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Du terroir à l’Universel L S Senghor, 8 ans après

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senghor_degaulleDECLARATION DU MERCREDI 23 DECEMBRE 2009

Le 20 décembre 2009, huitième anniversaire de la disparition du poète-Président Léopold Sédar Senghor,  aura été marqué par deux décisions d’une grande portée symbolique : le choix du lieu de la manifestation, le thème du colloque.

La manifestation a eu lieu à Djilor, village natal de Senghor, au cœur du Sine. Elle restera, dans les annales du Parti socialiste et dans celles des solennités de même nature, l’une des plus originales et des plus réussies parce que conçue, préparée et réalisée avec la participation massive, enthousiaste et affectueuse des populations venues du terroir alentour. Innovation, fidélité à un esprit, à une pensée et à une action auront été les maîtres mots des témoignages formulés par nos invités, dont Hamidou Sall, ami fidèle et disciple inspiré de Léopold Sédar Senghor,  des chefs de villages, des maires, des présidents de Conseil rural, des jeunes, des femmes, des vieilles personnes, des responsables politiques locaux, départementaux, régionaux, des membres du Bureau politique avec à leur tête le Secrétaire général Ousmane Tanor Dieng.


Le Parti socialiste est d’avis qu’il y a au moins trois raisons majeures de perpétuer cette journée du souvenir. La première tient au fait que nous devons célébrer nos grands hommes, précisément ceux-là qui sont créateurs de valeurs nouvelles pour le bien commun, la cohésion sociale et le progrès humain. La deuxième est tout aussi capitale que la précédente et l’explique sans doute en partie. Parmi les fondamentaux qui ont préservé le Sénégal des soubresauts mortifères pour les jeunes nations, l’histoire retient déjà que  Senghor a jeté les bases d’un Etat moderne adossé aux valeurs de la République démocratique et laïque qui ont, pendant si longtemps, fait regarder et considérer le Sénégal comme un pays phare en Afrique. Il y a enfin une troisième raison de consacrer cette journée du souvenir : c’est l’actualité de la pensée de Senghor en cette époque de mondialisation et de métissage de tous genres et où dans notre pays, les fondements de l’Etat, en tant que république et en tant que nation, sont, tous les jours, ébranlés par le régime actuel.

Le thème de cette année : «Senghor, du terroir à l’Universel», est assurément un moyen approprié de vérifier les qualités de visionnaire du poète et de l’homme d’Etat. Sa parole devancière a éclairé des débats qui sont aujourd’hui, ici et ailleurs, d’une brulante actualité. En effet, S’il y a une constante dans l’œuvre de Léopold Sédar Senghor, et qui transparaît aussi dans bon nombre de ses écrits poétiques, politiques ou critiques, c’est bien l’importance proprement mythique qu’il n’a cessé d’accorder à l’enfance, à son enfance africaine, sénégalaise et sérère, et au mouvement qui, par étapes, le conduisit à en sortir, pour y revenir, toujours, comme à la seule source sûre. C’est fort de cette profonde conviction que le Parti socialiste, son parti, est allé à Djilor, au cœur du Royaume d’enfance, pour remonter le courant jusqu’à l’origine et, comme les lamantins, aller  boire à la source.

Garder la mémoire signifie méditer l’oubli, nous dit un grand penseur. Parce que nous sommes soucieux de garder la mémoire pour ne jamais oublier que notre illustre camarade est l’un des plus grands penseurs de notre temps, nous avons voulu le suivre du terroir à l’Universel. Léopold Sédar Senghor a été un homme d’Etat exceptionnel, un pionnier et bâtisseur de grande lucidité, un poète majeur dont l’œuvre et l’action resteront à jamais une féconde source au service du dialogue des cultures et des peuples. Et s’il avait appelé de toutes ses forces à l’avènement d’une Civilisation de l’Universel, il la voulait fondamentalement comme un Rendez-vous du donner et du recevoir, c’est-à-dire un moment de fraternité et d’échanges fécondants entre différents peuples invités à s’enrichir de leurs différences pour mieux converger vers l’Universel.

Des bords du Sine jusqu’aux rives de la Seine, traversant le vaste monde, il a donné à la voix de son petit pays une résonnance planétaire. Et il n’est pas étonnant, huit ans après sa mort, de le voir célébré et honoré partout dans le monde, par des actes de très haute portée symbolique. En maints endroits du globe, des lieux de cultures, d’éducation, des sites historiques et des rues,  portent son nom.

Héritier de Léopold Sédar Senghor, le Parti socialiste du Sénégal peut jeter un regard sur le long et difficile chemin parcouru par cet homme d’exception et ses compagnons et éprouver ce sentiment de fierté qui lui donne la force de regarder demain, pour parler comme son ami et frère Aimé Césaire.

L’hommage que lui rend le Parti socialiste est aussi un hommage à l’homme d’Etat qui a contribué, avec d’autres et avec intelligence, à édifier la Nation sénégalaise et à consolider les équilibres sociaux, culturels, religieux et confrériques, lesquels ont depuis toujours garanti la paix civile et la concorde nationale. Aujourd’hui, à l’heure où les Sénégalais dans leur immense majorité s’interrogent sur les périls qui menacent le devenir de notre Nation, les porteurs de l’héritage de Léopold Sédar Senghor trouveront dans son merveilleux et exceptionnel parcours la force nécessaire pour résister à la sorcellerie des apôtres de la désunion qui, par leurs déclarations irresponsables et leurs menées bassement politiciennes, veulent saper les bases de notre précieuse unité nationale, cette unité dans la diversité qui est le socle de notre précieux « commun vouloir de vie commune ».


C’est également un hommage à l’homme d’Etat qui, avec organisation et méthode, a bâti une République dont les valeurs sont aujourd’hui déconstruites, la Constitution banalisée et manipulée, les institutions dévoyées pour les rêves mégalomaniaques et dynastiques d’un homme.

C’est enfin un hommage à l’homme d’Etat qui, à partir de sa notoriété personnelle, a élevé la voix de notre pays dans le concert des Nations au moyen d’une diplomatie dynamique et professionnelle jadis respectée, attachée aux relations amicales traditionnelles et ouverte à tous les pays du monde, à l’opposé de la diplomatie frénétique et compulsive du régime actuel qui ternit l’image de notre pays. D’ailleurs, le prestige de la diplomatie sénégalaise d’antan, inspirée par un homme de sa dimension et conduite par des professionnels chevronnés, est désormais snobé et mis à l’écart dans les efforts de maintien ou de rétablissement de la paix dans les zones sous tension de l’Afrique occidentale.



En vérité, Senghor est de plus en plus ressenti, revendiqué et assumé comme un port d’attache, un lieu de ressourcement perpétuel, une pensée de résistance et de recours tant au plan politique, idéologique qu’intellectuel. Pour les héritiers socialistes que nous sommes, ce repère est un motif supplémentaire de fierté. Senghor n’est pas seulement un nom qu’on évoque, mais, de manière plus essentielle, une trace, une leçon qui vaut autant pour le présent que pour le futur.  


Le Bureau politique

Dakar, le 23 Décembre 2009

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