A l’évidence, la présidence d’Abdoulaye Wade figurera dans les annales comme la période la plus sombre de l’histoire de notre jeune Nation. Il serait fastidieux de dresser la longue liste des avanies dues à l’impéritie de son régime et infligées à notre peuple. Par quelques bords qu’on le prenne, notre pays n’est plus qu’un vaste champ de ruine d’où ne s’élève plus qu’une complainte sourde et désespérée. Des Gouvernements successifs incompétents et corrompus, oublieux de leurs devoirs de répondre aux aspirations profondes des Sénégalais et obnubilés par la recherche effrénée d’enrichissement personnel de leurs membres, ont conduit notre pays dans une impasse historique. Qu’il suffise pour illustrer cela de s’en tenir à quatre des secteurs les plus emblématiques de leur échec que sont la question du pouvoir d’achat des ménages, la conduite de la politique énergétique, la gestion du secteur agricole et le management de la crise en Casamance.
Sur la question vitale du pouvoir d’achat qui charrie un enjeu de survie pour tous ces Sénégalais plongés dans les tourments d’un quotidien de plus en plus insupportable, il est évident que la flambée, dans des proportions inouïes, des prix des denrées et produits de consommation courante constitue une sérieuse équation pour le Gouvernement. Et une nouvelle fois, il s’est fourvoyé en persistant dans les effets d’annonces et dans des mesures improductives. La faiblesse relative des baisses annoncées, entre 5 et 100 francs, préjuge de leur impact nul sur le panier de la ménagère. Ces baisses à la marge intervenues sur quelques produits et denrées ciblés, sans concertation ni avec les opérateurs économiques, ni avec les syndicats des travailleurs, n’auront aucune incidence significative sur l’érosion du pouvoir d’achat. De plus, ces baisses sont limitées dans le temps avec un maximum de 4 mois aux termes desquels l’environnement concurrentiel international impose le retour au statu quo ante c’est-à-dire au régime de la liberté avec toutes les conséquences frustrantes qui peuvent en découler pour les consommateurs. Il s’y ajoute les difficultés de mise en œuvre d’une baisse sur des prix relatifs à des produits acquis antérieurement par des opérateurs économiques sans reversement de la moins-value correspondant au manque à gagner pour le commerçant et caractérisée par la différence entre les anciens et les nouveaux prix.
En vérité, ces baisses marginales que l’on nous présente, après des hausses fulgurantes, comme un effort considérable du Gouvernement en faveur des populations, ne sont qu’un simulacre de réparation, tardive et anecdotique de surcroît, d’une injustice trop longtemps infligée aux populations. En lieu et place de ces petites baisses, il est possible de proposer de véritables solutions avec effet immédiat sur la baisse du coût de la vie. Dans cet ordre d’idées, une réduction drastique du train de vie du régime libéral et la suppression de toutes les niches de gaspillages des ressources publiques pourraient permettre à l’Etat de subventionner les prix des denrées de consommation courante. De même, le Gouvernement peut, d’ores et déjà, imaginer des formules de régulation des comportements de marges des distributeurs sous le contrôle des agents du Ministère du Commerce eux-mêmes mis dans les conditions optimales de travail.
S’agissant de la politique énergétique ensuite, notre pays est confronté à la pire crise de son histoire. Le prix du carburant et du gaz domestique, si indispensables à la société moderne, connaît une hausse vertigineuse qui grève sérieusement le portefeuille des ménages et plombe le compte d’exploitation des entreprises. Mais le plus grave, c’est l’intolérable situation de la SENELEC qui ne se contente plus d’imposer des délestages aux populations mais les soumet désormais à un véritable rationnement de l’électricité. Il ne pouvait pas en être autrement face à l’amateurisme et à la cupidité des tenants du régime. Alors que le Gouvernement précédent avait trouvé en la société Hélio Hydro Québec du Canada un partenaire stratégique prêt à investir les fonds nécessaires à l’outil de production de la SENELEC, les tenants du régime actuel ont préféré rompre unilatéralement le contrat. Ce faisant, ils mettaient le Sénégal dans l’obligation de rembourser les dizaines de milliards déjà versés par Hélio Hydro Québec, là où il eut fallu obliger cette société à respecter ses engagements contractuels ou à défaut se retrouver condamnée en réparation.
