Vendredi, 30 Juillet 2010

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Université d'été du PS - Discours inaugural de Ousmane Tanor Dieng

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ue_ps_ateliers10THEME : Projet socialiste, Assises Nationales et alliances politiques

Messieurs les leaders des Partis membres de Bennoo Siggil Senegaal,
Mesdames, Messieurs les membres du Comité  de suivi des Assises Nationales,
Chers invités, Chers amis,
Mes Chers camarades,
Chers compatriotes internautes qui nous suivent de par le monde,

Notre présente Université d’Eté se tient à un moment où notre pays et la Communauté Internationale se trouvent à des tournants décisifs pour la paix et la survie des peuples. En effet, l’humanité est confrontée à des crises graves et profondes dont la résolution et les solutions restent encore problématiques, même si les termes et les facteurs sont pour l’essentiel connus.

Vous le savez, la crise financière et économique, qui a fortement et gravement secoué le monde au cours de ces deux dernières années, est loin d’avoir trouvé son épilogue et ce, malgré l’engagement et la mobilisation de la Communauté Internationale pour l’endiguer.

Mais pour grave qu’elle soit, cette crise est, pour nous socialistes, un enseignement et une confirmation.

- l’enseignement majeur, devenu une certitude planétaire, est que l’analyse tant des causes que des effets de cette crise induit l’absolue nécessité  de réguler la finance internationale. Elle nous a surtout enseigné  l’urgence de réhabiliter l’Etat et le politique dans la gouvernance des affaires de ce monde.

- la confirmation est celle de notre conviction profonde que l’idée socialiste est encore plus vivante et plus actuelle que jamais ; que les impasses suscitées par cette crise, est, a contrario, le meilleur témoignage de son identité et qu’elle inspire, en France, l’intervention de l’Etat en faveur de banques privées, et aux Etats-Unis, la réforme du système de santé.

Mes Chers Camarades,

Voilà  pourquoi, face au libéralisme qui essaie de colmater les brèches et de rebondir en retombant hélas chaque fois sur ses pieds et dans ses travers, nous réaffirmons, nous socialistes, qu’il faut impérativement repenser, réordonner et réguler les rapports de l’économique et du politique.

A cet égard, le Comité Afrique de l’Internationale Socialiste que notre Parti a eu l’insigne honneur d’accueillir, ici à  Dakar, en Juin 2009, et ce, au plus fort de la crise, a saisi la pleine mesure de cet impératif crucial.

Cette réunion de Dakar a indiqué, aux termes de communications profondes et pertinentes et à travers sa déclaration finale, que la tâche qui incombe avant tout à nos Etats et aux Institutions Internationales de Coopération est de faire passer l’humanité du 21ème siècle, d’une époque de crise à une nouvelle ère de partenariat. Par cette déclaration, le Comité Afrique de l’Internationale Socialiste nous a ramenés à la réalité de notre identité profonde, tant il est vrai que pour nous socialistes, il ne saurait y avoir de confusion à entretenir entre économie de marché et société de marché.

Mes Chers Camarades,

Si notre identité politique nous est si chère, c’est parce que dans ce monde aux repères brouillés et confus, engager le débat, fut-il intellectuel, sur ce que nous sommes, n’est pas un exercice vain.

Cet exercice relève tout d’abord d’un enjeu politique et stratégique autour de notre projet que nous devons impérativement partager avec d’autres acteurs si nous voulons en assurer la permanence, l’enrichissement et la continuité.

Cet exercice relève aussi d’un enjeu économique, voire de survie de notre modèle démocratique et social. En effet, rien ne nous menace tant dans notre existence que l’absence de réponse appropriée aux difficultés économiques et sociales du moment.

Cet impératif pour nous est d’autant plus pressant que la situation de l’Afrique reste à cet égard, préoccupante. En effet, aux difficultés persistantes mais compréhensibles de se doter en tant que continent d’une configuration institutionnelle, économique et sociale consacrant son unité dans la diversité de ses composantes, s’ajoutent aussi des maux qui sont, avouons-le, de sa seule responsabilité  et de celle de ses gouvernants.

La mal gouvernance, la corruption, les coups de force perpétrés par des civils et des militaires pour la conquête ou la conservation du pouvoir, n’est-ce pas là le lot quotidien de l’actualité politique, économique et sociale en Afrique ?

Les événements de ces deux dernières années en Mauritanie, en Guinée Bissau, et plus récemment encore au Niger, au Madagascar et en Guinée en sont malheureusement la triste mais parfaite illustration.

