Samedi, 19 Mai 2012

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Communiqué du bureau politique : "Tout le monde doit parler d’audit, sauf Karim Wade"

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Comme il en est coutumier maintenant, et à la grande consternation des Sénégalais,  Abdoulaye Wade vient une fois de plus de se signaler avec ses gros sabots dans le monde à la fois feutré et complexe des relations interétatiques. L’initiative grotesque d’affréter à grand frais un avion, dès lendemain de la proclamation des résultats provisoires du premier tour du scrutin présidentiel ivoirien, pour aller mander et accueillir un candidat à l’élection,  était on ne peut plus indélicate. Mais au-delà de l’indélicatesse patente venant de la part d’un Président de la République en exercice, l’acte ainsi posé par Abdoulaye Wade était, à tous égards, inamical,  contreproductif et dangereux.

 

D’abord, inamical à l’égard de la Côte d’Ivoire, ce pays ami qui, comme chacun le sait, se débat depuis plus d’une décennie avec les démons de la partition et de la guerre civile larvée consécutives aux crises de l’époque post-Houphouët. Ce pays qui est en voie de retrouver la paix et la concorde, à la suite d’une médiation de la communauté internationale et grâce à la volonté des Ivoiriens eux- même, n’avait pas besoin de cette ingérence. Il s’agit d’une immixtion indue de la part d’un Président de la République en exercice et surtout d’un homme que son activisme brouillon avait fini par faire écarter des voies de règlement du conflit.

Contreproductif ensuite pour son hôte d’un jour qui n’avait assurément pas besoin de rencontrer, en une telle occurrence, un homme sur le déclin que sa réputation sulfureuse, due à ses agissements inconsidérés sur la scène internationale, a complètement discrédité et fini par faire chasser de tous les autres pays en crise sur la terre d’Afrique.

Dangereux enfin pour nos nombreux compatriotes vivant depuis si longtemps en Côte d’Ivoire, en bonne intelligence avec leurs frères ivoiriens, et qui se trouvent ainsi menacés dans leur quiétude et leur sécurité par les conséquences possibles des déclarations irresponsables et les tribulations intempestives d’un homme qui, à l’évidence, ne se sent pas bien dans le domaine de la diplomatie et des relations internationales. Passe encore que ses actes fassent de lui la risée du monde entier mais le danger qu’il fait ainsi peser sur la sécurité de nos compatriotes établis dans ce pays ami est inacceptable et intolérable.

Pour se dédouaner de cette incartade, la diplomatie de brocante du Gouvernement et sa communication de foirail n’ont d’autres ressources que de convoquer les relations nouées dans le cadre de l’Internationale libérale par les deux hommes. On cherche ainsi à justifier très laborieusement les turpitudes d’Abdoulaye Wade par une comparaison indue avec des voyages qu’aurait entrepris tel ou tel leader de parti politique en Côte d’Ivoire. C’est vraiment faire peu cas de son statut de Président de la République que de vouloir se dédouaner, de la sorte, de son indélicatesse irresponsable. Au vrai, en aucun cas, un chef d’Etat digne de ce nom, de surcroît d’un âge avancé, ne devrait  pouvoir se comporter de cette façon et c’est bien pourquoi il n y a pas encore de précédent semblable relevé dans la conduite de ses homologues.

Le Parti Socialiste invite le peuple ivoirien à faire la part entre le peuple frère et ami du Sénégal, avec qui il entretient depuis toujours des relations d’une exceptionnelle qualité, avec Abdoulaye Wade accoutumé aux dérapages sur la scène internationale. Les relations qui unissent nos deux pays doivent demeurer et se perpétuer en se bonifiant au mépris des lubies d’un homme dont on peut véritablement se demander si la raison préside toujours à ses agissements. Le Parti socialiste demande au Gouvernement ivoirien de veiller sur la sécurité des Sénégalais vivant en Côte d’Ivoire.

Pendant que l’opinion s’émouvait encore de cette avanie, Abdoulaye Wade s’est livré à un nouveau dérapage inadmissible lors d’une rencontre internationale et devant un aréopage de magistrats venus du monde entier à l’invitation de leurs pairs sénégalais. Il n’a pas hésité à cette occasion  à assimiler les magistrats sénégalais à des esclaves effrayés de leur propre indépendance et désireux de retrouver les chaines de leur asservissement chaque fois que lui, Abdoulaye Wade, les affranchit. Le Parti socialiste tient à dire son indignation sans bornes face à ces propos insultants pour un corps dont il devrait être garant de l’indépendance et du respect à lui dû par les citoyens.

