Samedi, 19 Mai 2012

Flash news:
You are here: Actualités CONGRES D’INVESTITURE - Allocution de M. Ousmane Tanor DIENG

CONGRES D’INVESTITURE - Allocution de M. Ousmane Tanor DIENG

Envoyer Imprimer
Index de l'article
CONGRES D’INVESTITURE - Allocution de M. Ousmane Tanor DIENG
page 2
Toutes les pages

otd_arrivee_congresChers compatriotes,

Chers camarades,

Chers amis,

Chers invités,

Il y a tant à dire pour magnifier ces instants solennels qui nous rassemblent que pour être exhaustif, une journée n’y suffirait pas, encore moins le temps d’une allocution. On attend certes qu’elle soit le prélude à un discours de campagne mais elle est aussi et d’abord pour moi l’opportunité singulière de dire ma gratitude à toutes celles et à tous ceux qui m’ont investi de leur confiance.

Je tiens tout d’abord à remercier toutes celles et tous ceux qui, au-delà du Parti socialiste, m’ont fait confiance, en portant leur choix sur ma personne. A cet égard, j’ai à cœur, en mon nom personnel comme en celui du Parti socialiste, d’exprimer ma profonde gratitude aux partis, aux organisations et aux personnalités qui m’ont également investi comme candidat.

Ma gratitude va aussi à vous, mes chers camarades. Vous voir ici me rappelle que ce sont des militantes et des militants comme vous, femmes, jeunes, étudiants, cadres, universitaires, travailleurs de tous les secteurs d’activité, tous avec une inébranlable conviction chevillée au corps, qui avez fait le Parti socialiste.

En ce jour où vous m’avez investi de votre confiance qui m’est si précieuse, j’ai naturellement une pensée pour mes deux enfants, Barthélémy Dias et Malick Noël Seck, ces vaillants jeunes que l’arbitraire d’un régime décadent tient à l’écart de ces instants.

Je veux leur dire que même embastillés dans les geôles du pouvoir, ils sont avec nous dans tous les coins et recoins de cette salle. Je leur dédie cette investiture et voudrais leur dire, en votre nom, que nous mettrons tout en œuvre, avec toutes les forces vives de la Nation, pour leur libération.

Chers compatriotes,

Nous voici, ensemble, à un tournant majeur de la vie de notre Nation à la fois si jeune et pourtant si chargée d’expérience.

Nous voici, en effet, à un peu moins de deux mois d’une décision que le peuple sénégalais va prendre et qui, de toute évidence, va placer notre pays sur une trajectoire nouvelle, loin des frasques et de la déchéance économique, sociale et morale dans lesquelles Abdoulaye Wade et son régime ont plongé le Sénégal depuis bientôt douze ans.

J’ai conscience que la tâche est immense. C’est pourquoi je l'aborde avec l'humilité de celui qui sait à quel point il est difficile de changer les systèmes mais aussi avec la conviction que c’est ensemble, avec un leadership collectif, que nous arriverons à redresser notre pays. 

Telle est l’ambition que je porte pour notre pays et que je vous propose d'accomplir ensemble.

Être ENSEMBLE est la première chose dont je voudrais saluer la signification et la portée politique. Oui être ensemble comme nous le sommes physiquement dans cet espace, mais aussi par la pensée et le cœur avec les centaines de milliers d’hommes et de femmes, de jeunes et de moins jeunes qui, ici et de par le monde, communient avec nous en cet instant précis pour  la victoire en 2012 et l’avènement d’une  ère nouvelle.

Chers partenaires et alliés,

ENSEMBLE, nous avons, pour beaucoup d’entre vous, travaillé dans des expériences à la fois exaltantes et semées d’obstacles : je veux parler des différentes coalitions dont nous avons été parmi les initiateurs et les principaux animateurs, souvent pour ne pas dire toujours avec ceux qui avaient travaillé à notre défaite en 2000. Je veux aussi parler des luttes démocratiques à l’avant-garde desquelles nous avons toujours été, à l’exemple de celle 23 juin 2012.

Si cela a été possible, c’est bien parce que, presque esseulés au début de l’alternance dans les rangs de l’opposition, nous avons, au fur et à mesure des désillusions, accepté de marcher ensemble, en toute loyauté, avec tous ceux que l’inconséquence de Wade ou sa trahison auront successivement écarté de la conduite des affaires. La réussite du boycott des élections législatives de 2007 par le Front Siggil Senegaal; la conception et la mise en place des Assises nationales dont nous avons été parmi les principaux initiateurs et dont nous sommes maintenant porteurs et comptables des conclusions, la construction de la coalition Bennoo Siggil Senegaal tout comme la victoire aux élections locales de 2009 sont filles de cette disposition d’esprit et de cet  engagement sans faille sur le terrain des luttes politiques.

