Dans cette interview à bâtons rompus, Ousmane Tanor Dieng accepte de parler des sujets considérés jusque-là tabous, à cause de leur complexité. Comme ses relations avec Cheikh Tidiane Diakhaté, président du Conseil constitutionnel, la candidature d’Ibrahima Fall, Wade-Khadafi, … En somme le secrétaire général du Parti socialiste dit tout sur l’actualité.
M. Dieng, Ibrahima Fall, candidat à la Présidentielle de 2012, est connu pour sa proximité avec Abdou Diouf. N’y a-t-il pas de risques que le Ps partage avec lui l’héritage d’Abdou Diouf ?
Non, je ne pense pas (Il se répète). Parce qu’il n’y a pas seulement Ibrahima Fall. Si vous allez jusqu’à Senghor, par exemple, tout le monde a été plus ou moins socialiste, y compris Abdoulaye Wade d’ailleurs, qui a été battu à Kébémer. C’est pourquoi il est allé créer son parti (le Pds), qui était d’abord un parti de contribution avant de devenir ce qu’il est aujourd’hui. Si vous y allez comme ça, vous verrez que la roche-mère, c’est nous. Il y a eu maintenant les autres qui avaient quitté et avec lesquels nous sommes en train de nous retrouver. Et, je suis sûr qu’on se retrouvera un jour.
Mais, Ibrahima Fall est...
(Il coupe) On ne peut pas dire qu’Ibrahima Fall était un militant du Parti socialiste. Il a été choisi (comme ministre) par Diouf plus pour son expertise et sa science. J’étais là à ce moment et je sais comment toutes ces choses se sont passées. D’ailleurs, quand je suis dans certains milieux, on me rapporte beaucoup de choses que les gens disent sur la manière par laquelle Diouf a fait ceci ou cela. Ça me fait sourire parce que j’étais là et je sais comment les choses se sont passées. Et, ce n’est pas toujours comme les gens le soutiennent.
Et vous ne cherchez jamais à donner la bonne version de l’histoire ?
Je ne réponds pas. Sinon, je me mettrais à répondre tous les jours. Les Sénégalais sont comme ça, ils savent tout de tout. Ils ne peuvent pas dire : «Je ne sais pas.» Ça aussi, c’est une qualité sénégalaise, pour ne pas dire un défaut.
Pensez-vous que M. Fall a des chances en 2012 ? Peut-il grignoter sur l’électorat socialiste ?
Je ne peux pas faire de la météo politique. Je ne sais pas ce qui va se passer en 2012. Les Sénégalais décideront. Ce que je veux, c’est que le candidat de Bennoo, le candidat de l’unité, gagne la Présidentielle. Cela dit, je ne pense que la candidature de M. Fall puisse rogner sur l’électorat socialiste. L’électorat socialiste est un bloc qui va voter à peu près à 90, 95% pour le candidat que le parti aura choisi. Il y aura peut-être des pertes, mais ce sera 2, 3%, pas plus. L’électorat socialiste est un électorat sûr, un bloc uniforme.
Que répondez-vous à ceux qui disent que le Conseil constitutionnel avait été créé par le Ps qui était au pouvoir à l’époque pour qu’il soit au service du pouvoir ?
Non, ce n’est pas le cas. Le Conseil constitutionnel n’a jamais été créé pour contrôler les élections. La preuve, le Conseil constitutionnel n’a jamais été sollicité comme il l’est aujourd’hui. Il est au centre du débat politique. A l’époque, le Conseil constitutionnel jouait son rôle, comme c’est défini par la Constitution. Toutes ces choses qui arrivent, c’est du fait de la politique du régime de l’alternance qui politise tout, et qui veut coûte que coûte forcer les portes. Et ce n’est pas acceptable.
Quelles relations entreteniez-vous avec le magistrat Cheikh Tidiane Diakhaté, actuel président du Conseil constitutionnel ?
Nous sommes de la même génération, je suis un peu plus âgé que lui. Nous nous sommes retrouvés à l’Université et nous avons eu de bonnes relations. Et c’est normal.
Avez-vous maintenu ces relations ?
Oui, on a gardé les relations humaines. Parce que je ne peux pas dire que telle ou telle personne a tel poste et je ne peux plus avoir des relations humaines avec lui. Il y a même des gens du pouvoir avec qui j’ai de très bonnes relations. Ça n’a rien à voir avec le combat politique que je mène et les positions politiques que je défends quand je ne suis pas d’accord avec eux.
