétaires par les ministres et directeurs d’agence, la location d’un navire pour deux nuitées à plusieurs milliards, le bradage des terres de l’aéroport à des comparses sous le couvert du financement de son monument, cet hymne  au mauvais goût artistique, à la mal gouvernance et à la prévarication, sont encore frais dans les mémoires aussi.

A cet égard, la façon biaisée  dont Abdoulaye WADE a fini par mettre la main sur les fonds longtemps convoitées de l’IPRES et de la Caisse de Dépôt et de Consignation par le truchement de courtiers présidentiels chargés de refourguer les terres de l’aéroport de Dakar est le chef d’œuvre de l’anthologie de ses crimes économiques et financiers. Pour tenter de grimer ce crime, il a eu l’outrecuidance de baptiser l’opération crapuleuse de dation en paiement. Or la dation en paiement, notion bien connue du droit des obligations, ne saurait être un mode de financement mais une modalité de règlement d’une créance préexistante par l’allocation à son créancier d’un bien mobilier ou immobilier aux lieu et place du versement de sommes d’argent.

Et maintenant il y a les dernières affaires de la tontine  avec les fonds de l’ARTP, de la tentative de blanchiment de 5000 milliards CFA avec la complicité du Palais de la république et puis celle  de 20 milliards de commissions, à l’occasion de la vente de la troisième licence de téléphonie à la société SUDATEL. Elles ont achevé, si besoin était encore, d’édifier les Sénégalais sur la corruption généralisée du système WADE.

Ces illustrations qui sont loin d’être exhaustives, montrent que l’alternance s’est engluée dans la prévarication et l’affairisme mafieux et que l’histoire économique et financière de notre pays ces dix dernières années sera la chronique de scandales les uns plus ahurissants que les autres.

Le fléau est devenu si préoccupant que la communauté internationale s’en est émue et tous nos partenaires au développement ont cru devoir tirer publiquement la sonnette d’alarme pour dire que trop c’est trop et menacer même de suspendre leur coopération afin  ne pas  engraisser indument  des dirigeants parasites préoccupés d’enrichissement personnel.

Chacun a suivi avec consternation et affliction la polémique indigne qu’Abdoulaye WADE, pour tenter de sauver la face hideuse de son régime empêtré dans les scandales, a dernièrement entretenue avec l’ambassadeur des Etats Unis d’Amérique Marcia S BERNICAT au sujet de la corruption manifeste qui sévit au pays.

Sur le plan des relations internationales, le Sénégal incontestable puissance diplomatique d’antan s’est maintenant installé dans une ère de diplomatie de la vache folle avec ses errements et ses égarements qui désespèrent nos diplomates chevronnés marginalisés par la promotion systématique de féaux dans les représentations diplomatiques et consulaires.

A l’heure actuelle, le monde entier est sidéré par la diplomatie de grand place et les incartades d’Abdoulaye WADE qui ont gravement terni l’image de notre pays sur la scène internationale. Ses nouvelles embardées diplomatiques et son aventurisme internationaliste menacent maintenant de nous aliéner la coopération de nos principaux partenaires au développement et deviennent donc dangereux pour les intérêts stratégiques du Sénégal.

Le respect des conditionnalités de bonne gouvernance économique le priverait en effet des importants moyens financiers illicites dont il est si avide pour acheter les consciences tandis que la conformité aux conditionnalités politiques achèverait de l’exposer à une défaite certaine à l’élection présidentielle. De là, la tentation cynique et autarcique du chaos qui l’habite et le pousse à rechercher la brouille avec nos traditionnels partenaires au développement pour pouvoir opérer en toute tranquillité ses plans machiavéliques à l’abri de nos frontières.

Cette situation apocalyptique  ne peut perdurer  sans faire peser de graves hypothèques sur la paix civile,  alors surtout que le front social est en ébullition croissante sous les effets conjugués de l’effondrement du pouvoir d’achat des ménages confrontés au renchérissement du coût de la vie, la paupérisation des masses urbaines et rurales, la hausse du taux de chômage à des niveaux jamais atteints, le réchauffement du front social consécutif au refus de satisfaire les légitimes revendications des travailleurs.

L’exacerbation de l’expropriation forcée, de la spoliation foncière et de la spéculation immobilière et leur corollaire, l’abandon de toute véritable politique d’habitat et de logements sociaux et la hausse y consécutive du coût du logement,  rendent les conditions d’existence très précaires.

