Le texte commis par un Adama GAYE, journaliste consultant, publié dans l’édition du jeudi 24 février du journal Walfadjri intitulé le « cas Tanor », est le contre exemple type de la rigueur analytique dans l’argumentaire. Ce texte n’est pas seulement profondément injuste. Il est surtout anachronique, riche d’un cumul de paradoxes, d’a prioris et de jugements d’autorité portés sur un homme publique dont le moindre des mérites, après la trajectoire qui est la sienne, est de continuer d’honorer son statut de résistant après la dure bourrasque des années post-alternance, de rester fidèle à ses convictions, de veiller sur un parti devenu le socle incontournable de l’opposition nationale.
On imagine ce qu’il lui a fallu d’endurance , malgré les manœuvres de déstabilisation, la transhumance, les trahisons, les ralliements, les procès en sorcellerie instruits contre lui, les tentations d’aller à la soupe suscitées par le pouvoir libéral, pour continuer d’assumer avec responsabilité son rôle d’opposant conséquent avec le style qui lui est propre. On imagine ce qui lui a fallu de maîtrise morale, de sérénité intérieure et d’intelligence politique face à des coalitions d’intérêts parfois contradictoires qui s’étaient ligués contre lui et qui se sont révélées sans effet significatif.
On peut toujours refaire l’histoire à sa convenance en usant de raccourcis commodes, de facilités de langage dans une totale ignorance des complexités de l’époque. Monsieur Adama GAYE ne s’est pas privé de se faire plaisir en recourant goulument, non sans complaisance, à cet exercice paresseux reprenant à son compte une rhétorique oiseuse puisant dans la rance d’un débat d’arrière garde pour désigner Tanor comme le facile bouc – émissaire de la défaite de son parti en 2000.
Par la volonté du peuple le parti socialiste a perdu le pouvoir en 2000.Pour la démocratie ,c’est sain qu’il en fut ainsi. Mais pourquoi diable vouloir transformer une défaite politique en péché originel ?Pourquoi grand dieu s’épuiser à vouloir faire de ce grand moment démocratique une fatalité définitive qui condamnerait le parti socialiste à ne plus ambitionner de reconquérir le pouvoir.
Au nom de quelle logique démocratique perverse, voudrait-on confiner le parti socialiste et son leader Ousmane Tanor DIENG hors champ à la marge de la vie politique nationale. C’est l’honneur de la démocratie de faire perdre le pouvoir et c’est aussi l’honneur de la démocratie de permettre à ceux qui l’ont perdu de le reconquérir. Cette règle prévaut universellement.
Mais l’intérêt de ce pavé est ailleurs. Il n’est pas seulement dans le texte mais il est aussi dans le prétexte. En de pareilles circonstances, a-t-on besoin de procéder, comme le recommandait le psychanalyste Sigmund Freud, à une lecture « symptômale » pour décoder le sens du texte et du mauvais prétexte qui l’inspire ? Derrière les anathèmes et la volonté d’excommunier un homme politique, les symptômes sont d’une telle clarté qu’ils se suffisent à eux-mêmes et ne nécessitent pas d’être explicités.
Que disent ces symptômes ? Ils laissent percevoir que c’est moins ce qui est écrit que ce qui n’est pas écrit qui est intéressant chez ce monsieur. Il y a, en effet, une somme de non-dits que ce journaliste, devenu entretemps « consultant » n’ose pas formuler avec clarté. D’abord sur la Côte d’ivoire. Au-delà des appréciations individuelles, et la reconnaissance par la communauté internationale, de la victoire d’Alassane OUATTARA, l’évolution des faits sur le champ ivoirien, le poids des données sociologiques, ethno-culturelles et politico-militaires devrait inciter à plus de prudence dans la lecture de cet abcès ivoirien.
Là gît le premier paradoxe de M. GAYE. Après avoir fait mine de critiquer Tanor, il lui propose en contrepoint des arguments sous l’éclairage desquels, Tanor a finalement raison. Morceaux choisis : « S’il avait pu se dépêtrer des réponses par trop classiques qui lui sont habituelles, Ousmane Tanor DIENG aurait eu alors le loisir de prendre davantage ses distances vis-à-vis de Laurent GBAGBO, sans que cela ne l’empêche de critiquer la part de la communauté internationale, ONU en tête, dans la crise ivoirienne. Ou de soulever les questions légitimes concernant un Alassane OUATARA lié aux forces rebelles. Pourquoi est-il si fortement soutenu par des instances étrangères (ONU, Francophonie et pays occidentaux… ) ».