Si le Conseil constitutionnel se déclare incompétent pour invalider ou valider la candidature de Wade, quelle attitude allez-vous adopter ?
Le Conseil constitutionnel ne peut pas se déclarer incompétent. C’est inacceptable qu’il le fasse. Parce que si le Conseil constitutionnel se déclare incompétent, un candidat peut le saisir. Le Conseil constitutionnel ne peut pas se déclarer incompétent. Ce serait trop facile.
Que vous inspire le silence de Me Wade le jour de la Korité ?
Wade est imprévisible et surprenant. Quand on s’attend à ce qu’il parle, il ne parle pas. Quand on s’attend à ce qu’il ne parle pas, il parle. Voilà ! C’est le personnage. Peut-être qu’il l’a fait pour que son silence soit assourdissant. Abdoulaye Wade est très politique. Je me garde d’interpréter son silence ou ses interventions parce que je ne sais pas toujours quelle est la signification qu’il faut leur donner. Mais au minimum, il aurait pu présenter aux Sénégalais ses vœux. Je pense qu’il a le droit de ne pas parler de politique, mais un chef de l’Etat, à une occasion aussi solennelle, aurait dû au minimum présenter ses vœux aux Sénégalais. Et demander aux Sénégalais «gnou baal ko akh» (Qu’ils lui pardonnent), comme on fait de coutume.
Envisagez-vous des primaires au Ps pour la Présidentielle de 2012 ?
Les primaires au Parti socialiste (Ps), c’est moi qui ai eu l’initiative. On a eu des primaires, une période pour la déclaration des candidatures. Il se trouve que j’ai été le seul candidat. La base s’est déclarée pour ma candidature, avec des documents qui sont à la Maison du parti. C’est moi qui ai initié les primaires, moi qui les ai voulues avec l’accord du Parti socialiste. Pour la Présidentielle de 2007, c’était la même musique : ouverture des candidatures, déclaration de candidature, puis vote des militants. Pour 2012, ce sera pareil. Même si c’est une candidature sur laquelle Bennoo pourrait donner son accord, il faudrait que le parti, selon ses procédures internes, confirme, approuve la décision qui a été prise. Donc, je confirme que ça va se passer comme ça. Et tant que je serai là …
Parlons de la Libye et de la chute de Kadhafi. Quelle perception avez-vous du rôle que Me Abdoulaye Wade a joué dans la crise libyenne ?
J’ai été choqué ! Compte tenu de la nature des relations entre Kadhafi et Me Wade, il aurait dû être le dernier à se comporter comme il l’a fait. Parce que Kadhafi est venu ici au moins six fois pendant la période 2000-2010. Il est même venu à l’Assemblée nationale, je m’en souviens. Il nous demandait de faire de Me Wade un président à vie. Et Tripoli était la porte d’à côté d’Abdoulaye Wade ; il y allait tout le temps. Donc avoir des relations de cette nature avec quelqu’un et être le premier à le lâcher aussi frontalement, y aller en étant escorté par les avions de chasse français et lui dire de partir, comme il dit, «les yeux dans les yeux» à travers le petit écran, j’ai trouvé ça choquant. C’est contraire à nos valeurs. Et je crois qu’il est apparu aux yeux des Africains et des patriotes comme un courtier de Nicolas Sarkozy. Si vous liez ça avec cette scène ubuesque de présentation de Karim à Obama (par Sarkozy), c’est honteux pour notre pays. Maintenant, pour clore ce mauvais débat, il est allé jusqu’à justifier les ingérences des puissances occidentales en Afrique. Il s’agit du continent africain, parce que ça ne peut pas se faire ailleurs. Là aussi, il faut le dire : personne ne peut être d’accord sur l’ingérence des puissances occidentales dans des pays souverains. Wade confond l’ingérence dans les affaires intérieures et l’ingérence humanitaire. Et ce qui est en débat, ce n’est pas un droit d’ingérence humanitaire, mais un devoir d’ingérence humanitaire quand les questions de droits de l’Homme et de risque de génocide sont en jeu. Même ce débat est en cours au niveau international. Mais il n’y a pas une doctrine, pas un traité consacré à cette question. C’est en débat, les uns et les autres le justifient en disant qu’il y a certaines situations qui imposent un devoir d’ingérence humanitaire. Mais il (Wade) mélange tout. A mes yeux, les choses ne sont pas claires dans sa tête. Et il se trompe.