Certes, il est vrai que la corruption notoire du pouvoir qu’il dirige, a gangrené quelques brebis galeuses parmi les membres de la magistrature, mais il reste que le plus grand nombre de nos juges s’évertuent à exercer honorablement leur sacerdoce au quotidien dans les conditions difficiles que chacun connaît. A défaut de les y encourager, il est inacceptable de les insulter publiquement et de leur jeter ainsi l’opprobre. En attendant la réaction légitime attendue de l’Union des Magistrats du Sénégal qui ne saurait se taire face à une telle vilenie, le Parti socialiste tient à exprimer sa solidarité aux dignes magistrats et hommes libres que compte la justice de notre pays, quoi qu’en dise Abdoulaye Wade. Il exprime aussi ses regrets à leurs hôtes étrangers qui sont retournés vers leur pays certainement meurtris par ces propos qui ne sauraient sortir d’un esprit possédant encore la totalité des ses moyens.

Dans le même temps, le Parti socialiste exprime ses vives inquiétudes au sujet de cette déclaration car si telle est l’opinion qu’Abdoulaye Wade a des magistrats, il y a tout lieu de croire qu’il l’a déjà expérimentée avec certains d’entre eux et il est à craindre des agissements futurs de certains d’entre eux dont le comportement dans le passé ne milite pas en faveur de leur honorabilité, comme le très contestable et contesté juge Cheikh Tidiane Diakhaté, ancien Président d’une Cour d’Appel et devenu Président du Conseil constitutionnel.

L’autre acte posé par Abdoulaye Wade et qui laisse tout autant croire à sa désormais totale inaptitude à exercer les responsabilités qui sont les siennes, c’est la décision de ponctionner 20 Milliards de FCFA du budget de notre armée nationale déjà démunie pour faire face à ses responsabilités dont la lancinante question de la Casamance rien que pour se payer un nouvel avion. Cet acte intervient alors même qu’il n’y a guère, il avait englouti dans des conditions opaques près de 30 milliards pour réfectionner la Pointe de Sangomar.

Il est sûr que notre valeureuse armée nationale aurait fait un bien meilleur usage de ces 20 milliards pour l’accomplissement de ses tâches de défense de l’intégrité du territoire nationale. L’un dans l’autre, et si on tient compte des centaines de milliards dilapidés dans la location d’une flottille d’aéronefs pour les pérégrinations de la famille présidentielle, ce sont des dizaines, voire des centaines de milliards, qui ont été dilapidés au détriment des urgences nationales.

Et au même moment où Abdoulaye Wade s’expose à la risée ou à la stupéfaction du monde entier avec ses initiatives intempestives, ses propos injurieux et son train de vie dispendieux, son fils lui amuse la galerie et fait mine de s’engager dans une opération mains propres à la SENELEC dont il feint de découvrir la vétusté des installations dix ans après la prise de pouvoir par son père. Le ridicule ne tuant pas, le voilà qui brandit des velléités d’audits dans le seul but manifeste de régler des comptes avec son prédécesseur et/ou de se tenter de se parer du manteau de la rigueur. Mais, dans cette affaire, de même qu’il faudrait se garder de parler de cordes dans la maison d’un pendu, de même il faudrait éviter de parler d’audits dans la maison Wade. Et tout le monde devrait pouvoir agiter des audits en épouvantail sauf Karim Wade  qui reste encore bien silencieux face aux graves accusations du Livre « Contes et Mécomptes » de Abdoulatif Coulibaly et dont le père a poussé des urticaires et menacé de dissoudre l’Assemblée nationale à la seule évocation de l’idée d’auditer la gestion nébuleuse  et scandaleuse des fonds de l’ANOCI.

Rien de ce qui pourrait être reproché à Samuel Sarr ne saurait rester étranger à Abdoulaye Wade qui l’a couvé et encouragé dans une totale  complicité pendant toutes ces années où pas moins de 800 milliards ont été dépensés en toute opacité et sans aucun résultat pour l’usager de la SENELEC. Le Parti Socialiste n’est pas dans le fond hostile au principe d’un audit de la SENELEC pour l’avoir réclamé depuis plusieurs années mais refuse la politique du deux poids deux mesures qui est intolérable pour tout citoyen épris d’impartialité et d’égalité. Voilà pourquoi en même temps que l’audit de la SENELEC, le Parti Socialiste exige aussi l’audit de la gestion de l’ANOCI, l’audit de la cession des terres de l’aéroport et de la réfection de la Pointe de Sangomar, deux questions qui visent Abdoulaye Wade, l’audit de la gestion des fonds du FESMAN dont une part essentielle a été investie sur un terrain appartenant au Chef de l’Etat en personne et de toutes les autres affaires crapuleuses qui ont jalonné l’épopée délinquante de la présidence Abdoulaye Wade.

 

Fait à Dakar, le 10 novembre 2010

Le Bureau politique

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