Chers Anciens, Membres du Conseil Consultatif des Sages, Chers camarades, Membres du Bureau politique, Chers camarades, Membres du Comité central, Chers Camarades, Mes chers amis
Cette crise, qui a vu se concrétiser les dangers de la globalisation économique avec ses impasses et ses violences, est indissociablement liée à la mondialisation ultra libérale.
En tant que telle, elle est une crise globale avec des effets visibles et perceptibles sur tous les continents.
Mais, l’Afrique, plus que tout autre continent, est l’une des parties du monde qui subit, avec la plus grande impuissance, les violences de cette crise. Elle reste le continent le plus marginalisé au plan économique et vit les conséquences les plus dramatiques de la mondialisation, aggravées par la crise de la gouvernance démocratique.
Sur notre continent, en effet, la gouvernance démocratique se trouve dans une situation inquiétante du fait de la conjonction de plusieurs facteurs qui prennent de plus en plus d’ampleur, notamment en Afrique de l’Ouest.
Ce sont, d’une part, les tripatouillages indécents et incessants des Constitutions et singulièrement la remise en cause unilatérale des symboles les plus significatifs des consensus issus des vagues de démocratisation des années 90, notamment la limitation constitutionnelle de la durée et du nombre des mandats des Présidents de la République.
C’est le lieu de condamner, avec force, les tentatives du Président du Niger de se maintenir au pouvoir en violation de la Constitution et de soutenir le peuple nigérien dans son combat pour le respect des dispositions constitutionnelles, seul à même d’assurer l’intégrité et la légitimité des institutions démocratiques de l’Etat nigérien.
C’est, d’autre part, la résurgence des coups d’Etat militaires qui, non seulement bouleversent l’ordre constitutionnel et la vie des institutions républicaines, mais aussi interrompent brutalement les processus démocratiques.
C’est, enfin, la pollution des vies politiques nationales par les familles des chefs d’État qui tiennent à « arranger » une succession héréditaire par des subterfuges et des astuces inadmissibles dans une République.
Sous ce rapport, et en considération des derniers événements, je voudrais dire que le Parti socialiste garde un regard appuyé sur ce qui se passe dans notre sous région, en Mauritanie, en Guinée Bissau et en Guinée où la plénitude du pouvoir souverain doit revenir au peuple.
Car, comment notre continent pourrait réclamer une gouvernance démocratique mondiale si ses dirigeants sont incapables de respecter et de s’appliquer les normes démocratiques les plus élémentaires?
Parce que l’Afrique est sans doute le continent qui a le plus intérêt à la définition d’un nouveau paradigme autour duquel doivent s’ordonner les relations internationales, elle doit s’efforcer de devenir un modèle de démocratie. En raison de sa marginalisation et de son faible poids dans la définition des grands agendas et dans les décisions qui déterminent l’avenir de la planète, l’Afrique doit surtout relever le défi de la construction d’une nouvelle démocratie mondiale dans laquelle elle aurait une voix et une place digne de sa contribution à l’histoire de l’humanité.
Elle doit le faire vite parce que des prémices d’une nouvelle gouvernance mondiale se dessinent. De plus en plus, l’idée selon laquelle la mondialisation ne saurait se réduire à la globalisation économique est partagée, y compris dans le camp des libéraux.
Tous s’accordent à dénoncer les risques d’impasse et de crise économique et sociale auxquelles conduisent inéluctablement les politiques ultralibérales. Les tentatives politiques actuelles des États les plus riches pour réguler les activités économiques et financières mondiales constituent la preuve d’une prise de conscience de la nécessité de ne plus appréhender les rapports internationaux sous le seul prisme du tout économique et, partant, du marché.
Par ailleurs, les nouveaux défis, tels la menace terroriste, la prolifération nucléaire ou le changement climatique, ont révélé que certains problèmes globaux ne peuvent être approchés isolément et que les interdépendances sont telles que les États les plus puissants sont souvent contraints de compter avec les États les plus faibles.
Il s’en évince que les relations internationales doivent davantage être régulées par le multilatéralisme qui ne doit pas se limiter à un dialogue entre les pays les plus puissants. De fait, le renouveau et l’élargissement du multilatéralisme sont imposés par la place croissante des nouveaux puissants sur la scène mondiale, à l’image du Japon, de la Chine ou encore de l’inde ou du Brésil. C’est tout le sens du passage du G8 au G14.