Comment avez-vous accueilli le débat sur l’augmentation de la caution à la Présidentielle à 65 millions FCfa ?
Je suis constant. En 2007, je fais partie de ceux qui disaient que cette caution devait être maintenue à 6 millions, mais le gouvernement a forcé la main pour la hausser à 25 millions. Je reste constant. Cette caution, à défaut de la diminuer, doit être laissée en l’état. Je n’ai jamais été favorable à l’augmentation de la caution.
Pourtant l’Etat pense que ça va diminuer le nombre de candidats qualifiés de «fantaisistes» ?
Je ne crois pas. Vous verrez ! En 2007, on avait une quinzaine de candidatures. Pourtant, on avait augmenté la caution, en essayant d’élever le niveau, sachant que si un candidat n’a pas 5% du suffrage, il ne sera pas remboursé. Je ne suis pas sûr que ça puisse décourager tous ces prétendants. Je trouve la hausse arbitraire, et ça nous ramène à un suffrage censitaire. Le suffrage censitaire n’est pas démocratique. Une démocratie ne peut pas être censitaire. Si elle est censitaire, ça veut dire qu’il n’y a plus de démocratie.
Partagez-vous la décision de l’Etat de retirer la gestion des ordures aux collectivités locales à travers la création de la Soprosen ?
Je suis totalement opposé à cette décision. On doit laisser la gestion des ordures à la mairie de Dakar. C’est ce qui est normal, c’est ce qui existait. Mais Abdoulaye Wade fait ce qu’il veut. C’est la même logique qu’il conduit avec la surtaxe des appels entrants, et c’est un problème. Et je ne connais pas de pays au monde où le président de la République s’occupe des détails comme ça. Ce n’est pas son rôle. Le président doit fixer le cap et s’occuper de l’essentiel. Maintenant, ce sont les ministres, les Directeurs généraux qui s’occupent de ces questions. Mais il ne peut pas continuer à s’occuper de ces détails-là, recevoir les responsables de direction, discuter avec eux de ces questions subalternes. Ce n’est pas comme ça qu’on dirige un Etat. Mais malheureusement, de ce point de vue, il ne changera pas.
A travers la création de Soprosen, est-ce qu’il n’y a pas une volonté de Wade de réduire le butin de campagne de Khalifa Sall ?
En tout cas, il affaiblit toutes les collectivités locales de manière générale. Dans un premier temps, il avait procédé au saucissonnage de nos collectivités locales. Il trouve toujours les moyens de vider la décentralisation de son sens. Partout où il y a des niches d’argent, il intervient. Ce n’est pas le rôle d’un président de la République.
L’opposition et une large partie de l’opinion publique critiquent vertement Karim Wade pour le rôle qu’il joue aux côtés de son père, Me Wade. N’est-ce pas ce rôle que vous jouiez en 1999 aux côtés d’Abdou Diouf, ce qui vous coûtait aussi beaucoup de critiques?
Pas du tout. Je ne me mêlais pas de tout et de rien. Moi je faisais ce que le Président me demandait de faire, en tant que ministre d’Etat chargé des Affaires présidentielles. Je ne m’occupais pas de la téléphonie, de l’énergie, de l’agriculture, de l’aménagement du territoire. Il y avait des ministres qui étaient nommés pour ça et qui étaient responsabilisés. C’est comme ça qu’on travaillait. Le régime est présidentiel, c’est évident que le président de la République y détient un rôle essentiel, mais les ministres aussi. Je ne me mêlais pas de tout et de rien, comme Karim Wade le fait aujourd’hui.
Mais vous étiez un tout-puissant à l’époque, comme Karim l’est aujourd’hui ?
Mais, j’étais un proche collaborateur d’Abdou Diouf. J’étais le ministre chargé des Services et des Affaires présidentielles. Pour cette raison, je jouais un rôle important, comme tous les conseillers et ministres d’Etat à l’époque. Ça me paraît normal, c’est lié à la nature du régime. Il faut savoir que Diouf, à la fin, voulait changer le régime et avoir un régime dans lequel les responsabilités étaient plus équilibrées entre le président, le Premier ministre, l’Assemblée nationale. Il allait lancer ce débat-là. C’est ce débat qui a été repris par les Assises nationales et qui a donné les conclusions qui ont été enregistrées.
