Dimanche, 5 Fevrier 2012

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Quel avenir pour la gauche politique au Sénégal ?

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L’impasse du néolibéralisme a conduit, depuis deux décennies, à « une société en panne de valeurs, de cohérence et de promesses », et à une inquiétante « panne de civilisation », conséquence d’une mondialisation des magouilles économiques.

L’insupportable surenchère des rémunérations des traders ayant repris en France en été, a conduit à conclure que le capitalisme financier n’est pas moralisable par des bons sentiments. Une société n’est durable que si elle se dote de règles justes, acceptables par une majorité de citoyens. C’est vrai pour les salaires, l’impôt ou les retraites.

Ce que nous vivons au Sénégal ne relève plus d’une acceptation collective. Ce n’est pas un simple bug, la société sénégalaise est une société en panne de valeurs, de cohérence et de promesses. Cette société incontrôlable fait peur.

Dans ses notes prises en 1875, en vue de la rédaction du Capital ; Karl Marx « jugeait la capitalisme comme un système instable et cruel, soumis à deux pulsions dangereuses : l’expansion géographique et la domination de la fiance sur l’économie réelle. On y est ». (Michel Rocard ancien premier Ministre français).

La responsabilité  de la gauche est de définir « un nouveau modèle de développement » fondé sur la « dignité » et l’«humanité ». La gauche, pour éviter un encéphalogramme plat, devra produire un programme de gouvernement, concret et solidement charpenté.

Ne tombons pas dans le piège. Les dérèglements à combattre ne sont pas ceux qu’une bonne gestion de court terme ou des aménagements à la marge. Notre pays, notre planète traversent de fortes turbulences qui détruisent les repères. Pour trouver de vrais progrès, il faudra au Sénégal de l’imagination, du courage et le retour de valeurs souvent occultées ces dernières années.

La réponse globale à ce défi qui sera au cœur du débat présidentiel de 2012, suppose que la gauche « assume en même temps l’exigence sociale (bien vivre) avec l’urgence environnementale (survivre) ». Est-ce, « une offensive de civilisation » ? (Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste français).

Dans un projet de société devant réarmer le pays sur tous les fronts et qui redonne le goût du dépassement de soi, les luttes les plus ardentes, parcellisées, seront conduites dans l’impasse.

Pour élaborer ce projet de société ; les valeurs traditionnelles sont précieuses et doivent en constituer « l’outillage mental » dont parlait Fernand Braudel. La panne de notre « civilisation virtuelle », procède de notre « abandon de ces valeurs », à droite comme à gauche.

Comment changer la vie des sénégalais si devenons orphelins de nos vertus ?

    La justice ne guide plus l’action publique,
    L’émancipation se mue en sacre des égoïsmes,
    L’égalité se retrouve réduite dans ses ambitions,
    L’intérêt général a cédé devant l’exploitation sans limite de la planète et les exigences du marché.
Si nous en faisons là des « slogans creux », la flamme commune à la gauche s’éteindra. Au contraire, si ces valeurs guident dans nos choix, les citoyens s’y reconnaîtront et la confiance reviendra. Revendiqué comme horizon, ce nouveau modèle de développement  représenterait, « la société décente », qui depuis Orwell est celle qui n’humilie pas les personnes : « une civilisation de la dignité ». Il faut écrire et conquérir ce pacte social au Sénégal. Rebâtir les protections collectives dans « une société d’individus » comme l’analyse Robert Castel est le chantier de demain qui doit permettre :
    la progression de chacun dans la vie au travail et éviter le chômage sans activité,la généralisation des possibilités de formation, ou d’actions d’intérêt collectif.
Oui, le besoin de puissance publique s’affirme plus que jamais nécessaire pour :
    moderniser les grands réseaux stratégiques,
    se donner les moyens d’une nouvelle ambition économique et industrielle au Sénégal,
    remobiliser un potentiel universitaire et de recherche désespéré et abîmé.

Il s’agit d’inventer un Etat capable de prévoir et d’agir à temps, et non plus seulement de réparer a posteriori des inégalités incurables. L’urgence est à réinventer l’action publique contre les pesanteurs de toutes sortes. Un seul exemple : nous avons à faire évoluer vigoureusement notre système de santé vers la médecine préventive et prédictive. Or le cours actuel de la politique sénégalaise ne peut produire de vrais progrès tant il s’appuie sur de fausses réformes et la recherche de boucs émissaires.