Mais il me semble que la nouvelle gouvernance mondiale doit conférer à l’Afrique un rôle plus accru dans la reprise en main des affaires du monde, dans la régulation multilatérale et dans la consolidation d’une véritable communauté mondiale. A ce sujet, il est impératif que des pays comme le Nigéria, en raison de son poids économique et démographique, et l’Egypte, en raison de sa position stratégique et du rôle qu’elle pourrait jouer dans la résolution du conflit israélo-palestinien, soient associés aux instances internationales de décisions.
Chers camarades,
Pour ce qui ressortit de notre responsabilité en tant que pays et en tant qu’Etat, il est manifeste que l’imprévoyance, l’arrogance et l’incompétence du régime en place disqualifient Abdoulaye Wade et son parti. L’excuse de la conjoncture mondiale difficile ne peut absoudre Abdoulaye Wade et son régime de toute responsabilité dans le désastre national ambiant ; la crise financière internationale se greffe à la crise multidimensionnelle qui sévit dans notre pays depuis plusieurs années.
Car bien avant la crise financière internationale, notre pays était déjà plongé dans une économie de casino où la prédation et l’opacité font loi. Qu’il suffise, à cet égard, de compter les multiples scandales qui ont rythmé le quotidien de l’Etat depuis 2000. Qu’il suffise également d’évoquer le scandale des 30 hectares de l’Aéroport Léopold Sédar SENGHOR qui ont fait l’objet, en toute opacité, d’un troc entre l’Etat et une personne privée pour le construction d’un prétendu monument de la renaissance évalué à 12 milliards alors que le terrain a une valeur comprise entre 60 et 75 milliards F CA.
Le bradage du patrimoine public, les détournements de deniers publics organisés et commandités au plus haut niveau en disent long sur les pratiques de spoliation foncière et de délinquance financière qui mettent en danger notre économie et la stabilité de notre pays.
Comment ne pas penser à cet instant précis à l’ANOCI et à la nébuleuse des chantiers d’infrastructures que le pouvoir en place tente de faire passer pour pertes et profits dans une opération de communication aux allures d’une pièce de théâtre de mauvais goût.
De qui se moque-t-on ? Quand après des travaux inachevés et mal exécutés, faute d’études préalables sérieuses, quand après une absence totale de transparence dans la passation des marchés, on veut nous faire croire qu’un audit « intra muros » et un passage devant une majorité de députés godillots suffisent à blanchir les dirigeants de cette structure poursuivie par la clameur publique.
En vérité, la gestion de l’ANOCI est un exemple patent de connivence délictuelle contre les intérêts du peuple avec ses délits d’initiés, ses conflits d’intérêts et ses marchés largement surfacturés.
C’est la raison pour laquelle aussi longtemps que ses dirigeants manqueront à leur obligation, l’opinion publique nationale, les organisations de la société civile, les partenaires bilatéraux et les institutions financières internationales doivent continuer à réclamer la reddition détaillée des opérations et des comptes de l’ANOCI et maintenir, par une pression continue, l’exigence d’un audit de ses structures et de ses activités, de ses méthodes et de ses procédures, avec des garanties sérieuses de fiabilité et d’indépendance.
La même exigence doit porter sur la nécessité de faire un audit d’opportunité et technique des ouvrages pour vérifier leur conformité avec les normes sécuritaires, écologiques et avec les règles standard en matière d’urbanisme, sans compter l’interpellation sur l’inachèvement des chantiers de l’ANOCI, conçus initialement pour être des travaux d’élargissement, d’aménagement et d’embellissement.
Mes chers camarades,
Bien avant la crise financière internationale, le pouvoir d’achat des ménages s’est sensiblement érodé par le fait à la fois de l’obstination du pouvoir en place à faire financer son train de vie dispendieux par les consommateurs et de l’absence d’initiatives pertinentes pour soutenir la consommation du plus grand nombre.
Bien avant la crise financière internationale, notre pays vivait les effets d’une crise de gabegie où le maquillage et l’enrichissement sans cause ont fini par faire du Sénégal un pays éruptif hautement inflammable.
C’est le lieu de souligner le risque d’implosion sociale qui pourrait provenir de la hausse inadmissible du tarif de l’électricité et des ruptures intempestives dans la fourniture de l’électricité.
