Mardi, 7 Fevrier 2012

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LE PS APPELLE LE FMI A DILIGENTER UNE ENQUETE SUR L'AFFAIRE "SEGURA"

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                                                                                                      Déclaration du Bureau Politique du Mercredi 14 Octobre 2009

 

corruptionL’affaire « Alex Segura », ancien Représentant résident du Fonds monétaire international à Dakar, dont une grande partie des éléments factuels a d’ores et déjà été reconnue par les services du FMI, met en lumière un cumul d’infractions (remise, en espèces, d’une somme d’argent substantielle à un fonctionnaire d’une institution internationale dans un but manifestement peu avouable, détention et transfert illégaux de devises). Au moment où la clameur monte au Sénégal et partout dans le monde, ces faits interpellent tous les protagonistes de ce scandale, à commencer par les Autorités sénégalaises. S’agissant du Sénégal et de ses hautes autorités, l’indélicatesse est si grotesque qu’on aurait dû avoir mal à y croire si, hélas, Abdoulaye Wade et son système n’avaient habitué les Sénégalais à leurs mœurs dépravées face à l’argent d’origine opaque qui croit pouvoir corrompre tout et n’importe qui.

Dans cette extension des pratiques abjectes du régime d’Abdoulaye Wade au plan international, un fait est indéniablement avéré : il y a eu tentative de corruption à l’endroit de l’ancien représentant résident du FMI à Dakar. La question qu’il convient de se poser est la suivante : qu’est ce qui explique ce cadeau « royal » remis à un fonctionnaire en fin de mission, portant sur une si importante somme d’argent ? S’agit-il de rétribution pour services rendus par un témoin de la gestion financière désastreuse avec son cortège de scandales dont l’affaire de l’ANOCI n’était que le dernier avatar ou s’agit-il de construire, pour le FMI et ses agents, la symétrie des propres turpitudes des tenants du pouvoir actuel afin de rejeter sur ceux-ci leur propre discrédit en espérant contrecarrer ainsi les effets de la mauvaise presse notoire dont pâtit maintenant le Sénégal auprès de la Communauté Internationale ?

Le Parti socialiste s’interroge sur l’attitude de l’ancien représentant du FMI à Dakar qui, en acceptant de recevoir un cadeau des autorités sénégalaises, s’est mis en marge du Code de conduite du FMI, même si par la suite cette attitude a permis de constituer le corps du délit. Dans cette tentative de corruption, les supputations et hypothèses les mieux partagées au sein de l’opinion publique nationale et internationale tournent autour de la ou des plus Haute(s) Autorité(s) de l’Etat qui, d’ailleurs, ne cherchent même pas à nier le forfait d’avoir remis de l’argent public à un fonctionnaire international arrivé en fin de séjour dans notre pays.

Le Parti socialiste n’est nullement surpris par de telles supputations si on en juge par la logique de déprédation et de tricherie qui a toujours été la ligne d’action de la gestion immonde qu’Abdoulaye Wade et son clan ont imprimée aux affaires publiques de notre pays. En effet, c’est cette même logique qui organise la fraude électorale, qui manipule la Constitution, les lois et règlements, qui travestit les institutions, qui gaspille les ressources publiques en achetant un luminaire à 8 millions de FCFA et en équipant des bureaux à 750 millions de FCFA, qui refuse la reddition des comptes de l’ANOCI et de soumettre sa gestion à un audit indépendant et fiable, qui dilapide et brade les biens immobiliers et fonciers de la Nation à des privés qui les revendent, par la suite, à des entreprises publiques à coup de dizaines de milliards de FCFA, etc. Cette affaire illustre l’hypocrisie des tenants du pouvoir, une hypocrisie diluée dans des déclarations solennelles en Conseil des Ministres dénonçant la petite corruption alors que la grande corruption fait flores au plus haut niveau de l’Etat. Pouvons-nous élever la voix pour combattre la corruption aussi bien dans notre pays qu’au niveau international quand les plus hautes autorités pratiquent la corruption d’Etat ?

Le Parti socialiste et l’opinion publique ne se font aucune illusion sur les diligences que des autorités judiciaires frileuses ou une Assemblée nationale godillot auraient dû déjà entreprendre pour enquêter sur cette affaire d’une extrême gravité. En effet, la longue liste des scandales financiers restés impunis ne laisse augurer aucune initiative dans ce sens. En vérité, le Gouvernement du Sénégal a déjà dévoilé ce qui lui tient lieu de conduite à tenir dans cette affaire, par les dénégations peu convaincantes, suivies d’abord d’intimidations inopérantes et maintenant d’un mutisme gênant et toute honte bue, de son porte-parole à qui on fait jouer un rôle dans une mise en scène dont il ignore certainement le scénario et les acteurs.

