BUREAU POLITIQUE DECLARATION DU MERCREDI 23 MARS 2011
La célébration par Abdoulaye Wade et les siens du 11e anniversaire de leur accession au pouvoir et les manifestations organisées par l’opposition nationale, et plus généralement par le peuple sénégalais, ont été l’occasion pour le régime de fournir la preuve de l’insouciance de ses tenants et de leur profonde déconnexion des préoccupations de nos compatriotes. En effet, au moment où les ménages et les entreprises sont confrontés aux affres du rationnement de l’électricité, le régime en place, incapable de ressentir la honte d’avoir le cœur à la fête, s’appliquait fiévreusement à célébrer ses onze ans de pouvoir qui, aux yeux des Sénégalais, ne sont pourtant synonymes que d’un cauchemar sans fin tant leurs conditions d’existence se sont considérablement détériorées.
Mais il y a plus grave, car au moment où de larges franges de la Nation s’apprêtaient, elles aussi, à manifester, pacifiquement, leur mécontentement et leur profond rejet des politiques néfastes menées par le régime depuis ces onze trop longues années, des velléités d’interdiction ourdies par des faucons tapis dans les allées du pouvoir sont venues alourdir un climat politique et social déjà chargé. Alors qu’on croyait qu’un sursaut de lucidité les en avait dissuadés et qu’il y avait tout lieu de se féliciter de la maturation de la démocratie sénégalaise qui, d’un même mouvement, pourrait permettre célébrations par les uns et protestations par les autres d’un même événement, le Garde des sceaux, Ministre de la Justice est venu faire son cinéma à la Télévision RTS.
Cheikh Tidiane Sy est, en effet, venu du haut de sa morgue habituelle, par une déclaration saugrenue et malvenue, doucher les effusions de satisfaction en proférant des accusations sans fondement et d’une époque désormais révolue en menaçant de ses foudres de jeunes compatriotes prétendument convaincus des plus graves crimes. Cette déclaration nocturne digne des époques de glaciation des plus sombres dictatures maintenant heureusement en voie de disparition eut pu paraître ubuesque voire guignolesque si les sujets qu’elle abordait n’étaient pas tout simplement graves. Il s’agissait en effet rien moins que d’accuser un groupe de jeunes, pour la plupart encore sur les bancs de l’université, de fomenter un coup d’Etat dans l’un des rares pays d’Afrique qui peut encore se glorifier de n’avoir jamais connu ce fléau. Et le plus risible était que l’exécution de ce coup d’Etat eut dû être effectué, nous dit-il, par le moyen de pneus brulés à certains carrefours de la ville.
Sous ce prétexte fallacieux, un Ministre de la Justice, de toute évidence indigne de son rang et de sa fonction, a jeté nommément de jeunes sénégalais en pâture à l’opinion nationale alarmée par de si graves allégations alors qu’il n y a guère encore il étendait son aile ombrageuse et protectrice sur son fils et celui d’Abdoulaye Wade plusieurs fois cités dans des affaires de prévarication. Après cela, c’est Abdoulaye Wade lui-même qui a confirmé les propos de son ministre et promis d’aller jusqu’au bout de leur délire répressif. Il le faisait du haut de la tribune, lors des festivités qu’ils ont eu le mauvais goût d’organiser le 19 mars avec une débauche d’argent public et dans un discours dont le clou révélateur de la sénilité avérée aura été les félicitations adressées, au passage, aux Lions du Sénégal pour leur brillante victoire dans un match qui ne s’est pas encore tenu.
Maintenant que les lampions se sont éteints, c’est un penaud communiqué du Gouvernement, servi par son inusable porte-parole, qui vient avouer sur la même chaine de propagande gouvernementale que les propos du Garde de sceaux n’étaient que balivernes qui ne valaient même pas leur pesant de plomb. Il est vrai que l’on tente de sauver la face en laissant accréditer l’idée qu’il y avait tout de même quelque chose derrière tout ce charivari mais pour un homme d’honneur, il en faudrait beaucoup moins pour rendre le tablier. L’honneur perdu du Ministre de la Justice n’est rien cependant face aux immenses dégâts collatéraux que cette sombre affaire a provoqués. Le plus grave, en effet, c’est que ces déclarations mensongères ont été servies à la face du monde sans aucun égard pour l’énorme désarroi des familles de ces jeunes, et au-delà d’eux, surtout sans aucune considération pour l’émotion considérable occasionnée à la Nation sénégalaise toute entière, violentée dans sa conscience démocratique et républicaine jamais démentie à ce jour. Le tort fait aux jeunes du Parti socialiste et à l’image du Parti socialiste ne saurait être passé en pertes et profits. C’est pourquoi, toutes les voies de droit seront explorées pour réparer ce tort et pour éviter que de tels abus d’autorité ne se renouvellent.
