Samedi, 19 Mai 2012

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La candidature d’Abdoulaye WADE pour l’élection présidentielle de février 2012 est non seulement juridiquement irrecevable, mais elle est d’abord et avant tout moralement et politiquement indéfendable

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marchefss151108DECLARATION DU BUREAU POLITIQUE EN DATE DU 25 AOUT 2010
Si le premier prix de la mauvaise foi et du ridicule cherchait encore récipiendaire, les thuriféraires du régime d’Abdoulaye WADE seraient certainement des favoris imbattables au regard de l’argumentaire spécieux, voire malhonnête, développé dans la laborieuse défense de  la recevabilité de la candidature de leur mentor pour un troisième mandat. Oubliée l’interprétation juridique de l’auteur de la Constitution, servie en conférence de presse au lendemain de l’élection présidentielle de février  2007 par un chef de l’Etat encore euphorique de sa victoire frauduleuse. Les voilà  maintenant qui se perdent dans des contorsions juridico-intellectuelles et s’abîment dans un juridisme de mauvais aloi  révélateur de leur profond désarroi

Pourtant en dépit des réfutations de politiciens stipendiés et des dénégations d’avocats du diable, de surcroît transhumants tortueux, qui se croient désormais quittes de leur savoir juridique pour mener de travers tout le reste de leur existence, la cause est entendue depuis longtemps : la candidature d’Abdoulaye WADE pour l’élection présidentielle de février 2012 est non seulement juridiquement irrecevable, mais elle est d’abord et avant tout moralement et politiquement indéfendable.

D’abord sur le plan moral et politique et avant toute considération juridique, il est présomptueux et totalement irresponsable pour un homme politique, parvenu à plus de quatre-vingt six ans et en proie parfois à des moments de sénilité,  de briguer la plus haute charge de l’Etat pour un mandat de sept ans qu’il ne finirait alors que largement nonagénaire avec tous les risques de gâtisme qu’il encourt. S’il en était encore pourvu et s’il n’était  obnubilé que par ses pulsions d’autocrate qui affleurent sous le vernis du démocrate, le bon sens le plus élémentaire et le patriotisme auraient dû le dissuader d’emprunter cette voie périlleuse pour la cohésion de la Nation et pour la stabilité du pays.

Le Parti Socialiste est d’avis qu’au regard de sa gestion incompétente et corrompue devenue de notoriété mondiale, Abdoulaye WADE devrait avoir le bon goût d’abandonner son projet insultant de succession  et d’envisager des voies de sortie honorables plutôt que de songer à se présenter pour un troisième mandat. Il serait néanmoins vain d’attendre tant de grandeur d’un tel homme victime de sa mégalomanie et prisonnier de ses rêves surannés de dynastie.

Sur le plan juridique ensuite, tous les juristes avertis dont les constitutionnalistes les plus émérites, assurent d’une même voix qu’une candidature de Abdoulaye Wade pour un troisième mandat n’est pas recevable. A cet égard, la lettre très explicite de l’article 104, traitant des dispositions transitoires entre la Constitution de 1963 et celle de 2001, ne laisse place ni à l’équivoque, ni à l’interprétation. Elle distingue nettement entre la poursuite jusqu’à son terme du mandat en cours, donc sa durée  et toutes les autres dispositions de la Constitution, dont celle relative à la limitation à deux  du nombre de mandats, qui, elles, sont d’application immédiate. En bonne logique constitutionnelle, on peut concéder que la durée du premier mandat ne pouvait être remise en cause qu’avec l’assentiment du Président élu en 2000 parce que précisément le septennat avait déjà été préalablement octroyé sous l’empire de la Constitution de 1963 par le peuple sénégalais souverain et était par conséquent devenu un droit acquis.

Si le Constituant a jugé utile, opportunément d’ailleurs, d’apporter, relativement à la durée du mandat, cette précision qui devrait être, du reste, superfétatoire au regard au principe général de non-rétroactivité, c’est pour mettre en exergue l’application au « Président en fonction » de toutes les autres dispositions de la Constitution. Par conséquent, le pouvoir constituant de 2001 a stipulé sans ambages, à l’article 104 précité que la disposition limitative du nombre de mandats doit s’appliquer au « Président en fonction » et être décompté à partir de son mandat en cours, à l’instar d’ailleurs  de toutes les autres dispositions et à la seule exception de la durée du premier mandat déjà entamé. Telle est l’économie littérale des termes de la Constitution et toutes les considérations contraires servies par les préposés à la défense de l’indéfendable ne sont que grossières et vaines tentatives de sauver l’autorité déjà chancelante de Abdoulaye Wade, d’éviter la débandade dans son camp et de brouiller le jugement des Sénégalais.

Par ailleurs, et  au delà  de la lettre de la Constitution, l’esprit  même qui a présidé à son adoption en 2001, dans un contexte de dénonciation de la longueur de la présidence de ses prédécesseurs, par un nouvel élu donneur de leçons à souhait, excluait  toute interprétation  tendant à accréditer la thèse de la recevabilité à moins de vouloir réduire à néant la fin poursuivie par la nouvelle Constitution.