C’est l’occasion pour moi ici, de constater, pour m’en féliciter, la réaction vigoureuse de l’Union Africaine, celle de la CEDEAO, de l’Union Européenne, des Etats-Unis et des Nations Unies exigeant, selon les cas, le retour à l’ordre constitutionnel, le respect des accords et de la Loi, ou tout simplement l’observance des règles de bonne gouvernance.

Mais nous savons bien, Chers Camarades, que pour rassurantes que soient ces réactions, il reste encore la grande question de l’application réelle des sanctions pour ruiner définitivement les espoirs d’impunité  dont se nourrissent les auteurs de ces violations des normes démocratiques.

Ce sujet nous importe tant nous savons que le Sénégal, notre pays, n’échappe pas hélas à ces travers. Le cas de notre pays a même ceci de révoltant qu’en 2000, et en dépit de tous les reproches que l’on a pu faire au régime socialiste, celui-ci a légué à Abdoulaye Wade, dans un élan d’une particulière élégance démocratique, une situation institutionnelle, économique et sociale certes à  améliorer, mais constituant incontestablement des acquis qui situaient notre jeune Nation parmi les plus crédibles et les plus dignes d’être citées en exemple sur le continent.

L’alternance politique, après quelques semaines d’euphorie et d’espoir bien compréhensibles, a accouché de tâtonnements révélateurs d’une incompétence et d’une insouciance notoires.

En atteste le naufrage du bateau « Le Joola », la plus grande tragédie de l’histoire maritime de l’humanité provoquée par une succession de négligences coupables et par l’insouciance du pouvoir.

En attestent encore les travaux mal exécutés et inachevés de l’ANOCI, faute d’études préalables sérieuses et d’une absence totale d’analyse d’impact, dont l’illustration la plus marquante est ce chantier permanent que l’on désigne sous le nom de tunnel et qui met en danger la sécurité des usagers.

L’alternance politique n’a depuis accouché que de manipulations des institutions aux mains de forces malveillantes, dénuées du sens de l’Etat et de la République.

L’alternance politique n’a depuis accouché que de choix économiques douteux et de politiques sectorielles incohérentes qui ont enfoncé les populations dans la pauvreté et la précarité et maintenu la jeunesse dans l’angoisse du chômage permanent et d’un avenir sans perspective. En attestent, les révoltes de quartiers, la paupérisation du monde rural, l’immigration clandestine et la place peu enviable de notre pays sur les différentes échelles mesurant l’indice de développement humain.

L’alternance politique a, depuis, accouché d’un système de brigandage et d’une économie de tripot dont les tenants, cupides et retors, dépouillent et spolient notre peuple. Le déni de gestion, j’allais dire, le saccage de l’ANOCI, le double scandale de la cession du domaine de l’Aéroport et du Monument de la Renaissance Africaine ainsi que la sordide affaire « Alex Segura/Abdoulaye Wade » sont les illustrations les plus récentes de cette délinquance financière couverte ou exécutée par les plus hautes autorités de l’Etat.

Que le régime de Wade ait irrémédiablement failli, plus aucun sénégalais soucieux de l’intérêt général n’en doute !

Aussi, sommes-nous à la croisée des chemins. Deux événements d’une immense portée symbolique, citoyenne et politique en constituent des indices qui ne trompent pas.

D’une part la tenue et les conclusions consensuelles remarquables des Assises Nationales.

D’autre part les résultats que, dans un sursaut patriotique historique et salutaire, les électeurs ont donné aux listes de Bennoo Siggil Senegaal, le 22 Mars 2009, envoyant du même coup au régime patrimonialo-affairiste et à ses affidés, le signal d’un changement de cap dont le parachèvement devrait, selon le souhait et la volonté de l’immense majorité, advenir en 2012.

Mes Chers Camarades, chers invités,

Permettez-moi à ce stade de mon propos de saluer et féliciter, à nouveau, nos élus, tous nos élus, ceux des villes comme ceux des campagnes, Présidents de région, Maires, Présidents de Conseil rural, tous nos Conseillers, militants et sympathisants, citoyens anonymes,  toutes ces femmes et tous ces hommes qui ont accepté, sous le couvert et le label de Bennoo Siggil Senegaal, de partir courageusement au combat pour la collecte des suffrages au service de leurs localités respectives et pour la dignité de la politique.

En votant massivement pour les listes Bennoo Siggil Senegaal, le peuple du Sénégal leur a exprimé une confiance et une reconnaissance à la mesure de leur détermination, et ce en dépit des basses manœuvres d’un gouvernement sans scrupule qui a continué à remodeler les circonscriptions électorales jusqu’à cinq jours de la date butoir du dépôt des candidatures dans le but évident de provoquer la forclusion de nos listes dans près de 120 localités du pays.