Pourtant, il y a certains qui font le parallèle entre le tout-puissant Tanor d’alors et le tout-puissant Karim Wade d’aujourd’hui ?
Non, ça n’a rien à voir. Je ne veux pas qu’on me compare à Karim Wade. Nous n’avons rien à voir. Moi, j’étais le ministre de Diouf, lui il est le fils de Wade. J’ai une vieille expérience de l’Etat, je suis formé pour gérer un Etat. Au moment où j’ai été nommé à côté de Diouf, j’avais une expérience d’une vingtaine d’années. C’est tout à fait différent. Je n’ai pas été nommé comme ça ministre d’Etat du jour au lendemain avec autant de portefeuilles. J’ai été au ministère des Affaires étrangères pendant un certain nombre d’années, avant d’être conseiller du Président. Je suis devenu ministre dix ans après. Je ne souhaite pas qu’on fasse la comparaison entre ce que je faisais et ce que Karim Wade est en train de faire.
Parlant d’Abdou Diouf, il y a un homme politique qui a fait dernièrement une sortie pour annoncer sa candidature en 2012. Ets-ce que cela a un sens ?
Ça n’a aucun sens. C’est toujours les supputations et les spéculations. Diouf s’occupe d’autres choses (Il est secrétaire général de l’Oif). Je le connais suffisamment. Il a fermé la page politique. Il l’a dit, et s’il ne le pensait pas, il ne le dirait pas. Lui, ce n’est pas un «Wax Wakhète» (il ne se dédit pas). Il a le respect de la parole donnée.
Et comment se portent vos relations avec Diouf ?
Elles sont excellentes. Chaque fois que je le souhaite, je l’appelle, et vice-versa. Quand je vais à Paris, je dîne, je déjeune avec lui. Si son agenda ne le lui permet pas, on se parle au téléphone.
Onze ans d’opposition, ce n’est pas trop difficile ?
J’ai appris, lorsque j’étais au pouvoir, à vivre modestement. Vous ne me connaissiez pas, parce que je conduisais ma petite voiture, j’allais au sport, je me préparais à tout. Je n’ai pas été surpris par une situation comme celle que nous vivons. Elle ne m’a pas ébranlé, parce que je suis un véritable croyant, musulman pratiquant. Je suis persuadé que la vie est faite d’épreuves, il faut savoir les supporter. C’est une manière, pour le Tout-Puissant, de tester la foi des gens, en leur faisant subir des épreuves. Je suis convaincu que quand on subit les épreuves avec dignité et courage, et qu’on travaille, on peut rebondir. Et c’est ce qu’on est en train de faire. Personne ne pariait un Kopek sur le Ps en 2000. Wade pensait que le Ps était fini et qu’il allait voler en mille morceaux, et que les partis allaient se partager le Ps, mais il en a vu autrement. J’en remercie mes camarades. Nous avons, dans un premier temps, résisté, nous avons tenu debout et maintenant nous sommes à la conquête du pouvoir. Nous capitalisons, à mon avis, une grande expérience. Nous avons pu faire notre introspection, pour voir dans ce que nous faisions, ce qui était bon, ce qui était moins bon et ce qui était mauvais. Et pendant ces 11 ans, nous avons vu comment Wade dirige le pouvoir, avec ses hauts et ses bas. Si nous capitalisons tout cela, nous pouvons servir le Sénégal. Je ne fais pas partie de ceux qui disent qu’en 11 ans, Wade n’a rien fait, c’est comme ceux qui disent qu’en 40 ans, le Ps n’a rien fait. Ça n’a pas de sens. J’essaye d’être objectif et équilibré dans mes jugements. Je n’ai pas de problème personnel avec Abdoulaye Wade, sauf qu’il nous a battus (en 2000), et je souhaite qu’on le batte, c’est tout. Mais il n’y a pas de problème personnel entre nous.
Mais d’où Tanor tire ses ressources financières depuis onze ans, quand on sait que vous ne travaillez pas…
(Il coupe) Qui vous dit que je ne travaille pas ? Vous pensez que pour travailler il faut être ministre, député etc. Je suis diplomate de carrière, j’ai de l’expérience et des relations dans le monde. Et ces personnes avec qui j’ai des relations que vous n’imaginez pas, me réclament des études, me font faire du travail qui est rémunéré. C’est comme ça. J’ai fait trente ans au cœur de l’Etat, j’ai un carnet d’adresses, certaines personnes apprécient ma spécialisation : les relations internationales, la politique extérieure. Un domaine dans lequel les gens font appel à mes services, mes analyses et mes appréciations.
