Lundi, 26 Mars 2012

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Le PS dans la vie politique du Sénégal de 1945 à 2008

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Le PS dans la vie politique du Sénégal de 1945 à 2008
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1- La vie politique avant et après la 2ème guerre mondiale

L’année 1945 fermera la longue parenthèse qui a vu la suspension des activités politiques au sein de la métropole française et sur toute l’étendue de ses colonies, ce vaste territoire qu’il était convenu d’appeler « la France d’Outre – Mer ».

En effet, durant la 2ème guerre mondiale, la France avait canalisé toutes ses forces dans la mobilisation pour contenir l’occupation allemande et organiser la résistance pour sa libération. Dans cette entreprise, elle avait sollicité et engagé les peuples colonisés.

Les dernières années qui précédèrent la 2ème guerre mondiale ont vu les socialistes de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (S.F.I.O) dominer l’espace politique français. S.F.I.O est le nom du Parti Socialiste Français de 1905 à 1971. 

Les séquelles de la crise des années 1930, la montée d’Adolphe HITLER, susciteront de profondes inquiétudes.

Les partis de gauche y trouveront les raisons de se rapprocher, au point d’amener Maurice THOREZ, Secrétaire Général du Parti Communiste, à proposer en octobre 1934, la constitution d’un « Front populaire de la liberté, du travail et de la paix ».

La force du mouvement unitaire de la gauche se traduira par la victoire aux élections de mai 1936.

Ce succès permit au Front Populaire de former un gouvernement sous la direction de Léon BLUM, leader de la S.F.I.O.

Des réformes de structure telles que les nationalisations (exemple : Banque de France et chemin de fer en 1937) et d’autres encore très importantes à caractère social avec «les accords de Matignon » (juin 1936) porteront l’empreinte du passage des socialistes au pouvoir pour une très courte période, avant que les difficultés financières et l’opposition des conservateurs et des communistes ne viennent fragiliser le Front Populaire à la veille de la 2ème guerre mondiale.

Il est important de signaler que la S.F.I.O comptait déjà dans ses rangs un intellectuel africain, avocat de son état, Maître Lamine GUEYE.

Ce dernier remportera, sous la bannière de son parti, les élections locales de 1945 contre le maire sortant de Dakar Alfred GOUX.

Lamine GUEYE, premier maire socialiste, en visionnaire, offrira aussitôt après son investiture, des bourses aux jeunes africains pour effectuer leurs études en France, et préparer ainsi la relève. Cet esprit d’anticipation et cette démarche prospective ont été judicieuses, et n’ont pas manqué de porter leurs fruits avec le retour au bercail de la nouvelle élite intellectuelle et politique, dont la contribution à la fois remarquable et décisive à la marche vers l’indépendance et l’édification des bases d’un état sénégalais moderne et incontestable.

C’est le même Lamine GUEYE, premier maire africain qui accueillit Léopold Sédar SENGHOR au sein de la S.F.I.O.

D’ailleurs, les deux leaders politiques seront élus députés à la Constituante française (l’Assemblée Nationale Française) le 21 octobre 1945 sur la liste de la S.F.I.O Sénégal qui était liée organiquement à la S.F.I.O de France.

Les députés africains issus des territoires coloniaux étaient au nombre de 11 sur les 600 que comptait la Constituante.

La répartition était ainsi faite :

  • SENEGAL

- Lamine GUEYE 1er collège

- Léopold Sédar SENGHOR 2ème collège

  • GUINEE

- Yacine DIALLO

  • SOUDAN – NIGER

- Fily Dabo CISSOKHO

  • COTE D’IVOIRE – HAUTE VOLTA

- Houphouët BOIGNY

  • DAHOMEY – TOGO

- Sourou Migna APITHY

  • CAMEROUN

- Douala Manga BELL

  • CONGO – GABON

- Gabriel D’ARBOUSSIER 1er collège

- Jean Félix TCHIACAYA 2ème collège

  • MADAGASCAR

    - Reseta

    - Ravoa-Hangu

Siégeant pour le compte du 1er collège, celui des citoyens des 4 communes de DAKAR, GOREE, RUFISQUE et SAINT-LOUIS, Maître Lamine GUEYE défendait la politique de l’assimilation pour que les Africains soient tous citoyens français et qu’ils aient les mêmes droits et devoirs que les français.

