L’indignité avec laquelle Abdoulaye Wade exerce la fonction présidentielle donne du Sénégal l’image honteuse d’un pays miné par des procédés réprouvés par la morale et par la loi. L’affaire « Alex Segura/Abdoulaye Wade », pratique ultime de corruption d’Etat est, à cet égard, révélatrice du discrédit qui frappe les institutions de la République. Dans cette affaire, la conduite des autorités est foncièrement condamnable non seulement en raison de la tentative de corruption d’un fonctionnaire international par la plus haute autorité de l’Etat mais aussi pour toutes les déclarations mensongères et contradictoires que le Gouvernement a servies après la découverte de ce scandale. Il n’est pas acceptable qu’après avoir nié, sans convaincre, la matérialité des faits, puis s’être réfugié derrière un mutisme confondant et enfin, après avoir avoué, toute honte bue, son forfait, Abdoulaye Wade tente de diluer son acte ignoble dans une défense malaisée qui porte atteinte à l’honneur et à la dignité du peuple africain. En effet, alors que l’opinion nationale et internationale s’attendait à des remords, fussent-ils, tardifs, du principal mis en cause, il nous sert des justifications alambiquées prétendument puisées dans la tradition africaine qu’il n’éprouve aucune honte à travestir comme si les valeurs de civilisation africaine cautionnaient une pratique aussi abjecte que la corruption.
Le Parti socialiste condamne les déclarations d’Abdoulaye Wade qui essaie de se disculper en se défaussant sur son aide de camp qui, non seulement en serait l’instigateur mais aussi l’étourdi bouc émissaire ayant fait erreur sur le montant du « cadeau monétaire ». Le Parti socialiste rappelle que ce dernier est un officier supérieur de l’armée nationale et que ce serait une forte offense faite à notre armée républicaine pour qui, contrairement à Abdoulaye Wade l’honneur et la parole ont un sens et qui exécute, avec loyauté et précision, les ordres reçus du supérieur, que de mêler ses hommes aux turpitudes du pouvoir.
Au demeurant, le Parti socialiste rappelle, qu’en l’occurrence, ce qui est en cause, c’est moins le montant du « cadeau monétaire » et les justifications après coup d’une pareille infamie que son principe et la suite qui va être réservée à cette tentative de corruption dans laquelle la plus haute autorité de l’Etat est directement et personnellement impliquée. En raison de la gravité de l’acte et de l’identité de son auteur, cette affaire ne peut être rangée dans la longue liste des forfaits et forfaitures restés impunis depuis que ce régime s’est installé au pouvoir.
Sous ce rapport, les explications fournies par Abdoulaye Wade au FMI et le communiqué publié par cette institution ne doivent pas être les prétextes d’un règlement à l’amiable visant à enterrer définitivement cette affaire. Parce que la République s’accommode désormais de pratiques infamantes dont son plus haut représentant est l’auteur principal, et parce qu’il n’y a rien à espérer de l’Assemblée Nationale et de la Justice Sénégalaises qui devraient traduire Abdoulaye Wade devant la Haute Cour de Justice pour Haute Trahison, le Parti socialiste interpelle la communauté internationale, notamment le FMI, la Banque mondiale et les partenaires bilatéraux et multilatéraux du Sénégal pour une réaction conséquente. En effet, la gravité des faits est telle que les institutions internationales ont l’impérieuse obligation de sévir, sans quoi tous leurs discours sur la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption paraitront comme des slogans commodes sans effet pratique.
Le FMI, la Banque Mondiale ainsi que les institutions de coopération bilatérale et multilatérale ne doivent pas laisser planer le doute sur la probité et l’intégrité de leurs anciens représentants au Sénégal. Abdoulaye Wade, en indiquant que c’est une tradition, accuse implicitement tous les anciens représentants d’avoir accepté ses cadeaux. C’est la raison pour laquelle le Parti socialiste invite le FMI, les partenaires bilatéraux et internationaux du Sénégal, à user des dispositions de la Convention des Nations-Unies contre la corruption en vue de prendre à l’encontre d’Abdoulaye Wade les sanctions prévues à la mesure de la faute commise.
Pour conclure sur cette affaire, le Parti socialiste estime que s’il lui reste encore une once de dignité et pour sauver l’honneur du Sénégal, Abdoulaye Wade, qui est désormais irrémédiablement disqualifié pour parler de bonne gouvernance, de transparence et de lutte contre la corruption, doit adresser à la Nation un message solennel de démission.
Alors que l’on n’avait pas fini d’épiloguer sur ce scandale suprême, Abdoulaye Wade transforme la République en un univers de dénonciations calomnieuses. Comme qui croirait que la routine du crime pouvait avoir des vertus expiatoires, le voilà qui fait diversion dans la falsification de faits historiques authentiques. Puisque Abdoulaye Wade consent à rouvrir une page de l’histoire, le Parti socialiste se fait le devoir de rétablir la vérité et de rappeler que Monsieur Amadou Makhtar Mbow, alors Directeur général de l’UNESCO, avait fait la fierté du continent africain et du Tiers monde en opposant à l’unilatéralisme de l’administration Reagan un Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication qui aurait été le terreau fertile d’un monde multiculturel.
Plutôt que de se rabaisser en se faisant le porte-voix d’un Ambassadeur d’un pays étranger, le Parti socialiste invite Abdoulaye Wade à avouer ses propres fautes, lui qui a installé notre pays dans un système fait de népotisme et de clientélisme et transformé l’espace public en un grand banquet de famille où se retrouvent parents et alliés du premier au dernier degré.
Ces attaques d’un Chef d’Etat dirigées contre son compatriote sont la preuve d’une singulière méchanceté qui avilit la fonction présidentielle, dont le titulaire verse maintenant dans un déferlement de délires. En effet, Abdoulaye Wade vient, à nouveau, de s’illustrer sur la scène internationale en faisant une nouvelle offre de services, inopportune et inappropriée, dans le conflit qui oppose la France et la République Islamique d’Iran à propos de l’affaire Clothilde Reiss. D’ailleurs, les remontrances du Ministre français des Affaires Etrangères sonnent comme une fin de non recevoir et un désaveu cinglant à une diplomatie incohérente et frénétique qui fait la honte de notre pays et de ses diplomates de carrière.
Le Bureau politique
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