Après cette tirade, on a peine à saisir la rationalité du texte de M. GAYE. Il y a une telle confusion dans l’articulation des idées qu’on perd pied comme le laisse apparaître le passage heurté entre le cas ivoirien et l’équation sénégalaise. Nouvelle illustration du texte et du faux prétexte. Tanor sert cette fois-ci de porte d’entrée à M. GAYE pour excommunier toute l’opposition sénégalaise et lui refuser son droit de « concocter une solution pour faire partir celui qui a réussi l’exploit de ramener le Sénégal à l’âge de la bougie » dixit Adama GAYE ; Plus loin, M. GAYE ajoute « … le dirigeant socialiste n’a rien trouvé de mieux que d’affirmer que les discussions pour mettre en place une stratégie de renversement du pouvoir et la formation d’une relève dirigeante du pays étaient négociées entre des acteurs de l’opposition et de la néo-opposition.
C’est le mélange des genres qui pose ici problème. Il est manifeste que le même Adama GAYE fait allusion « courageusement » à Macky SALL, à Idrissa SECK et Cheikh Tidiane GADIO. Il n’oublie pas de gratifier Moustapha NIASSE suprême étourderie, ‘’d’opposant de toujours’’, lui qui fut le premier Ministre du régime libéral. Mais bon…Pourquoi ne les cite-t-il pas nommément ? Pourquoi ce raisonnement par éclipse ? Au fond pour changer le Sénégal, le sieur GAYE ne pense à personne d’autre que lui. Ce statut de « Deus ex machina », cette folle prétention à s’attribuer les vertus d’un pur intégral, ce rôle de recours, il se l’impose, lui le futur sauveur. Même la société dit civile n’échappe pas ou peu aux fourches caudines de M. GAYE.
Naturellement, cela passe pour lui par le « dégagement », le substantif est à la mode, de la classe politique, et parallèlement par l’autopromotion qu’il s’applique pince sans rire lorsqu’il affirme doctement au tournant d’un chapitre, « … « Comme je m’en suis encore rendu compte en discutant lors d’un déjeuner avec les membres du jury d’agrégation en droit dans une grande ville européenne ». Monsieur doit sûrement aimer l’élite. C’est son droit. On a les compensations qu’on peut. Il reste juste que cette référence au déjeuner de salon, avec des agrégés s’il vous plaît, n’impressionne personne. Cette posture serait proprement risible, s’il ne confinait pas à de l’imposture.
Pour avoir séjourné pendant une vingtaine d’années, pour des raisons professionnelles, en Asie, en Afrique et en Europe, dans le cadre de contrats professionnels, je sais que M. GAYE fut un fréquentateur assidu des couloirs des palais présidentiels africains. Il a été, en particulière osmose avec le régime libéral triomphant sous le couvert d’opérateurs économiques étrangers de seconde zone qu’il voulait introduire. Il a fait preuve d’un activisme débordant et s’est lassé de n’avoir rien obtenu en retour. Je suis en possession de détails croustillants que je réserve pour la suite et qui informent sur la vraie nature de cet activiste d’arriére cour.
Il est également constant qu’avant le régime libéral, M. GAYE faisait souvent partie des « bagages accompagnés » de certains voyages présidentiels. Il se réclamait, semble-t-il, de l’amitié d’un des fils de DIOUF. Avouons tout de même qu’entre frustrations, positionnement, et projection, la métamorphose est impressionnante. Mais rien ne presse, le plus cocasse est à venir. Malgré leurs erreurs (qui n’en fait pas ?), j’ai le plus grand respect pour les hommes politiques. Ils ont le mérite de mettre la main dans le cambouis. En revanche, j’abhorre l’opportunisme insupportable de ces nouveaux clercs qui, du haut de leur arrogante suffisance que rien ne justifie, ni leur état de service ni leur attribut accadémique, croient avoir raison sur tout.
J’aimerai bien les voir sortir de leur galimatias à quatre sous, et, sur le terrain, prouver le mouvement en marchant. Que proposent-ils sur la crise énergétique, agricole, sur la santé, sur l’école, sur la Casamance etc… ? Mais, c’est peut-être trop leur demander, eux qui préfèrent aller « déjeuner avec des agrégés de droit dans une grande ville européenne ».
Pas étonnant pour quelqu’un qui, dans un livre au titre incertain sur la Chine, compilation de généralités et de poncifs, a préféré vanter les performances économiques de ce pays, en taisant complaisamment les violations insupportables des libertés et des droits de l’homme des dirigeants de ce pays/ Comme c’est étrange n’est-ce pas ?
Enfin , voici une mauvaise nouvelle pour M.GAYE :j’ai décidé des ce jour d’aller militer au parti socialiste.
Serigne MAR
Socio-économiste
Nord-Foire Dakar
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