SENGHOR quant à lui, représentait pour le 2ème collège, « les indigènes » ou sujets français de la colonie du SENEGAL, soit l’écrasante majorité de la population.

Le double collège (« Collège des citoyens et Collèges des non-citoyens »), favorisait doublement les citoyens moins nombreux, donc plus facilement accessibles (en grande partie localisés dans les villes) et qui avaient la possibilité de se présenter à l’un ou l’autre collège. Beaucoup d’européens ont pu ainsi se faire élire, ici ou là. Le double collège a été supprimé au Sénégal dés l’élection de la troisième Assemblée Nationale Française de l’après-deuxième guerre mondiale, le 10 novembre 1946, qui marquera l’avènement de la IV République.

Il faut toutefois relever que la loi Lamine GUEYE du 07 mai 1946 accordait déjà la citoyenneté française à tous les africains pour ne pas dire d’Outre-mer. Cette loi préparera en même temps l’avènement du collège unique.

Sur le terrain politique au SENEGAL, on remarquera qu’au fil du temps, la cohésion du duo Lamine GUEYE – SENGHOR sera très tôt soumis à rude épreuve par des divergences et des contradictions qui saperont l’unité du parti.

Il y’a d’abord qu’au plan stratégique, les deux hommes politiques ne s’entendent pas dans la définition des orientations politiques et idéologiques, et même dans la conception du parti. Ainsi pour se démarquer et pour mieux exprimer ses idées et ses positions, SENGHOR crée le 11 février 1948 un journal dénommé « Condition Humaine ».

Incarnant la représentation du 2ème collège, celui du monde rural et des masses paysannes, SENGHOR écarte la mainmise des élites instruites urbaines et opte pour un ancrage plus traditionnel, plus paysan, plus populaire.

A contrario, Lamine GUEYE avait orienté la SFIO-Sénégal vers les centres urbains et les milieux proches de la bourgeoisie naissante des fonctionnaires, cadres, employés du privé, etc.…

On pourrait bien caricaturer en disant qu’il y’avait un face à face entre SENGHOR le Paysan et Lamine GUEYE le Citadin.

Il y’a ensuite, au-delà de la caricature simpliste, que tout chez les deux leaders politiques, par leur personnalité et leur tempérament, leurs origines et leur appartenance religieuse, leur profil intellectuel et leur background idéologique, semblaient prédestinés à emprunter des voies différentes dans l’espace politique sénégalais. Mieux des conflits crypto personnels persistants les opposaient au sein du parti (voir la lettre de SENGHOR adressée à Guy MOLLET).

Enfin, il y a eu que la volonté ardente de SENGHOR de rompre le traditionnel lien organique entre la S.F.I.O - Sénégal et la S.F.I.O – France rencontre les réticences de Lamine GUEYE.

Ne pouvant plus rester dans le parti, SENGHOR dut se résoudre à adresser une lettre de démission à Guy MOLLET, Secrétaire Général de la S.F.I.O le 27 septembre 1948. il adressera une autre lettre, dans ce sens, à Amadou Babacar SARR CHOPARD, Secrétaire Général de la Fédération Sénégalaise de la S.F.I.O, avant d’adhérer au groupe des Indépendants d’Outre-Mer qui venait de se constituer à l’Assemblée Nationale Française.

La rupture était inévitable. Un mois après, le 27 octobre 1948, SENGHOR crée le Bloc Démocratique Sénégalais (B.D.S) qui tient deux congrès successifs les l5, 16 et 17 avril 1949 à Thiès et les 24,25 et 26 mai 1951 à Kaolack.