A l’enjeu social qui demeure la mission historique de la gauche, s’ajoute désormais d’autres responsabilités ; celles qui font réussir ou échouer une civilisation. La gauche d’hier avait construit son idéal de progrès durant des cycles d’expansion et d’exploitation. La gauche d’aujourd’hui doit amortir un autre choc : une croissance en panne sur une planète dont l’épuisement menace l’existence humaine même.

C’est le grand défi de la gauche du XXIe siècle : assumer en même temps l’exigence sociale (bien être) avec l’urgence environnementale (survivre). La gauche doit passer de la simple prise de conscience écologique à une offensive radicale, intellectuelle et politique pour concevoir une croissance écologique et solidaire.

Nous ne devons plus en être, à découvrir des inondations, la déforestation ou les pollutions sous toutes leurs formes et, à hésiter devant l’option énergétique alternative.

La mutation écologique de la gauche doit s’accélérer à travers un « agenda vert » lui permettant d’être présente dans les prochains rendez-vous, qu’il s’agisse du débat sur la contribution climat-énergie, des programmes concrets pour les énergies renouvelables, la biodiversité, ou les transports propres.

Mais il faut aller plus vite et plus loin. La « croissance verte », technologique et marchande, ne suffira pas. L’éco-conditionnalité doit irriguer les politiques publiques, de même que les futures fiscalités écologiques.

Le nouveau modèle réclame la régulation puissante de l’Afrique, et une remise en cause des indicateurs de la croissance eux-mêmes. Il repose sur une transformation des manières de produire. Le postproductivisme ne consiste pas à renoncer à produire, mais à définir une croissance sélective pour produire utile, sobrement et proprement. Désormais, nous savons que l’abondance n’est pas synonyme de bonheur.

Le nouveau modèle exige un profond changement dans la manière d’équiper nos villes, d’habiter, de consommer et de se déplacer. La révolution numérique, cette cyberculture, capable de faire triompher le pire comme le meilleur, qui est « notre » révolution industrielle, peut aussi servir cette cause.

Pour ne pas passer à côté d’aspirations essentielles qui ne se résument pas à la possession de marchandises, l’engagement de gauche doit se nourrir de la proximité, pour agir, pour une société du mieux-être.

La gauche a toujours répondu à cet appel, en défendant la culture, la laïcité, la mixité, l’émancipation par l’éducation. Dans une société du mieux-être, les services publics personnalisés de demain seront ceux qui sauront écouter chaque personne, éviter les traitements anonymes, respecter le principe d’égalité et les besoins de chacun.

Réinventer la démocratie, c’est notamment entendre la parole des citoyens : c’est tout le sens des Assises Nationales du Sénégal qui ont débattu avec les sénégalais de la société dans laquelle ils souhaitent vivre.

Cependant, cette société exige aussi le développement de nouvelles solidarités concrètes et collectives, indispensables à une société  du souci de l’autre, du soin et de la responsabilité. A l’individualisme défendu par ce que le capitalisme a de pire, la gauche doit répondre par plus d’humanité. A côté des temps de travail existent des temps et des lieux pour les liens sociaux, familiaux, culturels, et sportifs.

Rien de tout cela ne sera possible sans une pensée et des forces en mouvement. Je pense qu’il est du devoir du parti socialiste sénégalais, (pour des raisons structurelles et organisationnelles tangibles), de renouer le dialogue nécessaire de la gauche, avec des intellectuels, chercheurs, « innovateurs du quotidiens » qui réussissent en grand nombre des transformations locales et concrètes.

Il n’y aura pas d’alternance à l’alternance au Sénégal, sans alternance à gauche, c’est-à-dire sans « sa cristallisation autour d’un Parti socialiste sénégalais fédérateur », porteur d’idées et profondément rénové, pour mener de pair sa refondation et celle des idées de gauche.

Pour faire partager l’espérance, la manière responsable d’affronter ensemble ces enjeux de civilisation ; cimentera le socle de la « maison gauche ». La gauche, dans sa diversité, a de l’imagination et de l’énergie à partager avec les sénégalais.

Que tous ceux qui le souhaitent rejoignent cette mobilisation de l’intelligence collective, sans allégeance, pour une confrontation utile et sans complaisance.

Dr. Papa Meissa DIENG

Chargé d’Enseignement - UFR- SJP-UGB/SL Secrétaire National chargé de la Vie politique

Fédération des Ecoligistes du Sénégal (FEDES)

Président de la Commission Environneme, Aménagement du Territoire et du Développement Durable, des Assises Nationales.

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