Du haut de cette tribune, je voudrais leur dire, à ces élus, que le tout n’est pas de gagner, mais bien d’œuvrer à toujours mériter cette confiance, de ne jamais la trahir, de la porter comme un viatique, car ma conviction est et reste que le 22 Mars 2009, est annonciateur d’autres victoires plus éclatantes et plus décisives encore, tant l’exaspération du peuple et sa farouche volonté  de changement sont réelles.

Alors, chers élus, en même temps que mes félicitations et mes encouragements, je vous demande de toujours tenir le flambeau au risque de vous brûler les doigts car ce qui s’est passé le 22 Mars 2009 n’est pas la victoire de Bennoo, encore moins d’un parti politique, c’est celle de l’espoir de tout un peuple qui tient à rester debout face au régime prédateur de Wade.

Cet espoir nous dit que le changement est possible. Cet espoir nous dit surtout que le changement est à notre portée.

A nous de mettre en synergie, les moyens, les idées et les méthodes appropriés afin de le réaliser.

Voilà  pourquoi, je me félicite du choix du thème général de notre Université  d’Eté « Projet Socialiste, Assises Nationales et Alliances Politiques »

Cette session qui s’inscrit dans une tradition maintenant bien établie, est l’occasion de faire le point sur l’identité de notre parti, face aux soubresauts de notre époque et de discuter de questions majeures touchant à la vie nationale.

Notre thème général est tout à fait conforme à ce double souci.

Aussi voudrais-je féliciter la commission scientifique, le comité d’organisation et chacune de leurs composantes pour le travail de conception et de mobilisation qui nous permet d’être ensemble pour deux jours d’échanges, articulés autour de panels que vont animer nos camarades.

Comme je le faisais remarquer plus haut, les Assises Nationales et les élections locales du 22 Mars 2009 marquent d’une pierre blanche les prémices d’une ère nouvelle qui sera de rupture avec les errements et les graves pathologies du règne de Abdoulaye Wade.

Ces deux repères sont eux-mêmes l’aboutissement d’un processus et d’une convergence d’initiatives, de résistances et de luttes de plusieurs partenaires et dont le Parti Socialiste est à la fois témoin et acteur depuis 2000.

C’est le lieu ici de saluer, en dépit des difficultés et des incompréhensions qui ont jalonné ce parcours, le patriotisme, l’engagement, la combativité et la persévérance de toutes ces formations politiques, de toutes ces organisations non partisanes, de toutes ces Sénégalaises et de tous ces Sénégalais, qui, jour après jour, année après année, ont travaillé sans jamais se lasser, à révéler la véritable nature du régime de Wade.

Pour avoir été battu en 2000 et subi l’opprobre de tous ceux qui, à un degré ou un autre, souhaitaient et travaillaient à  sa liquidation définitive, le Parti Socialiste connaît le prix de la survie et mesure l’importance de la conviction, de la fidélité  à des principes justes, de la solidarité, mais aussi de la capacité  d’autocritique et de dépassement pour servir son pays.

Il n’est pas douteux que chaque membre de Bennoo ait eu, peu ou prou, à faire un tel constat en analysant son propre parcours.

Et il est tout aussi certain que ce qui nous rassemble et nous unit dans cette coalition, c’est notre commune volonté de réussir ce que Abdoulaye Wade n’a pas su faire en dépit de l’espérance et des immenses pouvoirs et moyens dont il dispose depuis bientôt 10 ans : je veux parler de la préservation des valeurs républicaines, de l’approfondissement de la démocratie et de la mise en œuvre de politiques soucieuses de l’intérêt général et du développement intégral.

Ce dénominateur commun est ce qui nous anime dans le respect des identités et de la diversité qui caractérisent notre compagnonnage. Ce dénominateur commun, c’est aussi l’égale dignité de tous les membres de Bennoo. Chaque membre apportant ses forces et ses faiblesses, nous nous enrichissons de nos complémentarités, mais surtout de nos différences et de la diversité de nos parcours.

Je voudrais, à ce stade de mon propos, réaffirmer, au nom de toutes les militantes et de tous les militants dans cette salle symbolique et au-delà dans toutes les villes et tous les villages, l’attachement du Parti Socialiste à la poursuite de ce combat, dans le cadre de Bennoo et au besoin au-delà de Bennoo et ce, avec la ferme volonté d’aller tous ensemble à l’aboutissement de notre programme.

Les Sénégalais appellent de tous leurs vœux le  maintien et le raffermissent de l’unité au sein de Bennoo.

Et ils ont mille fois raison !

