DECLARATION EN DATE DU MERCREDI 02 JUIN 2010Passé la réprobation quasi unanime de son inconduite diplomatique dans l’affaire de la libération de l’étudiante française Clothilde REISS, Abdoulaye WADE vient de récidiver dans l’ordre de la muflerie par son comportement inélégant et inconvenant à l‘égard de l’Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique au Sénégal. Il s’en faut une absence totale de maîtrise de soi pour un chef d’Etat entouré du banc et de l’arrière banc de ses courtisans rieurs complaisants, pour tendre un guet-apens médiatique à une dame représentant un pays ami pour l’apostropher si vertement en sachant parfaitement qu’elle n’était qu’une fonctionnaire en service commandé. Pourtant les gens de bien n’ont vu dans le texte du Département d’Etat américain qu’un opportun rappel de principes de bonne gouvernance économique et politique et l’obligation impérieuse pour l’Etat du Sénégal de respecter des engagements librement consentis pour bénéficier du Millenium Challenge Account (MCA).
La diplomatie ne saurait s’accommoder sans frais de l’intrusion de méthodes de quidam vilgus. Ses usages et ses traditions policés sont le fruit d’une longue maturation de coutumes sages secrétées par un lent développement progressif multiséculaire, avant d’être ultérieurement codifiées par les conventions de Vienne. Le respect du formalisme le plus pointilleux y est de rigueur et le parallélisme des formes une règle cardinale. Voila pourquoi il n’est pas abusif de dire qu’en la matière, la procédure tient le fond parce que justement les deux sont intrinsèquement liés.
Au regard de ces considérations, il y a de l’indignité pour un chef d’Etat à polémiquer publiquement avec un ambassadeur d’un pays étranger, même si en l’occurrence l’Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique a commis une entorse aux règles diplomatiques pour avoir rendu publics les éléments d’un document de ses supérieurs destiné aux autorités sénégalaises. Une convocation de l’ambassadeur, pour explications, par le ministre en charge des affaires étrangères, aurait suffi. Au total, Abdoulaye WADE doit cesser de faire l’amalgame entre le rôle de définition de la politique étrangère de l‘Etat qui, dans notre pays, est sans conteste de la prérogative du Président de la République et la mise en œuvre de celle-ci qui, elle, doit ressortir de la compétence des diplomates chevronnés formés à cet effet.
Pour ceux qui connaissent les mœurs dépravées de son régime chaque fois que tintent des espèces sonnantes et trébuchantes de même que sa corruption, la profusion de moulinets intempestifs du poignet ainsi que la débauche de coups de mentons ostentatoires ne visaient, en vérité, qu’à simuler une fausse indignation. Mais l’inélégance dont Abdoulaye WADE est coutumier ne serait pas si inquiétante si elle n’était pas cette fois ci mâtinée d’une vile théâtralisation des relations internationales. Théâtralisation forcément accoucheuse de la représentation d’un tel mauvais goût où le vaudeville et le tragique se côtoient pour générer l’infâme brouet télévisé infligé au monde avec la complicité agissante de la RTS préposée à la propagande officielle. Il doit cesser de prendre la scène internationale pour un meeting et les acteurs pour des militants.
Le plus sidérant toutefois est l’incroyable mauvaise foi d’Abdoulaye WADE qui, ne comptant plus que sur le bluff et l’esbroufe pour contrecarrer sa mise aux bancs de la communauté internationale, a eu l’outrecuidance de nier l’évidente corruption de son régime alors que lui-même était l’auteur de la tristement célèbre «Affaire Wade-Segura» qui a fait la une de toutes les dépêches diplomatiques et rédactions du monde.
Le Sénégal, incontestable puissance diplomatique d’antan, s’est maintenant comme installé dans une ère de diplomatie de la vache folle avec ses errements et ses égarements qui désespèrent nos compatriotes et dont, à l’heure actuelle, le monde entier s’alarme ou se gausse. Les incartades d’Abdoulaye WADE ont gravement terni l’image de notre pays sur la scène internationale et ses nouvelles embardées diplomatiques menacent maintenant de nous aliéner la coopération de nos principaux partenaires au développement.
