Samedi, 19 Mai 2012

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Abdoulaye Vilane chargé de communication du parti socialiste à propos de « l’affaire ivoirienne »

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vilane_04_08_smallDans quelles conditions s'est faite la déclaration d'ousmane Tanor Dieng sur la Cote d'Ivoire?

 

Le président Ousmane Tanor Dieng est le Secrétaire général du Parti socialiste et président du comité Afrique de l'Internationale socialiste. Lorsque la situation en Cote d'Ivoire a connu les développements que l'on sait, un journaliste a saisi le camarade Jacques Baudin, Secrétaire national aux relations extérieures et à l'intégration africaine qui, à titre personnel, a réagi à chaud, compte tenu des éléments dont il disposait. Ayant entendu les propos de Jacques Baudin, des journalistes ont tenté de joindre  des membres du Ps. C'est ainsi que l'un d'entre eux a pu joindre Ousmane Tanor Dieng qui avait déjà entendu les propos de Jacques Baudin. Tanor a convoqué les principes du Parti socialiste en rappelant les conditions dans lesquelles ce qui s'est passé en Cote d'Ivoire a pu se produire.

 Il a rappelé le processus électoral en cours, mettant en situation la Cei à qui il incombait de faire la proclamation provisoire, ensuite il revenait au juge constitutionnel, donc au Conseil constitutionnel de faire la proclamation définitive des résultats. A partir de ce moment, il était fondé de bonne foi, à considérer que ces procédures et ces étapes du processus électoral acceptés par tous les candidats, indiquent, après l'arrêt du Conseil constitutionnel, que légalement il y avait un Président élu. Il a donc dit que ce sur quoi s'est fondé Jacques Baudin pour tenir à la radio les propos incriminés. Il s'agit de principe et de conditions de forme et de légalité reconnues préalablement par tous. Vous comprendrez donc que le président Ousmane Tanor Dieng, compte tenu de ce que vaut et représente le camarade Jacques Baudin, même s'il a parlé à titre individuel et personnel, ne puisse en tant que leader socialiste et camarade loyal, désavouer et rejeter de but en blanc les propos de ce dernier. Il a rappelé le contexte, les fondements de principe et de légalité qui structurent le point de vue de Jacques Baudin. Ainsi, le journaliste qui l'interrogeait en a fait une exploitation. Ceux qui présentent ces deux réactions comme étant la position officielle du Ps ont tort. Non, non non, il n'y a pas encore de position officielle du Ps.

 

Donc, vous dites qu'Ousmane Tanor Dieng n'a jamais soutenu que Laurent Gbagbo est le nouveau président de la Cote d'Ivoire?

 

Il a rappelé simplement et c'est honnête, ce qui revenait à la Cei et au Conseil constitutionnel comme rôle. Dans un parti démocratique comme le nôtre, chaque militant ou responsable a le droit, la liberté de se prononcer sur des questions qui intéressent la nation ou la communauté internationale, en attendant les réunions régulières des instances. Il n'y a pas là de quoi fouetter un chat. Une fois que le Ps se réunit et adopte une position tout le monde s'y conforme. Je me demande d'ailleurs pourquoi Ousmane Tanor Dieng et le Parti socialiste suscitent tant de conjectures, tant d'acharnement et de qualificatifs péremptoires et caricaturaux de la part de certains analystes et commentateurs qui se sont empressés, comme s'ils avaient là du pain béni sur cette occasion pour nous vouer aux gémonies et nous faire un procès d'intention ou un procès en sorcellerie.

 

Donc, n'aurait-il pas été plus judicieux de laisser M. Baudin assumer ses déclarations....

 

Vous avez raison et pour cause Ousmane Tanor Dieng n'a jamais été un homme politique qui se bouscule aux portillons des organes de presse en vue d'exister ou de se prononcer. D'ailleurs, ses réactions n'ont jamais été des réactions obtenues dans le chaud de l'actualité et des événements. Il prend d'habitude  le temps de consulter et de partager avec le plus grand nombre de camarades du BP avant d'incarner, par sa parole de leader, le point de vue et la position du parti. Cette fois-ci, et une fois n'est pas coutume, après la sortie de Jacques Baudin, Ousmane Tanor Dieng n'a parlé qu'à un seul quotidien pour cadrer ce que le camarade Baudin a dit. Et ensuite, tout socialiste qu'il est, personne ne pouvait s'attendre à ce qu'il lâche un camarade qu'il a connu et soutenu dans son combat en ne lui manifestant pas sa solidarité: cette attitude relève de valeurs et de principes sacro-saints du socialisme.

 

M. Jacques Baudin est-il habilité à se faire le porte-parole du Ps? On se rappelle sa sortie sur le Polisario qui avait causé beaucoup de tords au Ps.