Ils savent, et nous avec eux, que c’est parce qu’une coalition est une interpénétration de principes communs et d’objectifs communs d’une part,  d’intérêts liés à des identités et itinéraires divers d’autre part, qu’il y a recherche de consensus, débat, peut être même parfois des lenteurs et des contradictions sur la voie de l’accord dont je suis persuadé qu’il arrivera en temps opportun.

J’affirme pour ma part, qu’il est  conforme aux principes démocratiques et qu’il est même salutaire pour notre combat en vue des échéances de 2012, que mille chemins soient explorés, et que, pour reprendre Mao, mille idées fleurissent. Nous devons seulement savoir garder le cap en séparant la bonne graine de l’ivraie.

Mes chers camarades, c’est le lieu maintenant d’énoncer une première idée force, un principe autour duquel je voudrais bâtir le canevas de ce cours inaugural.

Ce principe  nous est cher,  à nous socialistes : FAIRE ENSEMBLE DE LA POLITIQUE EST NOTRE VOCATION.

Et il convient, derrière son apparente évidence, de prendre au sérieux chacun des termes de cet énoncé. Cela veut dire, notamment pour nous, qui avons été au pouvoir et qui aspirons à y revenir, que nous faisons de la politique non pas pour une minorité, mais pour la société sénégalaise prise dans son  ensemble.

Et c’est une ligne de démarcation majeure face à celle que pratiquent ceux qui nous gouvernent actuellement.  C’est aussi un axe de réflexion  déterminant pour savoir qui et qui peuvent aller ensemble à la conquête du pouvoir.

Mais il y a une autre raison, qui, du reste, ne fait que confirmer la précédente. Si  faire ensemble de la politique est un postulat qui mérite d’être rappelé et souligné, c’est aussi parce que la politique a besoin d’être réhabilitée. Du fait de certaines conduites qui la travestissent et la desservent dans tous les régimes politiques, hier comme aujourd’hui et parce qu’elle est le lieu par excellence de la passion et des luttes d’intérêt, on en oublie sa mission et sa pratique essentielles, en la brocardant et en la caricaturant sous le qualificatif de ‘’politicien’’ et des adeptes du «partage de gâteau»

Voilà  pourquoi, de temps en temps, des voix, tout aussi victimes d’aveuglement, appellent à la mise entre parenthèse, pour ne pas dire  à la retraite de ceux dont la vocation déclarée et assumée, est de faire de la politique, avec l’espoir que ceux qui se substitueraient à eux réussiraient là ou ils sont réputés avoir échoué.

Faire  de la politique est un sacerdoce fait d’abnégation et de sacrifices aussi gratifiants que ne veulent bien le dire ceux qui en dénigrent les acteurs. L’histoire a montré et bien des Constitutions ont confirmé que les partis politiques, à travers leurs programmes et leurs activités légales, concourent à la formation et à  l’information  des citoyens, de même qu’ils participent avec d’autres associations, à la défense des intérêts de ceux-ci notamment, leurs libertés et leurs conditions de vie et d’épanouissement.

En outre, la vocation du politique a ceci de particulier qu’il propose un projet de société ; parce que la société étant un tout, on ne peut la construire et la développer sans une vision d’ensemble et des leviers ordonnés à cette vision d’ensemble.

L’histoire de notre formation politique montre ses fondateurs et ses dirigeants successifs constamment soucieux de bâtir un large rassemblement de forces vives pour atteindre de tels objectifs.

Sous ce rapport, le Parti Socialiste qui se réclame du socialisme démocratique, ambitionne de travailler à l’émergence d’une société  de justice sociale, de valeurs républicaines, de démocratie et de solidarité.

C’est la base du projet  socialiste dont la permanence et la continuité  dans le temps ont été parfois rudement mises à l’épreuve à la fois par des conjonctures nationale et internationale difficiles, ainsi par des soubresauts internes et des heurts ou rencontres avec des acteurs porteurs d’autres  projets de société.

Aujourd’hui, ce projet socialiste, nous l’avons enrichi et actualisé à  la faveur d’une longue maturation et d’un exercice d’introspection mené sans complaisance. Car, en tant que parti ayant exercé  le pouvoir, certes nous avons appris de nos réussites, mais nous aurons surtout appris de nos échecs, de nos erreurs et de nos fautes. Et si, aujourd’hui, Abdoulaye Wade ne sait pas pourquoi il a gagné en 2000, le Parti socialiste sait pourquoi il a perdu.

Il y a donc bien un projet socialiste fondé sur notre foi en la personne humaine et sur les valeurs affirmées de progrès, de justice sociale et de solidarité. Et c’est parce que nos valeurs sont profondément humanistes, démocratiques et sociales que notre projet se nourrit de deux grands principes :

- la valorisation du capital humain de notre pays pour placer l’économie, l’égalité des chances, l’école, la santé et l’emploi des jeunes au cœur de toutes les politiques publiques ;

- le Minimum National Partagé afin d’ériger un système qui donne à tous de meilleures opportunités d’accès au bien-être, aux services sociaux essentiels, aux infrastructures et commodités de base.