La faillite de l’école publique, la panne du système de santé, le désœuvrement  des jeunes forcés à la mort certaine sur les routes maritimes de la désespérance, la persistance du conflit en Casamance, la recrudescence de la violence urbaine, la récurrence des inondations dans les banlieues noircissent davantage le tableau.

Les délestages chroniques de la SENELEC sont de retour alors que  les tarifs exorbitants de l’électricité asphyxient le budget des foyers et menacent de mettre toutes les honnêtes gens en cessation de paiement après l’acquittement des factures d’électricité.

Abdoulaye WADE quant à lui, plutôt que de présenter ses plus plates excuses au peuple sénégalais pour tous ses crimes, a préféré leur présenter sa candidature pour un troisième mandat qui serait inconstitutionnel au demeurant. Il s’est maintenant lancé dans une campagne électorale prématurée, inopportune et indécente au regard des urgences de l’heure que sont la satisfaction des besoins primaires des populations en matière d’alimentation, de santé, d’éducation et du cadre de vie.

Son régime incompétent et corrompu ne compte plus, pour arriver à ses fins, que sur la mise à contribution des média d’Etat au service de sa  propagande, le harcèlement de la presse privée et des journalistes, l’achat des consciences élastiques promptes à se vendre aux plus offrants, la manipulation des communautés religieuses ou confrériques au  mépris de la cohésion nationale voire de l’existence même de la nation.

Le rappel à cor et à cri des enfants perdus du sopi naguère voués aux gémonies et la terreur qu’il espère inspirer à ses contempteurs par le déferlement de la violence de ses sbires, les mensonges d’Etat répétés au prix souvent du déshonneur de citoyens comme dans le cas du colonel CISSOKHO sali dans l’affaire SEGURA relèvent aussi de cette stratégie. Ce qu’il cherche par ces manœuvres, c’est le pouvoir personnel et absolu  au mépris des aspirations démocratiques de notre peuple forgées dans une longue tradition de luttes politiques presque toujours pacifiques.

A l’heure où  il devrait se préparer à faire une sortie honorable après avoir organisé les conditions démocratiques d’un passage du témoin, Abdoulaye WADE s’évertue à brouiller les pistes et à multiplier les pièges, comme inconscient des dangers qu’il fait peser sur la Nation. Si ses sombres desseins devaient prospérer, les sénégalais n’auraient plus alors qu’à se préparer à la succession dynastique. Car pour lui et ses affidés, c’est la seule garantie d’impunité contre les nécessaires et légitimes poursuites  que n’importe quel autre successeur à la magistrature suprême déclencherait.

En vérité la cause Abdoulaye WADE est désespérée, car parvenu au stade  de discrédit moral où se vautre son régime qui prend eau de toutes parts, il découvre  l’ampleur du désastre de sa gouvernance néfaste. Il  comprend aussi que les chances  de succès de son funeste dessein de succession dynastique sont maintenant irrémédiablement compromises  par la  sourde résistance du peuple sénégalais et par l’âpre vigilance de nos partenaires au développement qui sont édifiés sur ses crimes économiques et financiers. Abdoulaye WADE sait par ailleurs que la postérité sera sévère avec son œuvre et que les comptes et mécomptes de sa présidence prédatrice seront étalés à la face du monde.

Cette triple prise de conscience le terrifie et l’incline à ne plus compter que sur le holdup électoral qu’il ourdit avec ses derniers  fidèles.

Mais si le tableau est sombre, il ne doit pas pour autant décourager les patriotes. Des éléments de convergence majeurs existent qui rassemblent de larges secteurs du pays autour de la nécessité d’arrêter le régime d’Abdoulaye WADE afin de rendre possibles les nécessaires politiques de rupture définies par les conclusions consensuelles issues des Assises Nationales et que les sénégalais appellent de leurs vœux.

L’opinion envoie à notre coalition une demande pressante d’une plus grande unité encore, matérialisée par une stratégie électorale consensuelle et, si possible et c’est ce qui est souhaitable, par une candidature unique à la prochaine élection présidentielle et l’engagement de mettre en œuvre ensemble les politiques de rupture. Cette attente ne peut être ignorée par les partis politiques s’ils veulent capitaliser sur le soutien populaire en direction de 2012.

Les procédures concertées pour réfléchir sur les possibilités et les modalités d’une stratégie électorale consensuelle de l’opposition afin d’espérer vaincre le monstre doivent être conduites jusqu’au bout car c’est la demande pressante et impérieuse du peuple.