Si la gestion de l’ANOCI se résume à un cumul d’infractions, la gestion de la SENELEC correspond, quant à elle, à un cas de flagrant délit continu d’escroquerie dont les auteurs sont logés dans les hautes sphères de l’Etat.
Bien avant la crise financière internationale, la situation macro économique démontrait le contraire d’une économie saine, avec des finances publiques ballotées entre les violations banales des critères d’une gestion vertueuse des finances publiques et la régression inquiétante des fondamentaux économiques.
Bien avant la crise financière internationale, l’économie réelle s’est effondrée tout comme les secteurs de production, de distribution et de services qui ont sombré les uns après les autres, subissant de plein fouet l’affairisme débridé du régime en place.
Comment ne pas penser à cet instant précis au monde rural et aux torts qui sont causés aux paysans depuis dix ans, avec des campagnes agricoles et de commercialisation qui se suivent et se ressemblent dans leur échec retentissant.
Comment ne pas penser au secteur privé dont la situation se détériore de jour en jour sous les méfaits d’une dette intérieure que le gouvernement cherche à masquer et à maquiller mais qui réapparait comme pour rappeler que la vérité résiste toujours au mensonge. La vérité est que les entreprises privées se retrouvent coincées, et leur compte d’exploitation plombé par des dettes qui mettent en danger leur existence ainsi que les emplois de plusieurs milliers de pères de familles.
Mes chers camarades,
En ces temps de montée des périls et de mutations du monde, notre pays est interpellé dans sa capacité à instituer un système de gouvernance qui sert l’intérêt général, promeut l’épanouissement individuel et le protège des dérives et de la manipulation.
Notre Parti, le Parti socialiste, a une grande conscience des enjeux de ces mutations. Je voudrais, avant d’évoquer les tâches qui, désormais, nous incombent, rendre un hommage vibrant à toutes les militantes et à tous les militants, celles là et ceux là qui, depuis toujours et surtout depuis 2000, sont restés dans les rangs et ont permis à notre Parti de rester debout, droit dans les bottes. Je veux vous dire ma fierté et celle de tous les membres du Bureau politique à pouvoir compter sur votre abnégation et votre détermination à poursuivre le combat.
Nous sommes d’autant plus fiers de nos militantes et de nos militants, jeunes et moins jeunes, qu’aujourd’hui grâce à vous, le Parti socialiste attire de plus en plus de chercheurs et d’étudiants qui s’intéressent à notre histoire, à notre identité et à notre trajectoire.
Chers camarades,
J’indiquais plus haut que dans le contexte de crise généralisée que traverse notre pays, il y a des tâches que notre Parti ne peut ignorer sans risquer de se perdre.
La première de nos tâches en tant que parti politique est de continuer à nous organiser et à mobiliser nos structures et nos militants dans la défense sans relâche du peuple sénégalais et dans le combat pour le progrès humain et social.
Nous l’avons réussi depuis toujours, et nous devons continuer à relever ce défi avec méthode et intelligence. C’est pourquoi, je vous invite à vous investir pleinement dans l’opération de vente des cartes que nous allons lancer aujourd’hui. Je vous invite surtout à en faire des moments de mobilisation et d’animation de nos instances de base et à en profiter pour élargir davantage le parti et l’ouvrir à la société.
La première de nos tâches en tant que parti, c’est de travailler avec toutes les autres forces politiques et sociales au plus grand rassemblement jamais réalisé dans l’histoire politique du Sénégal pour affronter précisément le péril le plus pernicieux que notre pays ait eu à faire face.
Nous sommes en train de le réussir avec la Coalition Bennoo Siggil Senegaal, coalition avec laquelle nous avons pu gagner les dernières élections locales.
A ce stade, je voudrais réitérer mes vives félicitations à tous nos élus locaux, jeunes, femmes et adultes, et encourager, à nouveau, nos camarades qui n’ont pas gagné chez eux. Ce faisant, j’invite nos élus dans les collectivités locales à mettre en œuvre une gouvernance locale de qualité orientée vers la prise en charge des aspirations prioritaires des populations et à s’engager résolument dans la voie d’une gestion efficace et plus transparente. Il s’agit de travailler avec les populations et pour les populations, d’être à l’écoute et au service de nos concitoyens.
