La gestion des deniers publics est devenue une formidable nébuleuse depuis l’Alternance avec, notamment, un manque total de transparence des dépenses publiques et de toutes les transactions qui impliquent l’Etat. Quant il s’agit d’argent, les tenants du régime actuel sont tous pris de la même fièvre, celle de l’enrichissement sans cause. La corruption, la prévarication et les détournements, propagés sont constatés depuis le sommet de l’Etat, et l’irrespect des règles élémentaires de la bonne gouvernance provoque chaque jour un nouveau scandale.
La nouvelle affaire du détournement des deniers publics à l’Agence de Régulation des Télécommunications et des Postes en est encore une preuve éloquente, où le Conseil de régulation a été accusé de libéralités sur une partie du produit de la cession de la licence de téléphonie globale à SUDATEL alors que cette somme était destinée à la réalisation des missions de l’ARTP et devait, avant toute utilisation, être incorporée au Budget de l’Agence.
Le pays tout entier ne bruit plus que de la clameur indignée soulevée par les éclats de ce dernier scandale qui éclabousse l’ARTP. Les Sénégalais constatent qu’à la faveur du climat général de prévarication qui sévit depuis l’année 2000, une poignée d’hommes se sont livrés à un partage crapuleux et confondent manifestement missions et commissions.
Cette affaire, qui fait suite à d’autres, illustre la rupture de logique avec un régime devenu fou qui n’arrive plus à refréner la délinquance financière et ses emballements. Elle démontre que la mal gouvernance a atteint la côte d’alerte dans notre pays, avec une corruption extravagante, une réelle incompétence et une complaisance coupable de tous ces fossoyeurs des finances publiques.
Une fois n’est pas coutume, la justice s’est mise en branle pour poser, avec une célérité saluée par la quasi-totalité des citoyens, des actes de poursuite contre des personnes mises en cause dans ce détournement. Mais, comme à l’accoutumée, le pouvoir fait du deux poids deux mesures en désignant à la justice quelques présumés fautifs.
C’est donc le coup habituel du pouvoir qui jette en pâture quelques uns parmi les mis en cause pour protéger des coauteurs et complices des actes de corruption, de malversations et de prévarication des deniers publics. En effet, la «tontine» de l’ARTP est l’arbre qui cache la forêt du « sedeule bouki » du prix de cession de la licence de téléphonie globale à SUDATEL et dont les véritables bénéficiaires ne sont pas encore connus. Car contrairement à ce que l’on essaie de faire croire à l’opinion, cette affaire scandaleuse n’a pu être déroulée qu’avec des complicités au plus haut niveau de l’Etat. Sinon comment comprendre que le Conseil de régulation de l’ARTP ait pu fonder sa décision du 5 mars 2008 sur le décret n°2008 – 222, signé le même jour et, qui sans justification, n’avait pas encore été publié au Journal Officiel !
Le Parti socialiste exige qu’à côté de ceux qui, aujourd’hui, font l’objet d’une procédure judiciaire, tous les fautifs soient traduits devant la justice pour y répondre de leurs forfaits comme il sied dans un Etat de droit. Il espère que la Justice fera son travail jusqu’au bout, sans exclusive. En effet, à partir du moment où la légalité de cette générosité est contestée par l’Etat, tous ceux qui ont bénéficié des largesses du Conseil de régulation doivent être poursuivis. Il s’agit de poursuivre les auteurs et complices divers y compris les responsables de l’ANOCI qui auraient reçu 96 000 000 F CFA sans aucune justification.
Le Parti socialiste est d’avis qu’il ne faut pas livrer quelques boucs émissaires à la vindicte populaire pour tromper la vigilance des bailleurs de fonds et espérer échapper aux menaces de sanctions qui planent sur le pays et dont la plus significative serait la perte des formidables opportunités offertes par le Millenium Challenge Account. Mais surtout, l’instruction ouverte par le doyen des juges ne doit pas rester l’arbre cache-misère de la forêt des dépassements budgétaires, des surfacturations de marchés publics, des ententes frauduleuses et d’autres malversations en tous genres épinglés par les différents corps de contrôle de l’Etat dans des rapports qui dorment encore dans les tiroirs du Président de la République.
La Justice doit faire tomber les masques et déloger tous les délinquants financiers encore impunis, ceux qui sont incriminés dans la gestion chaotique de l’ANOCI et qui, en dépit de leurs gesticulations et autres enfantillages, n’arrivent toujours pas à clarifier les zones d’ombre qui couvrent encore les détournements et les nombreux dérapages notés dans leur gestion. Ceux sont les mêmes qui ont été épinglés par les rapports d’audit de l’ARMP pour de graves entorses à la procédure de passation des marchés. Ceux sont les mêmes qui, pris d’un repentir tardif, égrènent un chapelet de bonnes résolutions après avoir engagé les ressources publiques dans des dépenses improductives et extravagantes. Ceux sont les mêmes qui ont été au cœur de la transaction avec SUDATEL et qui mènent aujourd’hui les négociations sur la licence de TIGO, en lieu et place du Ministère de l’Economie et des Finances, du Ministère des Télécommunications et de l’ARTP pourtant légalement et techniquement outillés pour connaître d’un tel dossier.
Les Sénégalais et la Communauté internationale attendent l’exploitation impartiale de tous les rapports d’audit et la poursuite sans discrimination de toutes les autorités indexées, quelle que soit leur position. A cet égard, le peuple attend encore, avec impatience, le traitement diligent des conclusions l’audit de l’ANOCI dont la gestion n’a pas été un modèle de transparence et d’efficacité.
Ce serait alors la façon la plus convenable d’inverser le cours illogique des dix années de délinquance économique et financière qu’Abdoulaye WADE a infligé au peuple sénégalais, pour espérer refermer la page des comportements mafieux auxquels son régime l’a maintenant accoutumés, après avoir hérité d’un Etat démocratique aux fondements macroéconomiques rétablis et aux finances publiques assainies.
Fait à Dakar, le 17 mars 2010
Le Bureau politique
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