Il faut rechercher autant que possible cette candidature unique consensuelle qui ne saurait se fonder que sur des critères objectifs et  tenir compte de la complexité des questions et des différences d’approches entre les partenaires. Mais par un principe de précaution, il faudra se garder de considérer une éventuelle candidature plurielle comme un échec, mais plutôt comme l’obligation de parvenir alors à une candidature plurielle rationalisée permettant à chacun de ratisser large et de se compter dans son camp au premier tour, avant de se rassembler au 2nd derrière le candidat le mieux placé.

Chers compatriotes,

Chers invites,

A l’heure où il nous faut cheminer sans chemin balisé, à travers les méandres que l’irresponsabilité d’Abdoulaye WADE multiplie contre la postérité, je voudrais exhorter tous les partis de Bennoo Siggil Senegaal,  tous les partenaires au sein des Assises Nationales, et au-delà, l’ensemble du peuple sénégalais, à la vigilance et au refus de laisser les démons des arrière-pensées et de la division s’emparer des cœurs et des esprits.

C’est le moment pour moi de me féliciter du formidable engouement que l’unité des forces de l’alternative regroupées au sein de la coalition Bennoo Siggil Senegaal a provoqué auprès des populations, et qui a mené à la victoire historique aux élections locales du 22 mars 2009.

Nous saluons également la jonction des forces politiques avec la société civile et l’élan national suscité par les Assises Nationales concrétisées dans la ferveur des partenaires de tous bords accordés sur une charte de gouvernance démocratique, elle-même  articulée autour d’un projet de Nouvelle République.

L’apport des récentes organisations de la société civile désireuses de se joindre à la lutte contre le régime est  bienvenu à condition toutefois que les nobles objectifs d’intérêt général affichées dans les déclarations d’intentions ne soient  pas diffractés, obviés ou viciés par les préoccupations et les contingences particularistes.

Il convient de travailler également à la jonction des partis politiques et des forces syndicales dans le cadre d’un grand mouvement progressiste du refus auquel pourront se joindre toutes les organisations de la société civile qui  souhaiteraient participer à l’effort collectif pour stopper le monstre. L’implication de toutes ces forces vives de la Nation dans  la réflexion sur les différentes séquences qui vont de l’adoption de la stratégie en direction des élections présidentielles à venir à la mise en œuvre du programme de transition sera un acquis important.

Mais d’abord il ne faut ménager aucun effort pour contraindre Abdoulaye WADE à des élections sincères, libres et transparentes, au besoin par la mutualisation des ressources humaines et matérielles de tous les partis, de toutes les organisations de la société civile et de toutes les bonnes volontés dans la lutte contre la fraude  le seul moyen sur lequel le régime pourrait s’appuyer pour espérer se maintenir.

La première des exigences est de faire un audit sans complaisance du fichier des électeurs pour en extirper toutes les inscriptions multiples ou  indues mais aussi d’assurer la fiabilisation de tout le processus électoral. Il faut se mobiliser autour de la sécurisation du processus électoral dans son ensemble.

Une autre bataille est capitale pour l’opposition, c’est celle pour le maintien d’une élection présidentielle à deux tours. C’est comme cela seulement que l’on pourra garantir que le futur Président élu à la majorité absolue puisse bénéficier de la légitimité nécessaire.

Mais pour y parvenir, nous  refusons de nous laisser imposer le calendrier d’Abdoulaye WADE et continuerons à   nous en tenir à notre propre agenda qui privilégie  les questions de fonds avant les problèmes de personnes, même s’il est loisible à chacun d’avoir une préférence pour son leader s’il estime qu’au regard de critères précis et objectifs c’est le bon choix.

Pour ma part, la question centrale est de s’accorder sur le projet de Nouvelle République et la nature du régime politique que nous souhaitons pour restaurer la démocratie et de s’entendre sur les politiques économiques, sociales et culturelles de rupture à mener ensemble, demain après la victoire.

Après quoi, il sera bien assez temps encore de se mettre d’accord sur les critères du choix du candidat unique ou à défaut, et à l’impossible nul n’étant tenu, de rationnaliser les candidatures, de mutualiser les moyens de luttes contre la fraude électorale et de convenir d’un accord de désistement en faveur du candidat de l’opposition arrivé en tête à l’issue du premier tour.

Le Parti socialiste, en ce qui le concerne, qui a très tôt tenu haut et ferme flambeau de la résistance contre le wadisme alors triomphant, se tient près à payer aussi le coût de la  victoire finale contre la gangrène libérale kleptocrate et liberticide.