Chers camarades, chers invités,

Au cours de la présente université d’été, nos camarades présentateurs  du premier panel auront l’occasion de revisiter pour nous le cheminement et le portrait  des précurseurs et continuateurs qui ont conduit le parti, du Bloc Démocratique Sénégalais à l’Union Progressiste Sénégalaise puis au Parti Socialiste, à travers mutations et compromis sans jamais renoncer à l’idéal du socialisme démocratique. J’ajouterai, sans jamais mettre en péril la République, car, pour reprendre le mot de Jaurès, « le socialisme, c’est la République jusqu’au bout. »

Je me contenterai ici de relever, pour m’en féliciter, que cette histoire est révélatrice d’une volonté constante de se lier à un large spectre de groupes et d’associations, tous jaloux de leur autonomie et cependant solidaires pour l’avènement d’une société de progrès et de justice sociale.

L’histoire de notre parti est de ce point de vue utile et éclairante pour faire comprendre pourquoi aujourd’hui, en 2009, ce débat animé au sein et en dehors de Bennoo, nous importe au plus haut point et nous trouve préparés et acquis à la nécessité de lui chercher une issue heureuse.

L’enseignement que nous livre l’histoire du Parti Socialiste de sa naissance à  nos jours  est qu’il y a une ligne de force porteuse des conditions minimales pour rassembler les forces vives en vue de conquérir ou de conserver le pouvoir.

Disposer d’un programme crédible, respecter l’autonomie et la dignité  de chaque composante, fédérer les énergies dans un front unifié, tel devra être notre credo !

Certes l’histoire du Parti Socialiste comporte des cas d’unité organique, de fusion et de recomposition, mais elle est restée cimentée par la doctrine du socialisme démocratique car telle est notre identité  et le socle d’ouverture pour écouter et  aller à la rencontre des autres.

Voilà  pourquoi, au sein de Bennoo et pour le triomphe de son programme, nous constituons un témoin et un acteur dont la disponibilité à  aller ensemble avec ses pairs ne peut souffrir l’ombre d’un doute.

Je voudrais à présent, mes chers camarades, aborder la deuxième grande idée autour de laquelle ce texte introductif vous invite à  débattre et à faire des propositions pour éclairer notre conduite à venir.

Pour le Parti Socialiste, ce sont les mutations de notre époque et les valeurs que nous avons en partage avec d’autres formations au sein de Bennoo et avec des mouvements sociaux en dehors de cette coalition qui doivent commander nos choix politiques et éthiques dans la perspective de 2012.

Et d’abord à propos des mutations. Pour m’en tenir au seul cas du Parti Socialiste pour lequel notre exercice de ces deux jours est aussi, je le répète, une manière de tester et de confirmer notre identité, les mutations de notre époque nous ont conduits à  ajuster nos instruments d’analyse et d’organisation, pour demeurer ce que nous voulons être fondamentalement, c’est à dire des adeptes du socialisme démocratique.

Prenons un domaine aussi essentiel que la question du lien organique avec des organisations syndicales.

L’histoire de notre formation politique, du BDS à l’UPS, est marquée par ce trait d’organisation qui fait l’une des particularités du socialisme démocratique à savoir des liens d’affiliation entre le parti et une grande centrale syndicale. C’est ce que recouvrait le concept de participation responsable.

Le bilan doit en être fait un jour pour en connaître les erreurs et les limites, mais également les gains et la signification tant pour les travailleurs que pour la massification d’un parti quel qu’il soit à partir du moment où il ambitionne de réaliser une vraie politique de  gauche.

Le Parti Socialiste qui a tiré les leçons de l’affiliation avec la CNTS, en réorganisant les travailleurs socialistes, est d’avis que c’est là une donnée avec laquelle il faut compter mais en respectant la volonté d’indépendance de tous les organismes qui concourent à l’expression des droits et des libertés de leurs mandants.

Par ailleurs, toujours à propos des mutations de notre époque, la montée en puissance d’Acteurs du combat pour les droits et libertés, même si certains d’entre eux ne sont pas nouveaux  dans l’espace national et international, de la lutte pour l’approfondissement de la démocratie, constitue une autre donnée de nature à changer notre regard et notre conduite dans la conception et la gestion des affaires de la Cité.

Vous aurez compris, camarades, que je veux parler de ces partenaires actuels ou potentiels qui préfèrent se définir comme mouvement de la société civile.