Pour des raisons liées à son historique leadership sur la scène diplomatique africaine, mais qui tiennent aussi à sa longue et laborieuse bataille pour l’édification d’un Etat démocratique et républicain, le Parti Socialiste ne s’associera jamais à aucune tentative d’où qu’elle puisse venir, de bafouer l’honneur et la dignité de notre pays et du peuple sénégalais.
Mais que personne ne s’y méprenne, en dépit de la démagogie de la diatribe et des effets de manche populistes à souhait d’Abdoulaye WADE, aucun digne fils de ce pays ne s’est senti insulté par les mises en garde du gouvernement américain qui visaient non pas le peuple sénégalais mais le régime magouilleur qui le gouverne. Chacun a interprété cet avertissement comme un secours américain à la détresse du peuple sénégalais confronté à la rapacité des aigrefins du régime pour qui, chaque affaire d’Etat ou chaque investissement n’est ni plus ni moins qu’une occasion de partage de butins entre gredins. Cela explique que ni le Parti Socialiste ni les Sénégalais dans leur ensemble ne s’offusquent point de la volonté légitime de nos partenaires au développement de s’assurer que l’argent de leurs contribuables est utilisé à bon escient et parvient à ses véritables destinataires plutôt que d’être capté par de hautes autorités étatiques kleptocrates.
La réaction incongrue et déplacée d’Abdoulaye WADE qui n’a pas craint de menacer de renoncer au fond du MCA dans un essai désespéré de sauver la face est surement l’aveu douloureux pour lui de sa posture inconfortable, et à la longue intenable, de devoir admettre qu’il est, maintenant, définitivement démasqué urbi et orbi, et que quoi qu’il veuille faire désormais pour se targuer de lutter contre la corruption, il ne pourra plus jamais tromper personne.
Au vrai, le régime d’Abdoulaye WADE est une cause désespérée, car parvenu au stade de la déchéance où il prend eau de toutes parts. Abdoulaye WADE sait, par ailleurs, que la postérité sera sévère avec son œuvre lorsque l’itinéraire de toutes les commissions occultes sur les chantiers de l’ANOCI, la cession des réserves foncières du Champs de Tir des Mamelles, de l’Aéroport, etc., sera reconstitué. Et cette double prise de conscience le terrifie. La conviction qu’il ne pourra pas disposer des fonds du MCA comme de l’argent de la Chine Taïwan retrouvé sur un compte à Chypre ou de Sudatel retrouvé sur un compte à Dubaï le rend allergique au MCA et l’incline à chercher à s’en affranchir et à priver notre peuple des projets structurants financés par cet important programme.
Face à cette option suicidaire pour l’avenir de notre pays, le Parti Socialiste appelle le peuple sénégalais à se mobiliser pour stopper les dérives d’Abdoulaye WADE et refuser que le MCA soit sacrifié sur l’autel de sa mégalomanie débridée. La mal gouvernance et la corruption dans notre pays sont devenues des fléaux pandémiques que l’ensemble des forces politiques et sociales doivent traiter énergiquement comme un cancer social destructeur de notre tissu sociétal ainsi que de ses fondements éthiques et moraux. Le Parti socialiste invite les Sénégalais à prendre l’exacte mesure du fléau et travailler à l’éradiquer, car il y va de la dignité des Sénégalais et de l’honneur de notre pays. Plutôt que de nous priver de la coopération internationale, débarrassons-nous d’Abdoulaye WADE. Il y va du salut du Sénégal.
Enfin, et s’il y a une morale à retenir dans cette affaire, c’est que les régimes englués dans la corruption, comme celui qui nous gouverne, finissent toujours par payer leur cupidité et par être rattrapés par leurs crimes, même lorsque, pour retarder l’échéance, ils font appel aux dissimulations, aux dénégations et aux manipulations./-
Fait à Dakar, le 02 juin 2010
Le Bureau politique
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