ENSEMBLE, nous sommes aujourd’hui avec les hommes et les femmes de grande valeur regroupés dans la coalition qui a décidé de porter ma candidature.

Chers camarades,

ENSEMBLE nous sommes, militants et sympathisants du Parti socialiste,  passés du pouvoir à l’opposition depuis que le 19 mars 2000, gardant en mémoire ce que le Président Léopold Sédar Senghor et les autres Pères fondateurs ainsi que le Président Abdou Diouf et les autres successeurs nous ont légué de plus précieux. 

Certes, le train de notre histoire a vu descendre des cohortes de voyageurs impatients ou dont l’engagement s’est vite émoussé. Mais d’autres vagues de compagnons sont arrivées, variées et nouvelles, composées  surtout de jeunes et  de cadres. Ce qui les motive, ce sont les valeurs de « jom », de « ngor », de « fit » qui nous font tenir debout  en dépit des turbulences, des accrocs  et de toutes les tentatives de nous abattre.

Il me plait de saluer et de rendre hommage à cette nombreuse, fidèle et digne compagnie qui, au fil des ans, après le moment de la résistance héroïque aux tentatives grotesques de rayer notre parti de l’espace politique, a organisé et réussi admirablement les redressements stratégiques et les ajustements nécessaires à notre temps. Le parti s’est attelé, sans faille ni renoncement, à un travail méthodique d’autocritique  sans complaisance dans le cadre de concertations et de débats libres et rigoureux, confirmant notre attachement viscéral à la démocratie interne. Il en a gagné en termes d’image et d’assurance pour entreprendre la reconstruction de  son architecture  en même temps qu’une réflexion sur sa doctrine à la lumière des interpellations de notre époque si complexe. Le  congrès ordinaire de 2007, placé sous le signe du nouvel élan, en  constitue désormais un repère  et une boussole.

Chers compatriotes,

Me tournant résolument vers l’avenir, c’est à dire l’échéance du 26 février 2012 et les cinq prochaines années, je voudrais, à présent, indiquer à grands traits les principes et lignes d’action qui vont engager ma responsabilité personnelle, et qu’il s’agit de soumettre au jugement et à la décision du peuple sénégalais.

Après onze années d’une  gouvernance calamiteuse due à l’incompétence et l’absence notoire d’éthique du régime de Abdoulaye Wade;  après l’approbation des conclusions des Assises nationales auxquelles nous souscrivons sans réserve et dont j’ai, maintes fois, affirmé qu’elles lient entièrement votre candidat, il me semble qu’il faut décliner un MESSAGE SANS AMBIGUITE SUR LES RUPTURES ET LES ACTIONS A MEME  DE PROMOUVOIR UNE ERE NOUVELLE .

Pour cela, j’affirme, en votre nom,  que l’axe principal de notre démarche, la colonne vertébrale de notre vision doit tenir dans la proposition majeure suivante :

IL NE S’AGIT NI  DE RECTIFIER L’ALTERNANCE, NI DE RESTAURER L’ANCIEN REGIME SOCIALISTE, MAIS, SUR LA BASE DES CONCLUSIONS DES ASSISES, DE FONDER UNE NOUVELLE REPUBLIQUE ADOSSEE A UNE NOUVELLE GOUVERNANCE DEMOCRATIQUE ET MENER DES POLITIQUES DE RUPTURE. 

Dans l’histoire des démocraties modernes, l’alternance n’est rien d’autre que le fait démocratique d’une succession de forces politiques à la tête de l’Etat par le jeu démocratique des élections.  La culture de la perversion des notions et de la propagande a conduit certains, depuis 2000, à vouloir mythifier et figer ce mécanisme démocratique en une substance immuable qui serait désormais  l’identité et la marque irréversibles des vainqueurs de 2000. 

Aussi, ceux qui, pour des raisons d’adversité irréductible à l’endroit du Parti socialiste, nourrissent le rêve  de faire partir Abdoulaye Wade, coupable seulement à leurs yeux d’avoir dévoyé «l’alternance», sont-ils eux-mêmes dans l’illusion que celle-ci  est une chose figée, leur propriété, leur bien qui attend d’être récupéré par ceux qui, s’étant brouillés avec leur champion de 2000, s’étaient vu évincer de « l’alternance ». 

