Samedi, 19 Mai 2012

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REUNION DU COMITE AFRIQUE ALLOCUTION de Tanor DIENG (Windhoek, Namibie 29 – 30 juillet 2011)

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otd_conf_parisCher camarade, Secrétaire général de l’Internationale Socialiste,

Mes chers camarades délégués,

Chers amis,

Chers invités,

Mes premiers mots vont naturellement au peuple namibien, ce peuple courageux qui a toujours su rester debout, ce peuple debout et fier qui a refusé l’oppression et l’injustice, ce peuple courageux, debout et fier qui a fini par triompher de l’abjection et de la bêtise des hommes.

Sur cette terre africaine de Namibie, je voudrais, avant tout, saluer la stabilité de votre pays qui, en dépit d’une histoire mouvementée, s’est mis, dès son indépendance, dans le sens de l’histoire en adoptant les vertus universelles de la démocratie. Et j’ai plaisir à exalter les progrès démocratiques réalisés par votre jeune Etat.

C’est vous dire la fierté qui m’anime et le plaisir que j’éprouve de me retrouver ici en Namibie, sur la terre de Sam NUJOMA, sur cette terre de résistance qui a valeur de symbole dans une Afrique décidée à relever les défis.

Voilà pourquoi d’ailleurs, la réunion du Comité Afrique de l’Internationale Socialiste, ici, en Namibie, revêt une signification particulière par le message de courage et de persévérance qu’elle délivre à tous les Africains qui mènent un combat admirable pour le triomphe de la paix, de la liberté, de la concrétisation de l’aspiration égalitaire et de la recherche continue par l’être humain d’une maîtrise croissante sur son propre destin.

Mes chers camarades,

Chers invités,

Nous sommes de nouveau réunis, comme nous le faisons chaque année, dans le cadre du Comité Afrique de l’Internationale Socialiste, pour réfléchir ensemble sur les grandes questions qui traversent notre continent. Nous le faisons cette année dans une séquence historique particulièrement intéressante pour l’Afrique.

Nous avons assisté, ces derniers mois, à des mouvements populaires qui ont emporté les régimes en place en Tunisie et en Égypte, font vaciller le pouvoir en place en Lybie et ébranlent le Maroc. Si ces mouvements ont surpris par leur soudaineté et leur ampleur, il n’en demeure pas moins qu’ils ont indéniablement donné des leçons à tous ceux qui, comme nous, ont choisi l’action politique pour servir l’humain.

Nous devons en retenir le symbole parce que ces explosions de colère ont démontré que le sursaut citoyen et la volonté populaire peuvent venir à bout de n’importe quel régime surtout lorsqu’ils sont portés par un véritable élan démocratique. Nous devons en tirer comme enseignement qu’une prétendue stabilité politique et sociale portée par des succès économiques factices peut être emportée par la profondeur de la désillusion populaire et par les aspirations à plus de liberté des peuples. En effet, nous avons constaté que dans tous ces pays, le déni de démocratie, la mal gouvernance, la corruption et les frustrations nées des déséquilibres dans la répartition des ressources nationales ont fait le lit de ces mouvements

populaires de contestation. Ce sont ces facteurs qui ont favorisé l’émergence de nouvelles formes d'expression portées par des citoyens, lesquels revendiquent, à juste titre, un changement articulé autour de la démocratie, du respect des libertés, de la garantie du pluralisme et de la bonne gouvernance.

Chers camarades, chers invités,

Lorsqu’au début de mon propos, j’évoquais le contexte de notre réunion, je laissais entretenir l’idée qu’elle se tient à quelques mois d’échéances électorales capitales pour l’Afrique où pas moins de 17 élections présidentielles et 16 élections législatives seront organisées au cours de l’année 2012. Sur notre continent où la démocratie peine à s’enraciner, cette situation n’est pas sans susciter de légitimes appréhensions surtout si nous convenons que la plupart des conflits et les césures engendrées par des conflits naissent autour des élections avec les enjeux de conquête et de conservation du pouvoir.

La démocratie en Afrique est confrontée à la faillite du système électoral qui souffre d’un double déficit de fiabilité et de crédibilité. En dépit des avancées relatives enregistrées dans certains pays comme le Cap-Vert, le Mali et le Ghana, les irrégularités et les fraudes émaillent les processus électoraux de sorte que les élections s’apparentent à de « simples formalités administratives » (Albert BOURGI) dont l’issue est déterminée à l’avance.

Dans la plupart des pays, les élections sont une mascarade planifiée depuis la confection du fichier électoral jusqu’à la proclamation officielle des résultats du scrutin (exemple du Sénégal) ou un coup de force validé par le pouvoir judiciaire et imposé par les forces de l’ordre au service du pouvoir en place (les cas du Togo et du Nigéria restent encore dans nos mémoires). Ces situations sont souvent porteuses de tensions et peuvent entraîner de graves crises politiques, voire des conflits armés (exemples du Kenya, du Zimbabwe et celui plus récent de la Cote d’Ivoire).