Sans doute portés par leur incompétence notoire et mus par l’appât de gains indus, ils ont pensé pouvoir se ménager par là des opportunités de prébendes et s’en donner à cœur joie à leurs opérations de prévarication tous azimuts dont les résultats se matérialisent aujourd’hui par la situation catastrophique de la distribution de l’électricité qui a fini de plomber toute croissance de l’économie nationale. Après plus de huit cent milliards CFA investis en dix ans dans le secteur de l’énergie, aux dires même du Gouvernement, la situation a donc empiré et la SENELEC est confrontée à une crise structurelle par la faute d’un régime incompétent, sourd aux avis des experts du secteur et arcbouté sur ses pratiques de gestion toujours opaques et souvent crapuleuses.
Cela explique que, malgré tous les prétendus investissements, et après plusieurs annonces de solutions imminentes, le Gouvernement confine les Sénégalais à la résignation et leur propose le fatalisme hors de propos d’un horizon inopportunément fixé à 2014. De plus, et comme pour narguer le peuple, le Gouvernement nous sert une comédie de mauvais goût sur la mauvaise qualité du combustible. Or ce débat, s’il en est, est définitivement clos par les preuves fournies par la société ITOC, qui a démontré que le fuel ne pouvait être mis en cause dans les rationnements actuels de l’électricité. Il est d’ailleurs proprement choquant que la SENELEC, non contente de devoir des dizaines de milliards à ITOC, opte pour la défausse en tentant de discréditer cette société et pour essayer de justifier les ruptures dans la distribution de l’électricité.
Il est clair que les solutions de courte vue jusqu’ici préconisées ne font qu’aggraver la situation de la SENELEC plombée par un management déficient et par une opacité caractéristique de sa gestion. Les rationnements de l’électricité résultent d’une trésorerie éprouvée par les dépenses de gaspillage et par une politique d’approvisionnement qui expose la SENELEC à des spéculateurs en collusion avec des réseaux politico-affairistes.
Au regard du mécontentement exacerbé des populations, le Gouvernement doit changer de politique en substituant au système actuel qui a abouti à une absence de transparence des coûts de production de l’électricité, une politique sectorielle cohérente adossée à une gestion vertueuse et rigoureuse des recettes, à un plan national d’approvisionnement planifié et sécurisé en combustible afin de réaliser des économies d’échelle et à la réalisation des investissements nécessaires à la réhabilitation et à l’entretien des équipements et des centrales électriques
Dans le domaine agricole, dix années se sont succédé avec des politiques agricoles inexistantes ou erratiques lorsqu’elles existent, ponctuées de la part du Gouvernement par des déclarations d’intention et des annonces sans suite. Au fil des ans, les campagnes agricoles sont allées de mal en pis avec des producteurs qui n’en peuvent plus d’être les victimes expiatoires de ces politiques néfastes. Aujourd’hui, ils n’ont plus guère le choix qu’entre deux termes d’une alternative tous aussi morbides. Soit, après la ruine advenue, attendre une fin certaine dans les campagnes devenues des mouroirs à petit feu, soit prendre, pour ceux qui en ont encore le cœur, les chemins de l’exode rural vers la ville surpeuplée. Là les attend un sort guère meilleur et qui bientôt les poussera à bords de frêles esquifs sur les routes maritimes de la désespérance vers un ailleurs qui ne veut pas d’eux et sur les chemins duquel les guette une grande incertitude.