Le régime, accouché par l’alternance de 2000, a lamentablement échoué, n’ayant même pas été capable de préserver les acquis démocratiques, économiques et sociaux légués par le Parti socialiste et dont tous les observateurs objectifs ont reconnu qu’ils ne demandaient qu’à être poursuivis et approfondis pour mettre notre pays sur l’orbite de l’émergence. Un tel régime, adossé à de telles méprises, ne peut, en aucune manière, être préservé ni dans son esprit ni dans sa pratique.

Aussi, il ne saurait être en quoi que soit rectifiable comme il est question pour certains. Un tel régime est seulement voué à céder la place à quelque chose de qualitativement meilleur, comme du reste nous y invitent les conclusions des Assises nationales. Ce qui est pourri ne peut que déchoir dans la putréfaction.

Aussi, j’invite tous ceux qui rêvent de rectifier l’alternance à comprendre définitivement que si le peuple sénégalais ne veut plus de Wade et de son système, il ne veut pas non plus du Wade sans Wade que certains lui proposent.  Parce qu’au stade où se trouve notre pays, il ne s’agit pas de gérer le système mais de rompre avec.

J’ai dit qu’il ne s’agit pas davantage de restaurer l’ancien régime socialiste et je voudrais m’en expliquer. Et c’est parce qu’ayant été défait, ce régime a été sanctionné par le peuple souverain.

Notre défaite de 2000 nous a conduits à des épreuves dont beaucoup d’observateurs ont pensé que nous ne nous relèverions jamais. Eux et tous ceux qui souhaitaient qu’il en fut ainsi, ont dû constater que notre formation politique a résolument  pris la mesure de ce qui lui est arrivé et engagé la réflexion et mis en œuvre les mesures de redressement propre à le remettre à flot.

Certes, comme toute œuvre humaine, l’action du Parti socialiste à la tête de l’État n’est pas exempte de reproches. La majeure partie des membres actuellement les plus influents du Parti socialiste n’y ont accédé à des fonctions de responsabilité qu’à compter du milieu des années 90 et, pour beaucoup d’entre eux, après l’alternance de mars 2000. Mais, parce que nous sommes des « gor », dignes de l’héritage des pères fondateurs comme Léopold Sédar Senghor et de leurs continuateurs comme Abdou Diouf, que nous assumons TOUT : nous assumons les réussites et les grands accomplissements tout comme nous assumons les échecs, les erreurs et les fautes immanquables. C’est bien parce que nous sommes loyaux et fidèles à notre histoire que nous assumons TOUT et pour TOUS, y compris pour ceux qui nous ont quittés à un moment ou à un autre. Mais j’ai l’humilité de reconnaitre que nous avons beaucoup appris de nos échecs, de nos erreurs et de nos fautes tout comme nous avons tant appris de cette expérience enrichissante de près de douze années d’opposition constante et responsable face au pouvoir nocif de Wade.

L’autocritique a été sans aucun doute l’élément le plus déterminant de notre expérience dans l’opposition.  Nous l’avons menée courageusement à l’occasion du Conclave de Savana, au Congrès extraordinaire de 2001 et au Congrès ordinaire de 2007, sans parler des sessions particulières que sont nos Universités d’été, autant d’occasions mises à profit pour revisiter notre mode de gouvernance et les fondements des politiques sectorielles. 

En effet, l’exercice salutaire d’autocritique nous a permis de définir de nouvelles perspectives fondées sur une volonté et un engagement de rupture avec le passé tout en restant enracinés dans les valeurs du socialisme démocratique et ouverts à des partenariats de type nouveau, des acteurs de type nouveau et acquis à la nécessité de promouvoir davantage la citoyenneté et la démocratie participative hors de toute domination hégémonique, désormais révolue, par un seul parti de la vie politique nationale.

Dans ces conditions, le Parti socialiste au pouvoir, en compagnie de forces vives côtoyées dans le  combat contre l’imposture qu’est le régime de Abdoulaye Wade, ne peut être que porteur de ces nouvelles dispositions auxquelles semble donner de solides garanties, le nouvel attrait que le parti a exercé sur les jeunes, les cadres, les intellectuels qui jusqu’alors s’étaient tenus à distance de lui. 

De même, les importants résultats acquis dans la conquête des collectivités locales en 2009, sous la houlette de la coalition Bennoo Siggil Senegaal, témoignent du rôle accru du Parti socialiste dans cette bataille et de l’image rassurante  qu’il offre aux populations à la base.