OUSMANE TANOR DIENG, SUR LA CANDIDATURE DE BENNOO
«Je ne crois pas au candidat idéal, je crois plutôt à l’équipe idéale»
Dans cette seconde partie de l’entretien avec le secrétaire général du Parti socialiste (Ps), Ousmane Tanor Dieng aborde la question de la candidature au sein de Bennoo Siggil Senegaal qui continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive, avec des révélations de taille.
M. Dieng croyez-vous réellement que Bennoo aura un candidat de l’unité ?
Oui ! J’y crois beaucoup. Parce que nous avons proclamé notre volonté de trouver ce candidat. Mais, j’insiste plus sur une équipe de l’unité et du rassemblement. Si les déclarations que nous avons faites sont sincères, je pense que nous devons pouvoir y arriver. Mais, je ne dis pas que nous allons forcément y arriver. Nous discutons, nous échangeons. Il se peut que nous arrivions à des conclusions consensuelles, mais il se peut aussi que nous n’arrivons pas à des conclusions consensuelles. En ce moment-là, nous allons tirer les conclusions sachant que nous avons discuté en cherchant une solution, mais nous n’avons pu trouver. Mais, cela n’empêchera pas que notre compagnonnage puisse demeurer avec d’autres types d’accords pour l’avenir. Il faut être réaliste. Nous sommes en politique, nous sommes différents, donc je ne peux pas dire forcément que nous allons trouver une solution. Mais, nous ferons tout pour en trouver une, parce que nous pensons que c’est la meilleure solution pour faire face au camp adverse.
Mais, est-ce qu’une candidature unique peut déboulonner Wade ?
C’est la Constitution qui a déboulonné Abdoulaye Wade en lui interdisant de se présenter. Pour nous, Abdoulaye Wade ne sera pas candidat et nous allons continuer à nous battre pour qu’il ne soit pas candidat. Le problème, ce n’est pas tellement Abdoulaye Wade en tant que tel, mais, tout le système et le camp de Wade que nous voulons battre pour avoir une alternance avec une alternative et non pas une alternance sans une alternative, ce que nous avons vu depuis 2000. Nous pensons que la meilleure manière d’arriver à ce résultat-là, c’est d’avoir le rassemblement le plus largement possible. C’est pourquoi, au-delà de Bennoo, nous travaillons avec les Assises (nationales) et toutes les forces vives et démocratiques pour constituer un camp solide face au système Wade.
Justement à ce propos, Bennoo alternative sera lancée mardi. Comment jugez-vous cette démarche ?
J’aurais préféré que tout cela se fasse à l’intérieur de Bennoo Siggil Senegaal. Parce que, pour moi, Bennoo constitue déjà une alternative. Et, chercher une alternative à une alternative me semble assez compliqué. Mais, nous sommes aussi en démocratie et les gens ont le droit et le loisir d’essayer de trouver les solutions les plus appropriées. Peut-être que ces amis qui le font pensent que c’est une solution. Si cela peut aboutir à ce que nous recherchons, c’est-à-dire un candidat de l’unité et du rassemblement, j’approuve. Mais, si cela complique le problème et multiplie les candidatures, je ne pense pas que cela soit une solution.
Moussa Tine a soutenu, lors d’un entretien publié dans les colonnes de L’Obs, que cette candidature va se jouer entre Moustapha Niasse et vous. Est-ce que vous confirmez cela ?
Je ne peux pas confirmer ce que Moussa Tine a dit. C’est son point de vue. C’est vrai que Moussa Tine est en général un garçon très pertinent. Peut-être qu’il sera le mieux placé pour expliquer ce qu’il veut dire par-là. Moi, ce que je peux dire, c’est que je ne sais pas entre qui ça se joue, mais cela se discute entre tout le monde. C’est cela la réalité. Ce qui est une vérité aussi qui est incontestable, c’est qu’il sera difficile de trouver une solution à l’unité et au rassemblement sans le Ps et l’Afp. Ça, c’est une réalité. Je pense que c’est ce que Moussa Tine veut dire et non pas que c’est une affaire qui ne concerne que le Ps et l’Afp. Je ne crois pas du tout à cela.