 

Cette affaire que vous évoquez n'avait pas tiré à conséquence et n'avait pas la même ampleur. Et à l'époque aussi nous ne l'avions pas lâché ou lynché. Le Ps a un secrétariat qui porte sa parole et c'est pourquoi, la communication étant un domaine très délicat, il faut laisser aux communicants le soin de le faire, de porter la parole ou à la limite d'échanger avec eux avant de véhiculer une position qui peut être sujette à polémique ou prétexte à des tireurs embusqués. Nous sommes à la veille d'une présidentielle au Sénégal, il y a un peu de parti-pris dans certaines attaques bêtes et méchantes. Mais aussi, il y a que le Ps ne peut pas être pris à défaut de fidélité aux idées et valeurs de gauche, tout comme il ne saurait être question de cautionner quelque chose qui est en porte à faux avec la démocratie, la transparence, l'Etat de droit et la loyauté républicaine.

 

Il y a une certaine similitude entre la situation qui prévaut en Cote d'Ivoire et la nature de vos contestations au Sénégal. Vous récusez Ousmane Ngom et Cheikh Tidiane Diakhaté?

 

Au Sénégal, nous contestons Ousmane Ngom parce qu'il est soupçonné objectivement. Nous contestons le magistrat Cheikh Tidiane Diakhaté parce qu'il est suspecté objectivement et ses états de service ne le disculpent pas. Wade, voulant faire dans la troncature, la confiscation et le coup de force, le peuple est déterminé à en découdre avec lui et en finir avec lui. Le peuple sénégalais ne saurait tolérer des positions et propos qui prêtent à équivoque et sèment confusion d'où qu'ils viennent.

 

Toutefois, on se rend compte que le Ps tarde à prendre position officiellement dans cette crise ivoirienne?

 

Vous avez raison et c'est justement la lecture à faire plutôt que d'aller vite en besogne et de vouer le Ps aux gémonies.  Cette position officielle sera en effet connue à l'issue de notre prochain Bureau politique.

 

Est-ce qu'il est en relation avec Gbagbo....

 

Il fait partie des hommes qui peuvent toujours parler à Gbagbo. Vous voyez donc qu'à toute chose malheur est bon.

 

Dans ce sens pensez-vous qu'il va lui demander de ne pas s'accrocher et de quitter le pouvoir?

 

Je ne suis pas Tanor Dieng, je ne peux pas savoir ce qu'il a dans la tête ou ce qu'il va dire à Gbagbo. 

 

Au niveau de votre parti comment avez-vous accueilli la levée de boucliers contre la déclaration d'Ousmane Tanor Dieng? 

 

Le Ps est navré  de voir des gens aller vite en besogne  en faisant des liens, des déductions mal placées et en s'érigeant en donneurs de leçon. Ils guettaient avec excitation une occasion pour s'acharner sur le Ps ou alors, ils ont des intentions inavouées, s'ils ne sont pas commissionnés. Surtout qu'ils peuvent être jaloux du succès éclatant de notre dernière Université d'été à Saint-Louis. De toute façon, le camarade Jacques Baudin et Ousmane T. Dieng ne sont pas des lâches ou des traîtres, encore moins des putschistes ou des dictateurs, ce sont des patriotes sincères et des démocrates loyaux.

 

Le Ps prend cela avec philosophie surtout qu'il connaît l'opinion de ceux qui nous ont le plus virulemment attaqué. Ces genres de question sont éminemment complexes avec une sensibilité extraordinaire. Dans l'histoire de l'humanité, il y a eu des guerres mondiales, des génocides, des guerres inter-religieuses, pourtant l'humanité a toujours eu des ressources, des ressorts et des mécanismes qui ont permis de la sauver et de continuer à progresser. La Cote d'Ivoire, après Houphouet Boigny, a connu coup d'Etat, une élection et une guerre. Aujourd'hui, on a deux présidents proclamés. Connaissant l'histoire de ce pays et les réalités qui s'y déroulent, il faut prendre acte de cet état de fait, l'aborder avec sérieux, responsabilité et lucidité pour sauver la Cote d'Ivoire. Inutile donc de faire des déclarations à l'emporte pièce, genre "majorité de la communauté internationale" etc. En Irak, les Etats-Unis et la communauté internationale, à l'exception de la France de Jacques Chirac, ont fait une débauche d'énergie et de moyens militaires pour traquer et punir seulement Saddam Hussein. C'est dire que l'erreur d'appréciation est humaine. Et comme on a l'habitude de dire, toute vérité, même universelle, n'est pas forcément la bonne. Le cas de l'Irak est là pour le prouver.

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