Après la victoire viendra le temps d’abord de la période de transition dont les équipes, les missions et les prérogatives seront appréhendées à la lumière des propositions et recommandations pertinentes des Assises nationales et en parfaite intelligence avec le peuple. Mais cette période de transition ne sera pas une fin en soi. Elle devra déboucher sur une Nouvelle République et une nouvelle gouvernance démocratique dont les orientations majeures assureront le rééquilibrage des relations entre les institutions avec une assemblée nationale dotée de pouvoirs autonomes élargis devenant le lieu d’impulsion de la vie politique nationale.

La nouvelle architecture institutionnelle verra aussi l’érection d’une Cour constitutionnelle jouant un rôle de régulateur et d’arbitre des contentieux et controverses liés au fonctionnement des institutions. Son président présidera le Conseil Supérieur de la Magistrature.

Enfin la charte des libertés de la démocratie et de la bonne gouvernance assurera un verrouillage des dispositions essentielles de la Constitution et prémunira les citoyens contre les abus de majorité.

Comme on le voit donc, le Président de la République bien que élu au suffrage universel ne sera plus l’Alpha et l’Oméga de la vie politique. Il aura des prérogatives réelles parce que dépositaire d’une légitimité populaire, mais il devra partager le pouvoir exécutif avec un gouvernement responsable devant le Parlement.

C’est cela qui est sain car on ne peut pas fonder un régime républicain sur la toute puissance d’un seul.

Mesdames et Messieurs,

Chers invités,

En 2000, à la veille des élections présidentielles, l’aube se levait sur la longue nuit des ajustements structurels avec, c’est vrai, leurs cortèges de privations pour les populations. Mais au bout de l’effort était le succès. Comme je l’ai rappelé, les équilibres macro-économiques étaient rétablis et tous les grands agrégats au vert, avec un taux de croissance encourageant.

Mais les Sénégalais voulaient le changement et ils ont porté Abdoulaye WADE au pouvoir. 10 ans après, la déception est grande face à une société bloquée qui appelle le meilleur de chacun de nous pour juguler les périls et les nuages qui s’accumulent du fait d’un régime discrédité tant au plan national qu’international.

A présent, l’heure est grave car chacun sait que le régime ne s’avouera jamais vaincu à la régulière et que les temps à venir seront des temps de larmes et de sueur.

Alors, la question maintenant est de savoir si nous devons accepter que l’avenir de notre pays puisse demeurer sous ces sombres auspices, ou si au contraire, nous allons consentir les sacrifices que la volonté de perpétuation monarchique du système WADE pose à l’intelligence et au courage des Sénégalais.

Les démocraties ont toujours été à la merci du premier démagogue  parvenu  au pouvoir par la ruse et la tromperie avant de jeter le masque de démocrate qu’il arborait  et se montrer sous son vrai jour d’autocrate qui se jure qu’après son élection à la régulière, il n’y en aurait plus jamais d’autres transparentes et sincères.

Cette race de politiciens, contrairement aux vrais hommes d’Etat, ne pense toujours qu’à la prochaine élection à truquer et jamais à la prochaine génération à préparer. C’est dans sa nature de ne reconnaître que les limites que lui concède la patience du peuple qu’elle opprime et de ne  trouver d’adversaire à sa dimension que lorsque ce peuple décide de relever le challenge.

Aussi  bien, pour les patriotes sincères, les démocrates véritables et les républicains convaincus, le moment n’est plus seulement d’avoir du courage mais aussi de le montrer. Car si la prudence est  une vertu de sagesse, l’Histoire enseigne qu’elle ne l’emportera jamais seule face à un régime autoritaire.

Face à cette évidence, les patriotes ont l’obligation de responsabilité de ne jamais perdre de vue l’intérêt général qui doit primer sur tous les réflexes de crispation et suspicion entre partenaires. Le Parti socialiste en ce qui le concerne ne marchandera pas sa disponibilité à œuvrer dans ce sens.

L’entreprise sera difficile, car aussi vrai que l’arbre tombe du côté où il penche, Abdoulaye WADE s’accrochera au pouvoir et ne reculera devant aucune perfidie pour se maintenir. Ce qu’il veut, c’est le pouvoir absolu comme si tout le mouvement de la Nation ne se réduisait finalement qu’à la libre expression de ses passions.

Mais l’opposition vaincra si elle garde son unité dans la bonne foi de chacun des partenaires et si elle sait rester objective, généreuse et déterminée, allant au delà de la simple alliance électorale, à un véritable pacte de gouvernement.

Mes chers compatriotes,

Chers invités,

Je vous remercie de votre aimable attention.

Washington - 23 juin 2010

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