Dans le contexte persistant d’urgences nationales de tous ordres, le peu de Sénégalaises et de Sénégalais, qui attendaient des solutions de sortie de crise, ont été définitivement déçus tant le discours prononcé par Abdoulaye Wade, après plus d’un mois de divagation, donne la preuve d’une absence de perception de l’ampleur de cette crise sans fin provoquée par la gouvernance toxique de son régime. Son discours se résume en une défense mal aisée du bilan de ses échecs cumulés, lequel aurait été, sans une mauvaise foi évidente, forcément plus accablant et en une nouvelle proclamation de promesses jamais honorées, signe de son impuissance à trouver des solutions immédiates aux urgences de l’heure.
Aveu d’échec et d’impuissance d’abord lorsqu’Abdoulaye Wade passe sous silence le fiasco du plan Jaxaay initialement présenté pour mettre fin au calvaire des inondations et financé à hauteur de 52 Milliards par les contribuables. Aujourd’hui que ce plan s’est révélé être un échec et un alibi pour justifier le report coupable des élections législatives de 2006, l’opinion nationale doit continuer à réclamer la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur l’utilisation des crédits, le nombre de logements construits et leurs attributaires.
Aveu d’échec et d’impuissance ensuite lorsqu’Abdoulaye Wade esquive le drame des inondations, où en dehors d’une compassion de principe, sorte de remords tardif d’un Président de la République qui a abandonné son peuple dans les eaux et l’obscurité, aucune mesure concrète n’a été annoncée pour sortir des eaux les populations de Pikine, Guédiawaye, Mbour, Kaolack, Kaffrine, Louga et Nioro.
Or dans l’urgence, le Gouvernement devait déclencher les mécanismes de solidarité et de secours nécessaires pour soutenir les populations victimes des inondations. Dès lors, le Parti socialiste engage, à nouveau, Abdoulaye Wade à sortir des discours et à passer enfin aux actes en mobilisant et en réorientant les ressources publiques vers un véritable Plan ORSEC, à la mesure de l’impact dévastateur des inondations et à mettre en œuvre immédiatement pour permettre aux sinistrés de retrouver les conditions d’une vie décente. Au-delà de ces mesures dictées par l’urgence, la récurrence des inondations et le caractère dramatique de leurs impacts physiques et humains requièrent la reprise des programmes de restructuration et d’assainissement dans le cadre du plan directeur actualisé.
Aveu d’échec et d’impuissance encore lorsqu’Abdoulaye Wade opte pour son stratagème habituel de la défausse pour tenter d’absoudre sa responsabilité et celle des réseaux politico-affairistes dans la crise structurelle de la SENELEC. Or, il est clair que la situation actuelle de cette société remonte à la résiliation unilatérale et inopportune de la convention avec HYDRO HELIO QUEBEC et de l’abandon de la réforme du secteur de l’énergie.
De plus, en faisant diversion dans une illustration des soit disant réalisations de son Gouvernement pour le secteur de l’électricité, il donne plus de résonnance et de pertinence à l’exigence d’un audit technique et opérationnel de la SENELEC et d’un audit des 500 Milliards prétendument investis dans cette société qui ne l’ont pas empêchée de vivre avec le spectre permanent de la banqueroute et la réalité des rationnements quotidiens de l’électricité.
Finalement, les déclarations d’Abdoulaye Wade et son exercice laborieux de bilans comparés avec des inexactitudes, dissimulations et manipulations de données renseignent sur l’opacité caractéristique de la mauvaise gestion de la SENELEC et confirment que les rationnements de l’électricité résultent non pas d’un déficit de production mais de difficultés d’approvisionnement en combustibles, conséquence d’une trésorerie éprouvée par les mauvaises options en matière d’investissements et par les dépenses de gaspillage.
Aveu d’échec et d’impuissance toujours lorsqu’en se prononçant sur la recrudescence de la violence en Casamance, Abdoulaye Wade s’accroche au fantôme d’un processus de paix durablement compromis par l’intrusion de l’argent corrupteur, l’exclusion des pays voisins (Gambie, Guinée-Bissau) du processus de paix et par l’émiettement de la rébellion en plusieurs factions. Non seulement la perspective d’une paix durable s’éloigne mais la crise prend maintenant une tournure inquiétante qu’illustrent les violences de ces derniers jours ainsi que la témérité des rebelles appuyée par un armement lourd.
Aveu d’échec et d’impuissance enfin lorsqu’Abdoulaye Wade annonce l’opportunité du MCA comme une « bonne nouvelle » alors qu’elle correspond à un retour en arrière et une perte de temps, après trois longues années d’affairisme effréné pour tenter de substituer le don du Gouvernement américain par un prêt de prétendus investisseurs arabes. Cette option absurde qui renseigne sur la cupidité du régime actuel, a abouti non seulement à un investissement tronqué (l’enveloppe financière passée de 500 à 270 Milliards) mais aussi à des réalisations retardées au moment où des pays comme le Burkina Faso, le Mali, le Bénin et le Ghana qui avaient mesuré, à sa juste valeur, cette opportunité, vont entamer la deuxième phase du MCA.
Curieusement, au même moment, les lobbies politico-affairistes ont réactivé leurs réseaux pour tenter de faire main basse sur le patrimoine foncier national et incidemment pour capter les investissements prévus par le MCA. C’est dans ce cadre qu’il faut situer le recours introduit par l’ancien Président du Conseil rural de Mbane devant la Cour Suprême aux fins de rabat d’arrêt de la décision rétablissant la victoire de la liste de la Coalition Bennoo Siggil Senegaal. Le Parti socialiste invite la vigilance des populations des zones concernées par le MCA et le Conseil rural de Mbane à prendre, avant la date de signature de la convention prévue pour le 16 septembre, les délibérations portant désaffectation de toutes les terres injustement attribuées aux proches du pouvoir en place. Il invite également le Gouvernement américain à garantir les droits des populations sur leurs terres et à s’assurer que la mise en œuvre du MCA ne sera pas le prétexte de pratiques de spoliation foncière et d’enrichissement sans cause au profit d’une caste de prédateurs affairistes mis en selle par le régime libéral.
Au-delà des aveux d’échec et d’impuissance, le discours prononcé par Abdoulaye Wade prend l’allure d’un mépris criminel lorsqu’il annonce avoir rédigé deux livres pour justifier sa longue période de farniente dans le lucre et le luxe. Le Parti socialiste dénonce l’insouciance ainsi manifestée par Abdoulaye Wade face aux inondations, aux coupures d’électricité et au renchérissement du coût de la vie et l’invite à se hisser à la hauteur de la situation catastrophique en décrétant l’état d’urgence sociale, seul à même de mobiliser les ressources et les hommes pour mettre fin aux souffrances quotidiennes des populations.
Fait à Dakar, le 11 Septembre 2009
Le Bureau politique
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