Mais nous devons maintenant travailler au renforcement et à l’élargissement de la Coalition Bennoo Siggil Senegaal. Avec courage et avec lucidité. Et rien ne devra nous faire dévier de ce chemin, surtout pas l’appel au dialogue que Abdoulaye Wade vient de nous adresser. Je le dis ici, et je voudrai qu’il le sache, si cet appel au dialogue est lancé dans l’intérêt exclusif du peuple sénégalais, il devra nécessairement prendre la forme de concertations globales, inclusives et directes, après accord sur les parties prenantes, le format, les thèmes et le calendrier. Il s’agit là d’une position de principe que le Parti socialiste partage avec les partis membres de la Coalition Bennoo Siggil Senegaal.
En tout état de cause, et je le répète, le Parti socialiste ne s’associera jamais à une connivence contre les intérêts du peuple sénégalais, dont un prétendu dialogue politique servirait de cadre et de prétexte.
La première de nos tâches en tant que parti en phase avec nos alliés, c’est de faire partager l’idée que pour relever les défis, il faut s’adosser sur un instrument de combat théorique et pratique incarné par un projet politique et sociétal alternatif qui, dans son essence, doit marquer une véritable rupture.
Cette rupture que nous tirons des leçons de l’ère Wade, est un défi de gouvernance, celui de la capacité de notre société à fonder l’action publique sur des valeurs, des principes et des « modes de faire » partagés, reconnus et acceptés par tous comme étant le socle inaltérable à partir duquel nous bâtissons notre Nation, une prospérité et une solidarité partagées. Nous ne sommes plus à l’ère de la démocratie formelle fondée sur un « kit » de règles, de procédures et d’institutions dont nous voyons bien qu’elles peuvent être perverties par l’exercice immodéré du pouvoir par un homme.
De mon point de vue, les conclusions des Assises nationales et la Charte de la gouvernance démocratique constituent une référence parce qu’ils fixent le cap et définissent la vision et les valeurs que nous partageons. Nous devons maintenant travailler à créer les conditions de leur mise en œuvre parce qu’elles répondent à une double exigence.
Une exigence éthique d’abord, car la perversion des valeurs et la promotion des contre-valeurs ont entamé le lien social, et les valeurs de solidarité et de justice qui le sous-tendent, au profit d’intérêts égoïstes; c’est ce lien que nous nous devons de rétablir urgemment si nous voulons préserver notre Nation ; il s’agit plus précisément de redéfinir, ce qui unit chaque sénégalais à l’autre, ce qui transcende nos individualités et nos intérêts catégoriels et fait que nous sommes le Sénégal, une Nation.
Seule l’éthique nous paraît devoir être la soupape qui préservera ce minimum collectivement défini comme intouchable et dont l’altération sera vécue par chaque sénégalais comme une agression contre sa propre personne.
Une exigence politique ensuite car, il me semble que notre défi n’est plus tant de batailler sur l’ordonnancement techniciste du pouvoir que d’ériger et de rendre efficaces les contre-pouvoirs qui l’arrêtent.
Je reste convaincu que si l’histoire de notre vie politique doit nous servir de leçon pour l’avenir, on n’aura aucune peine à s’apercevoir que l’usage du pouvoir dépend fondamentalement des contre-pouvoirs qui ont pour vocation de le limiter et de lui faire reprendre la course dans une direction rectifiée lorsqu’il s’égare dans les chemins tortueux de l’instrumentalisation au service de fins étrangères à celles pour lesquelles le peuple l’a délégué.
Il s’agit donc dans l’ère qui va s’ouvrir de procéder à une refondation de l’Etat par la mise en place d’institutions fondées sur l’éthique et des contre-pouvoirs assurant la pérennité du fonctionnement de la République et de la démocratie dans tous les domaines de la vie politique, économique, financière et sociale.
Je vais conclure en lançant un appel à toutes les Sénégalaises et à tous les Sénégalais ; je veux dire, à chacun et à tous, que le temps est venu pour les patriotes de notre pays de se retrouver dans une indispensable unité d’action qui privilégie l’impérieuse nécessité de mettre un terme aux souffrances de notre peuple.
Je le dis solennellement, notre responsabilité est engagée devant le tribunal de l’Histoire.
Je vous remercie de votre attention./-