Au cours de ces congrès, le BDS s’emploie à trouver une voie originale caractérisée par l’affirmation d’une réelle autonomie vis-à-vis de tout parti politique français (il s’agit de la « désaffiliation » ou du «désapparentement », la recherche d’une voie africaine du socialisme, une relecture critique des fondamentaux du marxisme – léninisme à l’aune des réalités négro-africaines, dans toutes leurs dimensions socioculturelles, confessionnelles, économiques, etc. …

Sans occulter la place et le rôle de la classe ouvrière dans l’évolution des formations économiques et sociales, le BDS accordera une attention particulière au progrès social et à l’essor socio-économique des populations rurales.

Au demeurant, l’authenticité africaine avait déjà trouvé, avant le BDS, un terrain d’affirmation dans un mouvement politique créé à Bamako le 16 octobre 1946, avec la naissance du Rassemblement Démocratique Africain (RDA).

Si le rapprochement entre le BDS et le RDA dont la double ambition était d’assurer la libération politique et sociale des peuples africains et la réalisation de l’unité africaine n’était pas envisageable à cette époque, c’est parce que ce dernier était apparenté au groupe parlementaire communiste de l’Assemblée Nationale Française jusqu’en 1951, alors que le BDS prônait l’autonomie vis-à-vis des partis de l’hexagone.

2- L’ASCENSION FULGURANTE DU BDS (1951-1958

Cette période est marquée par les victoires éclatantes du BDS aux élections législatives de 1951 et 1956, ainsi que celles non moins importantes des élections à l’assemblée territoriale du 30 mars 1952, aux cantonales et sénatoriales de 1953.

En effet, aux élections législatives du 17 juin 1951, la liste BDS comprenant SENGHOR et son colistier le syndicaliste Abass GUEYE remporte une victoire importante et décisive, avec une écrasante majorité sur celle de la SFIO – Sénégal de Lamine GUEYE et Ousmane Socé DIOP.

Si la SFIO – Sénégal se relèvera difficilement de sa défaite, la victoire du BDS consacrera par contre la montée en puissance de ce parti, ainsi que le leadership politique incontestable de SENGHOR.

Sur sa lancée, le BDS remportera les élections cantonales de 1952 et les sénatoriales de 1953, avant de confirmer sa position de 1er parti du Sénégal lors des législatives du 02 janvier 1956 où la liste composée du ticket SENGHOR – Mamadou DIA l’emportera sur celles de la SFIO de Lamine GUEYE – Assane SECK, et celle de l’UDS de Abdoulaye GUEYE Cabri et Thierno BA.

Les analystes politiques ont tenté d’expliquer cette fulgurante ascension et la position dominante du BDS par :

1°) la massification du parti par le biais d’une forte implantation populaire tant dans les centres urbains qu’en milieu rural. Le BDS présent dans les hameaux les plus reculés du pays, révèle le poids politique des campagnes ;

2°) l’élargissement de ses bases sociales à la fois paysannes et prolétariennes qui fait que le BDS regroupe en son sein toutes les composantes de la société sénégalaise. Le BDS reflétait ainsi le corps social sénégalais dans toute sa diversité : fonctionnaires, enseignants, ouvriers, paysans, bourgeoisie, aristocratie traditionnelle, intellectuels, classes moyennes, etc. …

3°) la consolidation des structures organisationnelles du parti (exemple : création du mouvement des jeunes du BDS en 1954 à Louga) et le haut niveau d’encadrement des militants ;

4°) le soutien considérable des milieux religieux dont la force et l’influence sont réelles, à l’instar d’Ababacar SY, Khalife Général des Tidianes, Falilou MBACKE, Khalife général des Mourides et Seydou Nourou TALL, Khalife de la famille Omarienne ;

5°) les erreurs d’option stratégique de la SFIO – Sénégal de Lamine GUEYE qui reste confinée dans les limites étriquées des 4 communes, sans avoir une implication poussée dans les questions touchant les secteurs ouvriers et paysans.

En France, la gauche revient au pouvoir en 1956 et la loi cadre Déferre laisse entrevoir la voie de l’autonomie interne des colonies, avec les risques de « balkanisation » des grands ensembles de l’AOF et l’AEF.