Les agissements révélés font planer sur le FMI, les institutions financières et les agences bilatérales de coopération internationale un doute inacceptable qui doit être impérativement levé. Il y va de la crédibilité et de l’autorité de ces officines. Dés lors, se faisant l’écho de la voix des populations sénégalaises, le Parti socialiste ne saurait se suffire des explications actuellement servis par le FMI.

C’est pourquoi, le Parti socialiste, estimant que cette affaire met en jeu la crédibilité des discours du FMI et de la Banque mondiale sur la transparence et la lutte contre la corruption, appelle le FMI à faire droit à l’exigence légitime du peuple sénégalais pour une enquête exhaustive, impartiale et rigoureuse.

Des pays comme les Etats-Unis et ceux de l’Union européenne, principaux contributeurs des Institutions de Bretton Woods et pourvoyeurs d’aides au Sénégal, sont aussi interpellés au même titre et pour les mêmes raisons que le FMI et la Banque mondiale ; il est de leur devoir d’exercer toutes les pressions nécessaires et d’apporter tout leur appui, leur concours et toute leur expertise aux investigations nécessaires à la manifestation de la vérité.

L’enquête, dont les conclusions devront être rendues publiques, devra permettre, entre autres :

  • de retracer le déroulement chronologique, circonstancié, documenté et détaillé de tous les faits et événements depuis le diner d’Alex Segura à la Présidence de la République jusqu’à son arrivée au siège du FMI, à Washington, en passant par son départ de l’aéroport de Dakar, la remise et la restitution du « cadeau monétaire aux autorités sénégalais » (sic !) ;
  • d’indiquer l’identité des autorités sénégalaises en cause ;
  • de situer les responsabilités des différents acteurs ;
  • de connaître l’origine et le montant de cette importante somme d’argent et des devises qui auraient été en jeu ;
  • de prendre des sanctions exemplaires à l’encontre des préposés à l’acte, auteurs, intermédiaires et commanditaires, et de veiller à leur application effective.
 

Par respect à la Convention des Nations-unies contre la corruption et à celle sur la prévention et la lutte contre la corruption de l’Union africaine, toutes les deux ratifiées par le Sénégal, le Parti socialiste exige du Gouvernement du Sénégal une collaboration pleine et entière aux enquêtes du FMI et engage la communauté internationale, l’Union africaine et l’UEMOA à formuler la même exigence à l’endroit des autorités sénégalaises.

Le Parti socialiste engage la communauté internationale, notamment le FMI, la Banque mondiale et les pays partenaires du Sénégal, à user des dispositions de l’article 32 de la Convention des Nations-Unies contre la corruption en vue de prendre, à l’encontre des autorités sénégalaises qui seraient impliquées dans cette tentative de corruption,  « les mesures nécessaires pour permettre l’identification, la localisation, le gel ou la saisie » du « produit du crime » et « des biens, matériels ou autres instruments utilisés ou destinés à être utilisés pour les infractions établies conformément à la présente Convention » aux fins de « confiscation éventuelle ». En termes plus clairs, il s’agit de traquer et de saisir les fonds et les biens mal acquis par lesdites autorités, provenant de corruption et qui pourraient être utilisés à l’avenir pour corrompre.

Le Parti socialiste exige la lumière sur cette affaire parce qu’au-delà du FMI, c’est la crédibilité de toutes les institutions internationales et agences bilatérales de coopération présentes au Sénégal et la valeur de leurs jugements qui sont en jeu. En effet, comment ne pas s’interroger sur les causes de l’inertie des officines internationales face aux pratiques de détournement, de ponction et de prévarication des deniers publics dont se rendent régulièrement auteurs les tenants du régime actuel. Comment ne pas penser à la complaisance de ces institutions face aux scandales des détournements d’objectif, des dépassements budgétaires et d’autres surfacturations patentes ainsi que du déni de gestion accablant de l’ANOCI, et face à tous les méfaits indiscutables et indiscutés sur lesquels elles observent un mutisme confondant.

En tout état de cause, cette affaire confirme la mal gouvernance et la corruption dans notre pays devenues des fléaux pandémiques depuis que Abdoulaye Wade s’est installé au pouvoir. Elle confirme également la justesse des positions patriotiques des forces démocratiques et sociales qui n’ont cessé de dénoncer, depuis plusieurs années, la délinquance financière érigée en mode de gouvernance par le régime patrimonialo-affairiste d’Abdoulaye Wade.  Elle conforte enfin la pertinence des conclusions des Assises Nationales concernant la corruption, laquelle doit être traitée énergiquement comme un cancer social destructeur de notre tissu sociétal ainsi que de ses fondements éthiques et moraux. L’ensemble des forces politiques et sociales, chaque citoyenne et chaque citoyen, doivent prendre l’exacte mesure du fléau, travailler à l’éradiquer et exiger toute la lumière sur l’affaire « Alex Segura », car il y va de la dignité des Sénégalais et de l’honneur de notre pays, le Sénégal.

Fait à Dakar, le 14 octobre 2009

Le Bureau politique

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