Au surplus,  les déclarations du nouveau président réélu en 2007, dernièrement rappelées par la presse, auxquelles s’ajoutent les travaux préparatoires de la Constitution de 2001, ainsi que les correspondances entre le Président et les membres de la Commission de rédaction de cette Constitution, confortent cette lecture de l’article 104 et rendent irrecevable la candidature de Abdoulaye Wade à l’élection présidentielle de 2012.

Au total, tant du point de ses proclamations de foi que des engagements souscrits auprès de ses alliés d’alors, Abdoulaye WADE aurait même dû raccourcir à cinq ans, et de son propre gré, son premier mandat et surtout ne jamais  songer à se représenter pour un troisième mandat, mais avec sa nature oublieuse de son serment et encline au parjure, il serait vain d’attendre tant de grandeur d’un tel homme.

Tel était d’ailleurs son premier mouvement en 2007, quand sans doute effrayé par la stupeur générale consécutive à sa réélection usurpée  et redoutant le retour de bâton de la colère légitime des électeurs floués, il tentait de les rassurer en avouant, comme pour dorer la pilule amère de l’élection frauduleuse, l’évidence de l’impossibilité constitutionnelle de sa candidature pour un troisième mandat. Il est vrai aussi qu’en ce temps-là, il caressait déjà le dessein funeste de circonvenir le peuple pour le moment venu, pouvoir se substituer son fils à la tête de l’Etat du Sénégal. En dépit de l’histoire politique de ce pays, de ses traditions républicaines et de la valeur de ses femmes et hommes, c’est la seule succession qui soit envisageable et tolérable à son égocentrisme débridé.

Mais le désaveu cinglant des urnes, le 22 mars 2009, et le camouflet infligé à l’héritier présomptif par les électeurs de la Commune d’arrondissement du Point E et de la Ville de Dakar ont contrarié ses sinistres plans et l’ont contraint à changer de fusil d’épaule pour annoncer  sa propre candidature et continuer ainsi à porter le combat d’un fils qui n’a pas le courage de s’assumer seul et d’assumer publiquement ses ambitions. Le Parti socialiste a dit à l’époque ce qu’il pensait l’annonce de candidature inopportune, prématurée et indécente. Abdoulaye WADE n’en persiste pas moins pour autant dans sa volonté délibérée de violer de notre loi fondamentale. C’est que pour lui et les siens, il n y a pas d’autre alternative que de se perpétuer au pouvoir de façon dynastique pour espérer que leurs  crimes économiques et financiers puissent rester impunis de la justice des hommes.

Au fond, les manœuvres d’Abdoulaye WADE sont de la même veine que les agissements de l’ancien président Mamadou TANDIA du Niger qui tentait de rallonger son mandat. Ses actes sont à inscrire parmi les crimes les abjects contre la démocratie et les fins qu’ils poursuivent sont, sans conteste, constitutifs de tentative de commission du crime de haute trahison justiciable de la Haute Cour de Justice. Et ils ne manqueront que par des circonstances extérieures à sa volonté car comme le dit le proverbe wolof « la pirogue du fou n’accoste jamais ou alors c’est en des rivages qui n’enchantent pas les siens ».

Il revient donc au peuple de se mobiliser pour reprendre la pirogue des mains d’un pouvoir fou avant qu’elle ne dérive et, avec elle, notre système démocratique et finalement la stabilité de notre pays. Voila pourquoi le Parti socialiste invite tous les patriotes, tous les républicains et tous les démocrates à ne pas se laisser distraire et divertir par les élucubrations et les gesticulations d’un pouvoir crépusculaire aux abois. Il s’agit, dès à présent, dans le cadre d’un grand mouvement populaire et patriotique de créer un rapport de forces défavorable à Abdoulaye Wade pour l’obliger à sortir de son autisme suicidaire et à renoncer à présenter en 2012 une candidature qui viole manifestement la Constitution et qui, en vérité, en cache une autre.

Le Conseil constitutionnel dont c’est la responsabilité de dire le droit en la matière est également interpelé et sera saisi en temps opportun pour faire justice de ce complot contre la démocratie, la république et la patrie. Et cette fois ci, il ne sera pas possible à ses membres de se réfugier derrière une prétendue incompétence devenue, sous l’alternance, une litanie puisqu’il s’agira pour le Conseil constitutionnel de se prononcer sur la recevabilité des candidatures, compétence qu’il tient de la loi et qu’il devra traiter, sans dérobade possible cette fois, en se fondant sur la Constitution. Mais quel que soit le candidat du pouvoir, il sera battu à plate couture si Bennoo Siggil Senegaal sait garder sa cohésion pour faire face aux menées institutionnelles subversives, et  si le processus électoral est sécurisé et le scrutin transparent, régulier et sincère.

Dakar le 25 août 2010

Le Bureau Politique

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