Mais assurément le pire, c’est le trouble dans lequel ces propos irresponsables de ce soudard ont pu jeter les investisseurs étrangers soucieux de leurs intérêts dans notre pays, nos partenaires au développement préoccupés par le sort des efforts consentis et toute la communauté internationale attentive à la marche de notre pays. Voilà pourquoi, le Parti socialiste, soucieux des intérêts supérieurs de notre pays et convaincu que, malgré le déshonneur qui les frappe, les responsables de cette tragicomédie ne se résoudront jamais à la démission, réclame avec la plus vive énergie le limogeage du Garde des sceaux et sa traduction devant la Haute Cour de Justice. Car ce vaudeville d’un très mauvais goût, attentatoire à l’histoire et aux traditions démocratiques et républicaines de notre pays, ne doit pas être passé par pertes et profits.
En vérité, nul n’est dupe, c’est la panique à bord du régime d’Abdoulaye Wade qui n’hésite plus à user de pratiques où le mensonge d’Etat prévaut sur la liberté des citoyens. Derrière ces grossières manœuvres visant en apparence de jeunes Sénégalais sans défense, c’est une tentative maladroite et cousue de fil blanc pour compromettre les leaders de l’opposition nationale afin d’essayer de les neutraliser en vue de l’échéance prochaine de février 2012. Ces manœuvres sont d’ailleurs à mettre en relation avec les accès de violence perpétrés à l’instigation de responsables du PDS aveuglés et affolés par la perspective de leur départ imminent du pouvoir.
Mais que Abdoulaye et ses affidés se le tiennent pour dit, les atteintes à l’intégrité physique, les actes de violence et d’intimidation ne resteront plus impunies. Puisque ceux qui ont la charge de protéger les citoyens et de garantir le libre exercice de leurs droits fondamentaux sont les premiers à les violer, en toute impunité, les Sénégalais prendront leur responsabilité pour en découdre avec ceux qui veulent instaurer un régime de terreur pour empêcher toute velléité de contestation et d’opposition. Et à partir de ce moment, l’escalade qui pourrait en découler portera la responsabilité exclusive d’Abdoulaye Wade, lui le principal promoteur de la violence qui a fait l’apologie de l’impunité en accordant la grâce aux assassins d’un juge constitutionnel, en délivrant des permis d’agresser et en encouragent toutes les exactions, tous les délits et crimes commis par des personnes identifiées qui continuent de se promener dans les allées de son pouvoir.
Quand un régime ne compte plus que sur des hommes de mains commis aux basses besognes, c’est que sa base sociale s’est délitée et que sa fin est prochaine. Le Parti socialiste tient à témoigner sa solidarité à tous ses militants et à tous ceux qui, chaque jour, font face avec courage et abnégation aux nervis écervelés qui se dressent sur le chemin de l’accomplissement de leur mission glorieuse de défense des intérêts matériels et moraux des populations. A cet égard, le Parti socialiste renouvelle son soutien sans faille à ses jeunes responsables et militants des mouvements des jeunesses et des élèves et étudiants socialistes qui se sont trouvés en butte aux tracasseries policières et confrontés aux attaques orchestrées par les sbires du pouvoir. C’est aussi le lieu ici de remercier en leur nom et au nom du parti tous les leaders et tous les militants qui ont bien voulu leur manifester solidarité et encouragement lors de ces épreuves qui n’ont pu que renforcer leur détermination et leur courage.
Enfin, le Parti socialiste estime qu’en lançant un appel au dialogue, Abdoulaye WADE est, comme à l’accoutumée, dans le petit calcul politicien au lieu d’être dans une posture républicaine qui l’aurait conduit à se hisser à la hauteur de ses charges. Manifestement, il manque à Abdoulaye Wade de la sensibilité populaire et des intuitions qui lui seraient indispensables pour discerner la gravité des circonstances dans lesquelles se termine son règne. Car les manifestations populaires du 19 mars dernier sont l’expression pacifique du rejet massif de son régime par toutes les couches de la Nation, des plus jeunes aux moins jeunes, toutes catégories socioprofessionnelles considérées. Le déchainement populaire contre lui, les manifestations organisées contre sa gouvernance toxique et le rejet profond de sa candidature à la prochaine élection présidentielle doivent l’incliner à choisir le devenir du pays au lieu de s’accrocher au pouvoir. C’est ainsi seulement qu’il montrera qu’il a décrypté, pendant qu’il est encore temps, les signes du mouvement historique irréversible qui se déroule sous nos yeux et dont le 19 mars 2011 constitue le point de départ.
Fait à Dakar, le 23 mars 2011
Le Bureau politique
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