Samedi, 19 Mai 2012

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Serigne Mbaye THIAM, parti socialiste : « Si le fichier était suffisamment fiable, la mission d’audit n’aurait pas abouti à 108 recommandations ! »

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smthiam_parisMembre du bureau politique du Ps, M. Serigne Mbaye Thiam est également l’un des plénipotentiaires de la principale coalition de l’opposition, « Benno siggil Senegaal ». Dans cet entretien, il affiche son pessimisme après le rapport des auditeurs du fichier électoral. A ses yeux, le nombre de recommandations émises par la mission d’audit inclinent à faire croire que la sincérité des scrutins à venir, en particulier la présidentielle de février 2012, n’est pas encore garantie…

Comment accueillez-vous le rapport d’audit indépendant du fichier électoral ?

Avec beaucoup d’intérêt. J’ai l’avantage de faire partie de ceux qui ont suivi la mission d’audit du fichier électoral de bout en bout, depuis la mission exploratoire jusqu’à la restitution finale au comité technique et au comité de pilotage. Cette mission a permis d’avoir beaucoup d’informations utiles. Elle a aussi abouti à des recommandations qui, mises en œuvre, peuvent améliorer la gestion du fichier électoral. Mais je suis aussi resté sur ma faim sur d’autres aspects. Il y a des pistes d’audit que la mission n’a pas explorées. Et certaines de ces pistes étaient essentielles pour fonder une opinion professionnelle crédible et définitive sur le fichier.

 

Pouvez-vous donner des exemples ?

Bien sûr. Je vais citer quelques diligences d’audit qui, à mon avis, auraient utilement complété celles menées par les experts et permis ainsi de lever ou de confirmer définitivement certains doutes et suspicions.

La controverse sur le fichier électoral venant de la présidentielle de 2007, le fichier de 2007 aurait dû faire l’objet d’un contrôle particulier. Ce qui n’a pas été le cas. Les experts n’ont audité que le fichier disponible au mois de décembre 2010. Et un contrôle spécifique aurait consisté à choisir un échantillon aléatoire de votants sur les listes d’émargement de la présidentielle de 2007 archivés au Conseil constitutionnel et à vérifier leur existence sur le fichier. Aucun contrôle spécifique n’ayant été fait sur ce fichier  de 2007, l’audit ne permet donc pas de lever les accusations de fraude lors de cette élection.

Deuxième piste d’audit qui devait être explorée : choisir parmi les électeurs ayant eu un jugement supplétif en 2005-2006, donc durant la période de refonte totale du fichier, un échantillon aléatoire et vérifier leur nationalité. Les accusations d’inscription d’étrangers sur la base d’un simple extrait de naissance concernaient surtout ceux-là qui ont eu un jugement supplétif à l’occasion d’audiences foraines organisées au moment de la refonte.

Troisième piste d’audit qui aurait dû être explorée : les enquêtes de terrain auraient dû être menées suivant deux directions qui sont « listes à populations » et « populations à listes ». Or seuls les résultats de la direction « listes à populations » ont été fournis, la deuxième direction ne semble pas avoir été menée.

Bouteille à moitié vide ou à moitié pleine, que retenir de ce rapport dans ses aspects crédibilité et validité du fichier électoral ?

Les auditeurs ont eux-mêmes noté des lacunes importantes sur la situation de l’état-civil au Sénégal et ces lacunes se répercutent nécessairement sur la fiabilité et la crédibilité du fichier électoral. Il y a, bien sûr, des aspects positifs qui ont été relevés. C’est certainement pourquoi Madame l’Ambassadeur des Etats-Unis a parlé de « bases fiables et crédibles ». Son appréciation a été donc très mesurée, car on peut bien avoir des fondations fiables et crédibles et construire du toc dessus. Si le fichier était suffisamment fiable et crédible pour permettre des élections incontestables, la mission d’audit n’aurait pas abouti à 108 recommandations. Il faut donc mettre en œuvre les recommandations et les mesures d’accompagnement qu’appellent certains constats alarmants des experts.

Quels sont ces constats alarmants ?

Pour illustrer, j’en citerai deux.

L’audit a révélé qu’il y a plus d’un million, plus exactement 1.324.963 photographies de piètre qualité qui ne permettent pas une identification fiable de l’électeur. La mesure d’accompagnement qu’appelle un nombre aussi élevé, c’est d’arrêter le vote à 18h. Avec ce niveau impressionnant de photographies de mauvaise qualité, on comprend maintenant pourquoi le pouvoir avait tenu à ce qu’on vote en 2007 la nuit, jusqu’à des heures de crime.Il résulte aussi des conclusions de l’audit que « La non-exhaustivité des recherches des inscriptions multiples affecte la crédibilité du fichier électoral ». Ce constat exige que l’on utilise le spray à la place de l’encre indélébile lors des élections de 2012, seul moyen de garantir un vote unique, même en cas d’inscriptions multiples.

Vous relevez particulièrement des impairs dans le volet « biométrie » du fichier électoral. Quels sont-ils ?

Les deux constats relevés dans la réponse précédente constituent des impairs décelés dans le volet « biométrie ». Il s’y ajoute que la conclusion de l’expert en biométrie est sans appel sur les conditions d’utilisation du fichier pour les élections de 2012. Dans la synthèse, l’expert écrit « Les préalables sont :… » et après avoir cité quatre préalables, l’expert émet l’opinion suivante : « Une fois cela réalisé, il n’y a aucune objection sur le plan biométrique d’utiliser le fichier électoral résultant en 2012 ». Ce qui veut dire que l’audit ne peut garantir l’utilisation du fichier actuel en 2012 que si ces quatre préalables sont levés.

Propos recueillis par Samboudian KAMARA "LE SOLEIL"

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