Ce large spectre d’organismes comprend entre autres, des structures de défense de la citoyenneté, des associations de défense des droits de l’homme, des média et même, dans une certaine mesure des collectivités locales dont l’émergence et  les activités ont le mérite d’inviter et de pousser l’Etat, l’administration et les entreprises privées à corriger les limites et les imperfections des pouvoirs à  tendances centralisatrices ou totalitaires.

Toutefois, dans ces deux exemples du reste fort significatifs une question majeure demeure en filigrane, sur laquelle je voudrais insister quelque peu.

Par rapport aux enjeux qui occupent notre réflexion, et donc dans la perspective de changement que nous appelons de nos vœux et à laquelle nous travaillons sans relâche, comment s’allier à tous ces mouvements et Acteurs non partisans, porteurs de revendications pour la citoyenneté, les libertés et les droits les plus divers ?

La réponse  à cette question ne peut venir que de l’identification et de la promotion de valeurs en partage.

Le premier pas décisif, se trouve dans la reconnaissance et l’acceptation  de la pluralité des pôles concernés par le désir et la volonté  de changement, ainsi que leur attachement à des principes de concertation et de prise de décision.  Il y a  de ce point de vue, incontestablement, des vecteurs ou des axes de convergence susceptibles d’aboutir à  un Accord, si ce n’est déjà fait.

Il me semble judicieux pour en donner une perception claire d’examiner d’une part, les grandes valeurs susceptibles de rassembler tous ceux qui croient à une politique de restauration de la dignité  nationale et des fondamentaux économique, social et culturel ; valeurs de progrès et de justice sociale qui sont fondamentalement des valeurs de gauche.

Il faut d’autre part, sur ce plan, mettre en exergue et promouvoir ce qui nous vient des conclusions des Assises nationales et de notre expérience en cours au sien de Bennoo Siggil Senegaal. En effet, l’observance de l’indépendance des partenaires est une règle inscrite en lettre d’or dans toutes les coalitions dont le Parti Socialiste a fait partie, notamment depuis 2000. A fortiori doit-elle être de mise dans la perspective d’un grand rassemblement unitaire avec des mouvements de la société  civile, ou encore avec des personnalités indépendantes.

Mais cette règle est assortie d’un lien étroit avec une autre, l’impérieuse nécessité de respecter des principes de conduite, notamment l’idée de pacte sanctionnant tous les accords pour leur respect et leur application.

Il y a là un  point de départ  d’autant plus capital, qu’il s’appuie  sur une certitude partagée : à savoir que le régime de Wade a échoué et que c’est  le devoir de tous les patriotes de notre pays de s’unir pour mettre un terme à une dérive globale ruineuse pour notre survie et pour notre aspiration commune au progrès et à la justice sociale.

Mais, mes Chers camarades, il est bien évident que pour importants que soient les préalables qui viennent d’être déclinés, il est encore plus déterminant d’avoir une plate-forme commune portant sur les objectifs politiques majeurs et sur les mécanismes propres à les faire atteindre. Or, de ce point de vue, il convient de se féliciter des convergences intervenues entre d’une part les conclusions des Assises nationales et d’autre part le consensus qui a porté Bennoo au niveau de réalité et de consistance où il se trouve aujourd’hui.

En termes d’objectifs il s’agit de confirmer aux organisations non partisanes, parties prenantes aux Assises nationales et  de donner l’assurance à celles qui n’ont pas encore rejoint cette dynamique historique, que Bennoo leur offre un cadre de négociation et d’action de nature à défendre et à cultiver nos valeurs partagées.

Examinons quelques unes d’entre elles qui ont rang d’orientations stratégiques, sans prétendre pour autant à l’exhaustivité.

En droite ligne de l’autonomie et de l’indépendance des partenaires, la construction d’une société respectueuse des libertés et de la propriété privée ; un programme minimum d’urgence pour apporter aux populations des réponses aux angoisses liées à la profonde dégradation de leurs conditions de vie ; l’acceptation de l’économie de marché mais sans concession sur  les dérives et les dangers du capitalisme financier et de la société de marché ; l’intervention régulatrice de l’Etat, sans tomber dans le travers des économies administrées ; l’approfondissement de la démocratie ; la recherche d’équilibres sociaux  respectueux des  conquêtes sociales, mais qui ne sauraient être des remises en cause d’acquis fondamentaux.

S’agissant à présent du schéma institutionnel garantissant l’avènement d’une nouvelle République  apte à recevoir et à  nourrir les attentes des différents partenaires et par la même occasion être au service exclusif du Sénégal et des Sénégalais, la Charte de gouvernance démocratique et les conclusions des Assises nationales en constituent la quintessence.