Aujourd’hui, vous êtes en train de discuter et des jeunes socialistes disent que le Ps ne peut pas ne pas avoir de candidat en 2012. Comment jugez-vous ces propos ?
Je pense qu’il faut étager les positions des militants. L’horizon du militant de base, c’est celui qui dirige le parti. Et, son parti a été créé pour conquérir le pouvoir. Il veut le pouvoir pour son parti et son dirigeant. Ça, c’est normal. Je crois que cela est d’ailleurs valable partout. Dans tous les partis, les militants de base disent que le meilleur candidat, c’est mon responsable. Ça, ce n’est pas grave. Ça fait partie de la démocratie. Je ne peux pas bâillonner les responsables du Ps, les militants de base et leur faire dire ce que je veux entendre. Ils ont le droit d’exprimer leur position, mais dans notre parti, les positions sont prises toujours après des délibérations. De sortes que, dans tout ce dont nous discutons au sein de Bennoo Siggil Senegaal ou du M23, avant que nous nous y engageons, le parti délibère et prend une position. C’est les procédures, une décision qui n’a rien à voir avec les positions des uns et des autres et qui peut être contraire à ce que l’on pense.
D’aucuns disent que le Ps a un plan B, au cas où Tanor ne serez pas candidat….
Non ! Je ne suis pas au courant d’un plan B au Ps. Vous savez, il y a beaucoup de choses qui se disent au nom du Ps et que j’apprends en même temps que tout le monde. Le Ps est un parti démocratique où toutes les questions sont en débat et la majorité des militants décident. De ce point de vue, il faut s’en tenir à ce que je dis ou à ce que vous voyez. Mais, les supputations, les rumeurs dont certains font un peu pour nous déstabiliser, créer des problèmes là où il n’y en a pas. Cela ne nous dérange pas parce que nous sommes habitués.
Et, si Bennoo choisit un autre candidat que Tanor, quelle serait votre réaction ?
Je reviens toujours sur cette question parce qu’on nous dit tous les jours qu’avec Wade, c’est la personnalisation du pouvoir et que nous, nous voulons rompre avec cette personnalisation du pouvoir. Au même moment, on nous ramène toujours à des débats de personne. C’est Moustapha Niasse, Ousmane Tanor Dieng, Abdoulaye Bathily etc. C’est pourquoi, nous voulons rompre avec cela en mettant en place une équipe. Ce que Abdoulaye Wade avait et qu’il a rompu lorsqu’il a été élu. Pour cela, nous pensons que la meilleure formule, ce n’est pas que celui qui aura été choisi comme candidat ne sera pas le candidat du Ps, de l’Afp ou de la Ld. Il sera le candidat de la coalition et à partir de ce moment, c’est la coalition qui va l’investir et tout le monde se retrouve en lui. Parce que si j’accepte les critères et le profil qui ont été retenus, je suis lié par la décision qui va être prise. C’est cela la cohérence et c’est cela qui est normal.
Est-ce que vous pensez pouvoir être le candidat idéal de Bennoo ?
Je ne crois pas au candidat idéal, je crois plutôt à l’équipe idéale. Ce que je recherche, c’est une équipe et non pas une personne ou un candidat. On veut centrer une fois de plus le débat sur les personnes. C’est important les personnes, mais aujourd’hui, nous voulons rompre avec ce que Abdoulaye Wade a mis en place, c’est-à-dire la personnalisation du pouvoir qui conduit aux erreurs qu’il est en train de commettre.
D’aucuns disent que le Ps veut s’appuyer sur sa majorité de 2007 pour imposer sa candidature au sein de Bennoo ?
Non, le Ps ne veut rien imposer. Mais, reconnaissez que le Ps est un parti massif qui est implanté dans le pays. C’est un vieux parti avec des ressources humaines importantes. C’est un grand parti. Ça, c’est une réalité. Même face au pouvoir en place, nous sommes un grand parti. Nous avons réussi, au sein de notre parti, une alternance. C’est Senghor, ensuite c’est Diouf et aujourd’hui, c’est moi, demain ça sera un autre. Et, tout cela, nous l’avons fait dans la douceur et la démocratie. Le Ps est incontestablement un grand parti et, de ce point de vue, c’est normal qu’il puisse avoir toutes les ambitions, toutes les aspirations. Parce que, c’est pour cela qu’il a été créé.
SOPHIE BARRO & LATIR MANE
Source : L’Observateur des Lundi 5 & Mardi 6 septembre 2011
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