Mardi, 7 Fevrier 2012

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Pourquoi des Assises Nationales ?

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dakar_villeCes Assises ne sont pas conçues comme une conférence nationale souveraine déguisée. Il ne s’agit pas non plus d’une entreprise de subversion, ni d’un complot.
Contexte
Tout le monde sait que le Sénégal traverse une période difficile de son histoire. Dans la plupart des domaines de la vie nationale, les fruits de l’alternance démocratique n’ont pas tenu les promesses des fleurs du 19 mars 2000. Aux contentieux politiques d’ordre institutionnel ou électoral viennent s’ajouter les difficultés croissantes de la vie quotidienne, dominées par une misère et un chômage endémiques, une inflation galopante et des pénuries de toutes sortes.

Face à cette crise multidimensionnelle aux conséquences imprévisibles, l’inquiétude et le désarroi se répandent, tandis que chacun s’interroge avec perplexité sur l’avenir.

L’acuité des problèmes de survie du plus grand nombre et l’accumulation des périls à l’horizon, exigent de l’ensemble des forces vives du pays une réflexion collective, une mobilisation massive et une action pacifique mais résolue.

Justifications

Tous, ensemble, nous devons nous poser la question de savoir : où va le Sénégal ? Notre opinion est que le pays se trouve dans une impasse et notre choix est de lui éviter des convulsions douloureuses ; de tenter de l’en sortir par le dialogue, qui est plus conforme à nos traditions, à notre culture, à notre civilisation.

Or, aujourd’hui, au Sénégal, le dialogue social avec le pouvoir est rompu ou de piètre qualité et le dialogue politique inexistant.

Certains opérateurs économiques nationaux crient leur marginalisation et réclament toute leur place dans notre tissu économique, dans l’attribution des marchés publics, dans le capital des entreprises stratégiques. Mais, le pouvoir fait la sourde oreille !

D’autres réclament la tenue d’un Forum Economique qui serait un moment d’échanges et de propositions pertinentes pour mieux aider notre pays à sortir de l’ornière. Seul le silence leur répond.

Des acteurs du monde rural souhaitent, depuis quatre ans, la tenue des Etats Généraux du monde rural (agriculture, pêche, élevage, foresterie) et, à ce jour, ils se demandent encore comment se faire comprendre. La dégradation accélérée de l’environnement et la gestion prédatrice des ressources naturelles préoccupent au premier chef les écologistes, qui se heurtent à un mur d’indifférence.

Des organisations de la société civile, de travailleurs et du patronat réclament une amélioration significative de la gouvernance du pays, la transparence dans la gestion des affaires publiques. Il leur a fallu des années pour se faire entendre partiellement, grâce à l’appui des bailleurs de fonds intéressés, et obtenir un nouveau code des marchés. Cependant, aujourd’hui encore, certains parmi eux en sont à déplorer « le retard à la mise en place des structures d’accompagnement de l’entrée en vigueur de ce code ».

Des associations de travailleurs réclament l’organisation des assises de l’action sociale, pour définir une démarche appropriée face aux phénomènes sociaux qui déchirent ou transforment négativement notre tissu social ; ils ne reçoivent en retour que leur propre écho.

Des syndicats du secteur énergétique trouvent qu’il est impératif de tenir des concertations avec tous les acteurs concernés, pour avoir de nouvelles orientations stratégiques dans leur domaine, où les difficultés sont évidentes, récurrentes ; mais ils ne reçoivent aucun signal favorable. L’énergie est de plus en plus inaccessible aux ménages et aux entreprises de toutes dimensions, le pouvoir se contentant, en la matière, d’improvisations dont tout le monde souffre.

Des organisations syndicales demandent à être écoutées, parce qu’elles ont des idées pour la défense et la viabilité du service public dans le domaine de l’énergie, de l’eau de l’assainissement, de la communication, de la justice, de la poste, de la santé et de l’éducation. En vain.

Les centrales syndicales, toutes sensibilités confondues, confrontées à l’inflation galopante et à la dégradation des conditions de vie des travailleurs, des associations de consommateurs, les citoyens de manière générale n’arrivent pas à trouver le moment, le lieu, l’interlocuteur et les modalités appropriés pour expliquer leurs propositions de défense ou d’amélioration du pouvoir d’achat des Sénégalais et les mesures susceptibles de mettre un terme aux pratiques néfastes de corruption et de spéculation, visant notamment les modalités d’application de la loi sur « la concurrence et les pratiques déloyales ».

L’Etat prétend injecter 40% du budget national dans le secteur de l’éducation, ce que des organisations d’enseignants contestent. Tout le monde, il faut le dire, s’interroge sur la véracité de cette assertion et, pire, personne ne constate les bons résultats que le pays est en droit d’attendre d’une telle dépense budgétaire. Périodiquement, l’année scolaire est sauvée in extremis.