En 2012, nous voulons que notre coalition et toute force qui se retrouvera avec elle au deuxième tour, offrent aux Sénégalais cette image et cette garantie d’un  nouvel élan nourri à l’expérience de l’opposition et pénétré de l’esprit des Assises nationales. Nous pensons en particulier à nos anciens partenaires de Bennoo Siggil Senegaal, aujourd’hui engagés dans d’autres candidatures. 

Chers compatriotes,

Chers amis,

Chers invités,

J’en viens à présent, pour cette raison, à la nouvelle République proposée et portée par des dispositions pertinentes des conclusions des Assises nationales. Ayant signé la Charte de gouvernance démocratique et souscrivant aux politiques de rupture qu’elle implique, je m’engage à garantir et à respecter leur mise en œuvre. C’est là une preuve de plus, qu’il ne s’agit ni de rectifier l’alternance ni de restaurer l’ancien régime. Il s’agit d’entrer dans une ère nouvelle, par des politiques et une gouvernance de rupture.

Pendant la campagne électorale, partout où j’irai, je porterai des propositions concrètes, réalisables et ancrées dans nos valeurs, des propositions qui engageront notre pays dans des politiques de transformation qui permettront de porter notre pays vers le développement.

La nouvelle République que porte ma candidature, signifie le déplacement du centre de gravité de l'équilibre démocratique. Je voudrais rappeler que bien avant les Assises nationales, le Parti socialiste, après avoir confronté notre cadre institutionnel avec les mutations dans notre société, ses nouvelles exigences et après avoir mesuré les risques du système présidentialiste, avait promis en 2000  déjà d’engager une réflexion nationale sur notre régime politique.  Malheureusement, le tumulte de la campagne électorale de 2000 avait occulté le débat sur la nécessaire réforme de notre régime politique.

Avec  toute la pédagogie accumulée, nous avions abouti à la conclusion que ce système monocentriste reposant sur la suprématie envahissante du Président de la République avait montré ses limites et qu’il fallait le transformer dans le sens d’un rééquilibrage, d’une séparation et d’une limitation des pouvoirs dans l’Etat. J’en avais déjà fait une proposition majeure dans mon programme de candidat à l’élection présidentielle de 2007.

En partant de la conviction que l’exercice parlementaire constitue un élément central dans toute démocratie représentative, en considérant le Parlement comme le lieu d’expression par essence de la volonté populaire et en considérant qu’une justice indépendante est la garantie du respect de l’Etat de droit, il s’agit de refonder nos institutions pour mettre en place un régime qui assure le rééquilibrage des pouvoirs au sein de l’Etat, rénove notre démocratie et instaure la centralité du parlement et du citoyen dans la vie publique.

C’est le sens de la Nouvelle République portée par une nouvelle Constitution que je soumettrai au peuple par référendum dès les premiers moments de mon investiture.

Dans cette nouvelle République, il s’agit aussi de rendre les institutions responsables, transparentes, et de refonder notre démocratie en  rendant le pouvoir aux citoyens. Un accent particulier sera mis sur la participation citoyenne et sur la poursuite et l’approfondissement de la décentralisation, de la régionalisation et de l’intégration qui sont autant de gages d’une démocratie participative réelle permettant aux populations de définir leurs priorités et d’être les acteurs de leur développement.

Je m’y engage fermement.

Je m’engage à faire du Parlement le lieu d’impulsion de la vie politique nationale et du débat démocratique, à élargir et à renforcer ses pouvoirs de contrôle, d’évaluation et de sanction de l’exécutif.

Je m’engage à renforcer le pouvoir judiciaire et à garantir son indépendance pour une justice pour tous.

Je m’engage à assurer un ancrage pérenne dans un système de libertés en garantissant la plénitude des droits inhérents à chaque individu en raison de sa qualité d’être humain et de membre du corps social.

Je m’engage à garantir aux citoyens leur rôle d’acteurs de la vie publique et à renforcer leurs capacités d’action et de participation à travers des mécanismes tels le référendum d’initiative populaire et le droit à l’information sur la gestion des affaires publiques.

Je m’engage à combattre la corruption sous toutes ses formes et à faire de la transparence la base de la gestion des affaires publiques en mettant en place des mécanismes tels la déclaration écrite de patrimoine et la reddition des comptes pour tout membre des institutions de la République et tout gestionnaire de deniers publics.

Je m’engage à poursuivre l’approfondissement et la modernisation de notre démocratie et de notre système politique.

Je m’engage à garantir des médias réellement indépendants des pouvoirs politiques ou économiques.

Je m’engage à inscrire des clauses de sauvegarde qui assurent un verrouillage des dispositions essentielles de la Constitution afin de la prémunir contre les abus de majorité et les révisions intempestives.