Pour en avoir été l’un des coorganisateurs et l’un des signataires, le Parti Socialiste se réjouit de constater une progressive convergence de vue entre formations politiques, citoyens et mouvements de la société  civile, au fur et à mesure que Abdoulaye Wade affiche, sans vergogne et sans repentir, la face hideuse de son pouvoir et sur laquelle, nous socialistes, ne nous sommes jamais trompés depuis le premier jour de l’Alternance.

Le Parti Socialiste constate également, pour s’en féliciter, que les conclusions des Assises nationales sont quasi conformes au programme de son candidat à la présidentielle de 2007 et à la plate-forme de la CPA, élaborée en 2006 en vue de la présidentielle de 2007.

De telles lignes de force ne peuvent être révélatrices  que de la juste cause qui nous unit au sein de Bennoo et à laquelle nous convions ceux qui ne nous ont pas encore rejoints. Non pas sur la pertinence des principes, car sur ce plan, nous pensons que la cause est entendue, mais pour un engagement commun devant l’opinion nationale et internationale à aller ensemble en 2012 pour l’avènement d’une ère nouvelle.

Mes Chers Camarades,

Voilà  sommairement annoncés quelques axes de réflexion à approfondir pour la construction d’une synergie des forces vives du pays dans la perspective des échéances de 2012.

Notre parti, mes chers camarades, n’y voit qu’interpellation, approfondissement et actualisation de ce qui fait notre doctrine. En effet, le socialisme démocratique, tout en s’inspirant des valeurs humanistes universelles doit constamment, dans chaque pays, à chaque étape de l’histoire de celui-ci, se préoccuper de savoir comment rassembler la communauté  nationale pour résoudre les problèmes majeurs rencontrés.

Cette étape  est celle de mutations identifiées et de défis posés par l’urgence de vaincre et de débarrasser le Sénégal du régime honni de Wade. Le reste, qui n’est pas négligeable, est affaire de modalités.

Vous aurez compris que j’aborde ici une question qui est au cœur des débats au sein de Benno.

Nous avons engagé au sein du parti une réflexion et  nous avons, à l’instar des autres partenaires, communiqué notre contribution à ce débat. Elle est, pour l’essentiel, une proposition d’approche méthodologique pour que le consensus l’emporte sur toute autre considération, quel que soit le cas de figure adopté par rapport à la question de la meilleure stratégie électorale en direction des échéances de 2012.

Que le débat soit porté au sein et en dehors de Bennoo, je n’y vois aucun inconvénient majeur à ce stade du processus de recherche d’un accord. C’est même le contraire qui devrait inquiéter lorsqu’on croit aux vertus de la démocratie. Qu’il y ait par ailleurs des différences de point de vues exprimées publiquement, il faut n’avoir aucune expérience de cette sorte d’entreprise pour y voir déjà un échec ou les prémices d’un clash

Pour ma part, je regarde sereinement, et avec beaucoup plus d’optimisme, ce qui se fait au sein de Bennoo, car nous avons été instruits, les uns et les autres, de tout ce qui se passe dans le monde, et en Afrique notamment, face à une question aussi cruciale que celle des alliances, pour la conquête du pouvoir.

Ma conviction est qu’aucun membre de notre organisation ne prendra la responsabilité de décevoir les Sénégalais et de leur ôter la chance de construire avec eux cette nouvelle République que nous appelons tous de nos vœux. En effet, mes Chers Camarades, nous ne sommes pas ici pour nous abandonner à des passions et à des émotions toutes stériles mais bien pour mettre en commun nos forces de raison et de sentiment en vue de l’avènement d’un Sénégal meilleur.

Nous devons, nous inscrivant dans la démarche historique du socialisme démocratique, du vécu et de l’histoire de notre parti, des intérêts supérieurs de notre Nation et de ceux de notre Peuple y travailler pour y arriver.

Pour ce qui me concerne, j’y engagerai naturellement notre parti avec tous nos camarades. Je les y engagerai avec détermination et sincérité  c'est-à-dire sans préjugé ni arrière pensée comme nous l’avons toujours fait depuis 2000.

En effet, depuis le CPC, le Cadre permanent de Concertation de l’Opposition, mis en place en 2001, jusqu’à Bennoo Siggil Senegaal, en passant par les Assises nationales, le Parti socialiste n’a jamais été  pris à défaut sur son engagement et sur le respect de la parole donnée. Notre engagement a toujours été total et entier, notre parole a toujours été respectée.

Nous sommes, à nouveau, prêts à faire tous les sacrifices possibles et nécessaires pour faire partir Abdoulaye Wade et mettre fin à  son régime afin de redonner à notre pays un nouvel élan sur la base des conclusions des Assises nationales dans le cadre d’une coalition politique la plus large possible, mais surtout la plus solide possible.