Pourquoi est-il si difficile au pouvoir de se concerter avec les acteurs concernés de l’école, de partager avec eux toutes les informations et de créer avec eux un système de suivi transparent capable de donner à une telle allocation de ressources l’efficacité et l’efficience requises ?

Des retraités demandent sans succès des journées d’étude sur leur situation et sur celle de leur institution, tandis que d’autres corporations attendent toujours la formalisation de leurs statuts (gardiens, gens de maison, etc.). Quant aux mutilés de guerre, en dépit de leurs multiples sacrifices consentis à la nation, leurs revendications demeurent insatisfaites.

La situation de « ni guerre ni paix » en Casamance préoccupe tous les Sénégalais de l’intérieur comme de l’extérieur, ainsi que toutes les forces politiques et sociales du pays. La démarche choisie aujourd’hui par le Chef de l’Etat est une vraie nébuleuse qui écarte certaines composantes de la nation, pourtant en mesure d’apporter d’utiles contributions, dans la transparence et le désintéressement, à la résolution définitive de cette tragédie. Mais, il se dégage l’impression fâcheuse que cette paix n’est pas une priorité et que c’est le pourrissement de la situation qui est recherché, pour on ne sait quelle obscure raison.

Des voix s’élèvent pour défendre la laïcité, pour exiger que l’Etat soit équitable dans ses relations avec les religions ou avec les confréries. Apparemment leur discours est mal reçu par le pouvoir, qui ne leur accorde ni attention, ni considération.

Les médias publics sont plus que jamais monopolisés par le pouvoir d’Etat et, de ce fait, handicapés pour jouer leur rôle dans le traitement objectif des informations et dans la confrontation d’idées. Ce qui les prive donc d’une participation pleine et entière à la démocratisation de notre société, corollaire du dialogue politique, social et culturel, qui doit être permanent.

Des journalistes du secteur privé se voient agressés dans l’exercice de leur métier et conduits manu militari au tribunal, pour délit d’opinion, ou plutôt crime de lèse- majesté !

Des intellectuels et écrivains, qui éveillent et alertent l’opinion sur certaines tares du pouvoir, sont victimes de la censure, menacés de mort ou traînés devant les tribunaux.

Au niveau politique, c’est également l’impasse. Depuis les élections présidentielles de 2007, le dialogue politique est suspendu. Cette situation entretient au niveau politique une véritable tension. En effet, le contentieux politique persiste persister et le Sénégal d’avant l’Alternance a souvent eu l’intelligence de lui trouver un traitement approprié.

Notre histoire récente est pourtant si riche d’expériences qui ont montré, indubitablement, que le dialogue politique et social est indispensable à la bonne marche des sociétés, à la paix civile, à la stabilité du pays et au bon fonctionnement de la démocratie.

Le Sénégal a connu, dans le passé, des concertations sectorielles avantageuses qui ont permis à l’Etat et aux acteurs politiques et sociaux de trouver des solutions, aux problèmes difficiles qui se posaient à des moments donnés, ou aux contentieux qui les opposaient. On peut citer par exemple les Etats Généraux de l’Education et de la Formation en 1981 ou les concertations qui ont donné lieu au Code électoral consensuel de 1992. En ces deux occasions, notre pays a su trouver le courage et la volonté de se regarder en face, d’identifier ses problèmes et de les affronter en trouvant des solutions consensuelles qui se sont révélées viables et même novatrices.

Plus récemment, d’autres initiatives analogues ont été prises tant par des partis politiques que par des associations non partisanes : Rencontres Citoyennes, Pacte Républicain, Assises Citoyennes, notamment.

C’est à la lumière de ces expériences antérieures positives, face à la crise globale et multiforme que traverse le pays, que nous proposons la convocation d’Assises nationales, comme solution concertée de sortie de crise.

Les objectifs

L’objectif général de ces Assises nationales est de trouver une solution consensuelle globale, efficace et durable à la grave crise multidimensionnelle (éthique, politique, économique, sociale et culturelle) qui sévit dans le pays.

Les objectifs spécifiques sont les suivants :

  • Dresser l’état de la situation nationale,
  • proposer des réponses appropriées aux urgences et priorités (politiques, économiques, sociales, culturelles et sportives) du présent et du proche avenir,
  • bâtir un consensus dynamique sur les principes essentiels fondant une bonne gouvernance politique et un Etat de droit, une gouvernance économique de qualité, une gouvernance sociale, culturelle et sportive basée sur des valeurs de progrès,
  • concevoir les mécanismes d’un dialogue périodique et pérenne au niveau politique, économique, social, culturel et sportif entre, d’une part, le pouvoir et l’opposition et, d’autre part, le pouvoir et les partenaires sociaux etc.

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