Chers camarades, chers invités,

J’ai tenu à tirer la sonnette d’alarme parce qu’il y a de sérieuses raisons de s’inquiéter pour la stabilité et la paix dans nos pays lorsque l’on voit le processus alarmant de perversion et de liquidation des normes démocratiques dans certains Etats africains.

Pour perpétuer leur règne, certains de nos dirigeants ont encore la fâcheuse propension à manipuler la Constitution et les lois électorales de leur pays à des fins partisanes, notamment pour remettre en cause la règle de la limitation du nombre de mandat présidentiel, norme qui, en démocratie, assure l’alternance à intervalle régulier.

D’autres, toujours motivés par la logique de perpétuation de leur régime, s’illustrent dans la mise en œuvre de stratégies grotesques de fraudes qui n’offrent aucune garantie sérieuse de transparence et de régularité sans compter le recours de plus en plus fréquent aux technologies d’information et de communication comme instrument de fraudes électroniques.

La persistance de tels anachronismes n’est plus admissible car elle est source de dangers majeurs aux conséquences imprévisibles.

Voilà pourquoi, il m’a semblé nécessaire de vous inviter à engager la réflexion sur les mécanismes à mettre en place pour éviter que les élections ne soient pas à l’origine de ruptures de consensus, voire des tensions et conflits qui affectent la stabilité politique et sociale en Afrique. Notre réflexion doit nous permettre de trouver des solutions pour faire face aux problèmes récurrents tenant aux tensions de divers ordres, génératrices de conflits intra étatiques qui hypothèquent l’enracinement des mécanismes et procédures démocratiques

Si nous admettons que la construction démocratique constitue le premier moyen pour relever le défi de la stabilité et assurer définitivement  la paix et la sécurité sur le continent, si nous convenons également que l’élection doit rester l’instrument permettant aux citoyens de choisir librement, dans un cadre juridique établi, ceux qui, en leur nom, les gouverneront légitimement et répondront à leurs aspirations, il importe alors d’annihiler les attitudes quasi structurelles qui empêchent l’organisation d’élections libres, transparentes et régulières.

Dans ce cadre, notre réflexion doit porter, entre autres, sur l’encadrement des processus électoraux et sur les stratégies à mettre en œuvre pour amener les acteurs politiques nationaux à asseoir des consensus forts sur le système électoral. Il importe également d’y inclure le rôle que pourrait jouer la Communauté internationale, y compris les organismes régionaux et sous régionaux et les organisations comme la nôtre. A mon sens, ils doivent s’investir dans tout le processus électoral au lieu d’attendre un désastre pour s’indigner ou pour condamner ou pour proposer des accords de partage de pouvoir qui ne reflètent pas la volonté populaire.

Mes chers camarades, chers invités,

La démocratie est une condition essentielle pour la paix. Mais, de plus en plus, dans nos Etats, des voix s’élèvent pour faire écho à l’exigence de la bonne gouvernance et de la gestion vertueuse des ressources nationales. La corruption et la mal gouvernance sont devenues des fléaux auxquels les peuples africains n’entendent plus s’accommoder parce qu’elles les exposent à l’insécurité et à la précarité et les prive de tout ce qu’ils sont en droit d’attendre du système. Il faut donc les combattre car le risque est grand de voir les populations exaspérées exprimer leur colère dans des manifestations comme elles l’ont déjà fait en Tunisie et en Egypte. Je vous invite donc à élargir notre réflexion sur les stratégies durables de bonne gouvernance et de développement au service de nos peuples.

Mes chers camarades, chers invités,

Les questions qui seront abordées au cours de nos échanges interpellent notre organisation. Le combat pour la démocratie et pour la bonne gouvernance, c’est aussi le combat pour le progrès, pour la justice sociale, pour la solidarité et pour la liberté, des valeurs dont se réclame le socialisme. Notre grande famille politique doit s’intéresser aux élections prévues en Afrique en 2012 d’abord parce que la démocratie est notre idéal de combat, ensuite si nous souhaitons que ces pays s’engagent définitivement dans la voie démocratique et enfin si nous voulons préserver la stabilité et la paix dans ces pays.

C’est pourquoi, je souhaite que la réunion de cette année nous permette de dégager des mécanismes pour faire des élections une voie privilégiée d’expression du pluralisme démocratique et de dévolution transparente du pouvoir afin de garantir la crédibilité et la légitimité des institutions et de préserver la stabilité de nos Etats. Je reste persuadé que nous y arriverons avec les praticiens expérimentés et les experts qualifiés qui sont parmi nous.

Pour conclure, je voudrais remercier très sincèrement, à mon nom personnel et au nom de toutes les délégations ici présentes, les responsables et militants de la SWAPO, le parti historique qui a mené la lutte pour l’indépendance de la Namibie et son Président, notre camarade Hifikepunye POHAMBA pour l’accueil chaleureux et pour la délicate et généreuse attention dont nous sommes entourés depuis notre arrivée à Windhoek.

Je vous remercie de votre aimable attention./-

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