Le vent de la décolonisation souffle un peu partout avec en prime des évènements qui font douter la France sur ses réelles capacités à administrer ses colonies, dont les peuples sont de plus à plus assoiffés d’indépendance : la déroute de Diem-Bienphu, la marche vers l’indépendance du Maroc et de la Tunisie, la guerre de libération de l’Algérie, le désir incompressible d’émancipation et de libération.

Dans ce contexte, le BDS devait se déterminer et s’assumer face aux défis majeurs de l’expérience de l’autonomie interne (loi cadre Déferre) ; de la balkanisation de l’Afrique et de l’Indépendance.

Le BDS connaitra dès lors des mutations. C’est ainsi qu’il fusionna avec l’Union Démocratique Sénégalais (UDS) d’Abdoulaye GUEYE Cabri et Thierno BA qui se trouve être la section sénégalaise du RDA, les socialistes Unitaires de Abdoulaye FOFANA, le Mouvement Populaire Sénégalais de Doudou GUEYE, le MAC d’Assane SECK.

De ces fusions naîtra le Bloc Populaire Sénégalais (BPS) (en 1956). Le BPS sera contre la balkanisation et se battra pour la mise en place de « l’exécutif fédéral » c'est-à-dire le maintien d’un gouvernement fédéral et d’une assemblée fédérale compétents sur les anciens territoires d’AOF.

Auparavant, la dynamique unitaire qui avait déjà été amorcée avec l’adhésion au BDS d’intellectuels et de cadres comme Abdoulaye LY, Amadou Makhtar MBOW, Cheikh FALL, Doudou THIAM, Abdoul Aziz WANE, etc. … s’était poursuivie avec la fusion BDS – UDS consacrée au congrès constitutif du BPS (en 1956).

Dans la même période, le Parti Sénégalais d’Action Socialiste de Lamine GUEYE avait enregistré la démission de Boubacar Obèye DIOP.

Peu de temps après, ce fut au tour d’Ousmane Socé DIOP alors Directeur Politique adjoint et deux autres ténors du parti Ibrahima THIAW, Conseiller Territorial et Amadou Karim GAYE de quitter ce parti.

Il faut toutefois signaler que SENGHOR et Lamine GUEYE s’étaient beaucoup rapprochés sur la scène politique, ce qui présagera de la fusion BPS – PSAS en avril 1958. L’Union Progressiste Sénégalais (UPS) naîtra de cette fusion le 08 avril 1958. SENGHOR et Lamine GUEYE venaient ainsi de parachever leur réconciliation politique.

Auparavant, en septembre était créé à Thiès, le Parti Africain de l’indépendance (P.AI).

Ce parti inter - territorial d’obédience marxiste léniniste fut crée par ses principaux dirigeants que sont :

Majhmout DIOP, Khalilou SALL, Malick CAMARA, Abdou MOUMINI, Issa BASSE, Seydou CISSOKHO, Tidiane Baïdy LY et d’autres.

Le PAI n’était pas en reste dans le combat qui se menait pour réaliser une unité d’action des partis politiques africains en vue de la création d’un exécutif fédéral et d’une assemblée fédérale, préalable à l’indépendance.

Il s’opposait au micro – nationalisme qui était à la base des rivalités entre leaders africains ; il prônait la lutte pour l’indépendance de l’Afrique noire dans sa globalité.

De même, il faut signaler que l’ancien député Abass GUEYE, entré en dissidence, parce que mécontent de n’avoir pas été reconduit comme candidat aux élections législatives de 1956, avait d’abord crée son parti le RDS, puis il s’était rapproché de Lamine GUEYE. C’est ce parti qui a été ressuscité par son fils, Abdou Latif GUEYE.

Le 20 septembre 1958, se produisit une scission au sein de l’UPS avec la création du PRA-SENEGAL, soucieux de respecter la ligne de l’indépendance immédiate dans une fédération de l’Ouest Africaine, définie au congrès de Cotonou par le Parti du Regroupement Africain (PRA) en juillet 1958.