Samedi, 19 Mai 2012

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BUREAU POLITIQUE DECLARATION DU MERCREDI 27 JUILLET 2011

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manif23juin2Le mouvement historique enclenché depuis le 23 juin 2011 a tracé la voie pour un progrès irréversible de la démocratie et pour le respect de la Constitution. Malheureusement le pouvoir en place ne semble pas en saisir ni la portée, ni enjeux et persiste dans ses gesticulations et ses provocations. En effet, l’empressement avec lequel Abdoulaye Wade a nommé un Ministre chargé des élections sans concertation avec les acteurs politiques, démontre qu’il ne veut toujours pas se prêter aux règles vertueuses de la démocratie.

A cet égard, la nomination d’un Ministre chargé des élections procède de la même logique d’unilatéralisme qui caractérise la gestion du processus électoral par le pouvoir en place. Non seulement cette nomination ne rétablit pas la tradition d’un Ministre de l’Intérieur au dessus de tout soupçon mais au contraire elle consacre une stratégie de toute évidence planifiée pour donner l’impression d’avoir lâché Ousmane Ngom, obnubilé par les gages de repentance et d’éternelle reconnaissance qu’il voudrait tous les jours donner à son « autocrate » d’hier.

 

Mais Abdoulaye Wade ne doit pas se faire d’illusion. Sa manœuvre ne suffira pas à désarmer les forces démocratiques dans leur volonté de faire progresser la démocratie sénégalaise. Le nouveau ministre qui a été sous les ordres d’Ousmane Ngom et, à ce titre, a été une des pièces de la machine à frauder du pouvoir, suscite un a priori défavorable justifié par sa place dans le dispositif frauduleux où, en sa qualité de Directeur général des élections, il n’a pas pu ignorer les irrégularités et fraudes massives qui ont entaché les élections de 2007.

De plus, la nomination d’un Ministre chargé des élections soulève le problème de ses rapports avec les autorités administratives qui, du point de vue organique, fonctionnel et administratif, restent soumises à l’autorité hiérarchique du Ministre de l’Intérieur. Cette situation n’est pas sans poser des interrogations légitimes sur la marge de manœuvre dont dispose le Ministre chargé des élections sur les gouverneurs, préfets et sous préfets dans la gestion du processus électoral. En effet, la probabilité est grande de voir ces autorités administratives obéir aux ordres d’un Ministre de l’Intérieur partisan pour rester dans ses bonnes grâces au lieu d’exécuter les instructions du Ministre chargé des élections qui n’a aucun pouvoir dans l’évolution de leur carrière. La même interrogation porte sur les possibles incohérences et interférences dans la répartition des services entre le Ministère des élections et le Ministère de l’Intérieur.

Au surplus, la nomination d’un Ministre chargé des élections est le type même d’une décision trompe-l’œil pour faire croire qu’Abdoulaye Wade a fait une concession alors qu’il n’a rien lâché sur le fond. En effet, la revendication des forces démocratiques qui dépasse le simple jeu de chaises musicales, porte principalement sur la mise en place des conditions d’élections libres, transparentes et régulières comme unique moyen de conquête ou de conservation du pouvoir.

En partant du constat d’une profonde césure dans notre système démocratique où les standards minimaux de fiabilité et de crédibilité des élections font l’objet d’une violation systématique, il est évident que notre démocratie ne peut pas faire l’impasse sur les nombreuses irrégularités et les dysfonctionnements récurrents qui installent la fraude au cœur du processus électoral.

Dès lors, et au-delà de la nomination d’un Ministre chargé des élections, la responsabilité de la transparence et de la régularité de l’élection présidentielle de 2012 incombe à Abdoulaye Wade qui, dès à présent, doit faire des pas significatifs dans le but de conférer à notre système électoral les attributs d’une démocratie majeure.

Dans cet ordre d’idées, il s’agit de susciter de larges concertations avec les acteurs politiques et de la société civile sur l’ensemble du processus électoral, des concertations qui, si elles sont engagées avec responsabilité, pourront aboutir à un consensus sur un système électoral dont les règles sont discutées, arrêtées et acceptées par tous. A cet égard, l’exigence de la revue du Code électoral reste toujours actuelle parce qu’elle permettrait aux acteurs de proposer des mesures législatives et réglementaires pour améliorer notre système électoral. Parmi les problèmes qui doivent être traités à l’occasion de la revue du Code électoral figurent la multiplicité du vote, l’utilisation du spray (encre indélébile invisible) pour garantir l’unicité et l’authenticité du vote, la fermeture des bureaux de vote à 18 heures pour une meilleure reconnaissance faciale des électeurs et pour éviter les transferts d’électeurs voltigeurs, la suppression du vote anticipé des militaires et paramilitaires pour les faire voter le même jour que les civils.

Dans le même sens, les recommandations de la CENA et celles consécutives à l’audit du fichier électoral doivent être mises en application pour permettre de régler définitivement les questions liées, entre autres, à la qualité de l’électeur et au nombre d’électeurs par bureau de vote qui ne doit pas excéder 500.

Enfin, c’est devenu une évidence que seul un organe de gestion des élections disposant des pouvoirs les plus étendus dans l’ensemble du processus électoral pourrait garantir la régularité et la transparence de la prochaine élection présidentielle.

C’est sur ces questions, sans occulter les exigences populaires pour le retrait de sa candidature inconstitutionnelle à l’élection présidentielle du 26 février 2012 et pour la mise en place des conditions pour des inscriptions massives sur les listes électorales, que le Parti socialiste attend des réponses d’Abdoulaye Wade et appelle tous les citoyens à amplifier la pression populaire sur son régime.  Il s’agit pour les forces vives et démocratiques, déjà en ordre de bataille, de montrer à Abdoulaye Wade que le M23 est capable de relever le défi qu’il pose à la Nation et de sortir victorieux de ce combat dont l’issue va garantir la crédibilité et la légitimité des institutions républicaines ainsi que la stabilité de notre pays.

Compte tenu de tous ces enjeux, le Parti socialiste exhorte le M23 à poursuivre ce combat historique sans désemparer jusqu’à mettre Abdoulaye Wade et son régime hors d’état de nuire à la démocratie. A ce sujet, le Parti socialiste salue la détermination et le courage de tous les patriotes qui font front pour obliger Abdoulaye Wade à respecter la Constitution et les lois de la République, singulièrement les membres du Mouvement « Y’en a marre » qui font face avec abnégation au régime qui se dresse sur le chemin de l’accomplissement de la noble mission de défense de la République et de la démocratie. C’est le lieu pour le Parti socialiste de témoigner sa solidarité à Oumar Cyril Touré dit Thiat et à son mouvement, victimes de tracasseries policières attentatoires à la liberté. Le Parti socialiste reste convaincu que cette épreuve ne fera que renforcer leur détermination et celle de toute  la jeunesse sénégalaise qui refuse de tomber dans un avenir aux allures de gouffre que leur propose le régime d’Abdoulaye Wade.

Fait à Dakar, le 27 juillet 2011

Le Bureau politique

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