Une véritable politique agricole doit être le domaine réservé des spécialistes de la question et le terrain d’application de méthodes et techniques éprouvées par de larges concertations et expérimentations. Elle ne saurait être le fruit de l’improvisation ni le lieu d’une politique où le populisme des intentions affichées ne le dispute qu’à la démagogie des mesures prises, comme cette malheureuse initiative de gratuité des semences qui n’a eu pour résultat concret que de braquer les banques et de priver la filière agricole de leur précieux concours. Une bonne politique agricole ne saurait non plus consister à livrer les producteurs aux fourches caudines d’intermédiaires véreux en accointance avec un régime affairiste corrompu qui s’enrichissent indument sur le dos des paysans, ni encore se limiter à promouvoir une caste d’agriculteurs du dimanche recrutés dans les rangs du pouvoir et accapareurs des terres les plus fertiles. Et lorsque le Gouvernement doit y intervenir, ça ne doit être que pour des tâches de supervision et de coordination du système afin de s’assurer que chacun des acteurs du secteur joue bien le rôle qui lui est dévolu. Faute de se faire, le Premier ministre en a été réduit à avouer à son corps défendant l’énième échec de la campagne arachidière.
La gestion de la crise en Casamance est enfin le dernier domaine où se déploie l’incurie d’Abdoulaye Wade et de son régime. Il est loin le temps où euphorique à souhait, Abdoulaye Wade promettait de régler le conflit en cent jours et où au premier frémissement déclarait la paix conclue avec dans la foulée une journée décrétée chômée et payée. Dix ans plus tard, la Casamance connaît une recrudescence de la violence qui a replongé ses populations dans l’inquiétude et le désarroi. Les forces de sécurité quant à elles, mal équipées et exposées à des attaques meurtrières, payent un lourd tribut à l’insouciance et à l’inconséquence du Gouvernement. Abdoulaye Wade a tourné le dos aux efforts inlassables entrepris par le Président Abdou Diouf pour venir à bout du conflit avec l’unification du MFDC et avec l’implication de nos voisins que sont la Gambie et la Guinée Bissau qui, de par leur position géographique voisine et leur composition démographique similaire, pouvaient jouer un rôle de premier plan dans la résolution de la crise. C’est ainsi que ce processus devait conduire aux négociations de Banjul en 2001 pour trouver une solution définitive qui, à l’exception de la sécession, pouvait revêtir toutes les formes possibles.
Au lieu de quoi le régime actuel a préféré s’appuyer sur des émissaires douteux aux procédés aventureux où le crime de sang s’invite parfois. L’argent distribué à mauvais escient et destiné à entretenir les irrédentistes et à enrichir les intermédiaires a été érigé en l’unique moyen d’aplanir les difficultés. Au bout du compte, nos forces de sécurité se retrouvent dans les sous bois face à un ennemi engraissé sinon armé par les deniers publics et enhardis par un surcroît d’armement lourd venu d’on ne sait où et se servant du territoire des pays de la sous région comme de véritables sanctuaires où ils peuvent se replier après leurs attaques meurtrières en attendant leurs prochains forfaits. Au final, et au grand désarroi des populations de la Casamance, non seulement la perspective d’une paix durable s’éloigne mais la crise prend une tournure inquiétante qu’illustrent les violences de ces derniers jours, les pertes en vies humaines dans les rangs de notre vaillante armée nationale ainsi que la témérité des rebelles appuyés par un armement lourd.
Face à cette situation nationale catastrophique et qui n’est d’ailleurs que la face visible de l’iceberg, le Parti socialiste appelle Abdoulaye Wade et le Gouvernement à se ressaisir et à recentrer les politiques publiques sur les véritables urgences qui menacent jusqu’aux fondements de notre Nation plutôt que de multiplier les manœuvres et les chicanes dans le but d’usurper un troisième mandat. Il s’est levé au nord du continent un vent frais de libération qui bientôt pourrait être une formidable bourrasque qui soufflerait sur tout le continent et balaierait tous les régimes sourds aux préoccupations légitimes de leurs populations et tout absorbés par leurs aspirations illégitimes de conservation du pouvoir.
Fait à Dakar, le 2 février 2011
Le Bureau politique
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