Le Parti Socialiste veut aller aussi loin que possible, mais le Parti Socialiste ne veut pas d’une coalition colmatée, d’une coalition rafistolée. Le Parti Socialiste ne veut pas d’une coalition à la « tàf yëngël » qui va tanguer ou couler aux moindres remous.

Le Parti Socialiste veut d’une coalition reposant sur des fondations solides et bâtie à partir d’une armature programmatique inébranlable. Le Parti Socialiste ne veut pas seulement d’une coalition électorale dont le dénominateur commun serait uniquement « na dem, na dema dema dem ».

Le Parti Socialiste veut surtout et avant tout d’une coalition de gouvernement, d’une coalition au service d’un projet, au service du Sénégal et des Sénégalais.

Le Parti socialiste veut convaincre chaque Sénégalaise et chaque Sénégalais que c’est « le collectif qui porte l’individuel » pour reprendre la belle formule de notre camarade du Parti socialiste français François Hollande. Le Parti socialiste veut convaincre chacune et chacun de nos compatriotes que le salut viendra du projet et de l’équipe qui va le mettre en œuvre.

Car il faut l’admettre, pour reconstruire ce que Abdoulaye Wade a déconstruit, pour remettre le Sénégal sur les rails d’une gestion saine et vertueuse des ressources et des affaires publiques, dans l’équité et la transparence, tout gouvernement  aura besoin d’une base politique et sociale, d’un soutien politique et social, les plus larges et les plus solides possible.

Donc, camarades de Bennoo, camarades socialistes, plus qu’une nécessité, la construction d’une vaste coalition électorale et de gouvernement est une exigence qui relève tout simplement du réalisme. Ensemble et par le pragmatisme le plus avisé, nous devons bouger les lignes et arriver à une large unité d’action bâtie sur des lignes convergentes.

C’est pourquoi, j’ai lancé la semaine dernière à New York, aux Etats-Unis d’Amérique, l’idée de travailler au plus grand rassemblement jamais réalisé dans l’histoire politique de notre pays, pas seulement pour mettre un terme au régime nocif d’Abdoulaye Wade, mais surtout pour impulser, à notre pays, un nouvel élan, un nouvel élan d’espoir, un nouvel élan de dépassement, un nouvel élan vers l’émergence et le développement intégral.

Et aujourd’hui encore, je voudrais, à nouveau, lancer un appel à toutes les Sénégalaises et à tous les Sénégalais, à tous ceux qui ont la ferme volonté de mettre fin aux souffrances du peuple et de reconstruire notre pays sur de nouvelles bases fondées sur le respect, la dignité et l’intégrité.

Je voudrais dire à chacune et à chacun que nous sommes tous interpelés parce que ce qui est en péril, ce n’est pas seulement nos finances publiques, ce n’est pas seulement l’économie nationale, ce n’est pas seulement l’école, le système de santé, les libertés, la démocratie.

Ce qui est en péril, menacé par le régime d’Abdoulaye Wade et sa furie destructrice, ce sont surtout la Nation et les valeurs qui ont toujours fondé notre commun vouloir de vivre ensemble.

Je voudrais dire à chacun et à tous que pour affronter et vaincre le péril le plus pernicieux que notre pays ait eu à conjurer, aucun sacrifice n’est de trop et aucun Sénégalais n’est de trop.

En terminant, je voudrais, Chers Camarades, évoquer le temps des grandes avancées et réalisations de l’humanité, celui des siècles passés, où les hommes tourmentés par les dures épreuves de ce temps là, engagèrent une lutte de libération novatrice.

Tous ceux, d’entre eux capables de réflexion, de hauteur et de générosité  avaient forgé la modernité de leur époque.

Ils avaient conscience, tout en posant les balises du lendemain, de définir et d’ouvrir les voies d’un avenir inédit et d’un meilleur devenir. Ils se sentaient comme des hommes nouveaux engagés dans une œuvre qui dépassent leur personne et leur ambition personnelle.

Soyons parmi ces hommes d’espérance, de lumière et de progrès. Pour paraphraser Gabriel Garcia Marquez, donnons une valeur à Bennoo non pas pour ce qu’elle représente, mais pour ce qu’elle signifie !

Le Sénégal le mérite, notre peuple l’attend et nous sommes aptes à  le faire.

Ainsi, lorsque la victoire sera là, elle sera commune !

Vive le Sénégal !

Vive Benno Siggil Senegaal !

Vive le Parti Socialiste !

Maison du Parti socialiste Léopold Sédar SENGHOR
Salle du Congrès
Samedi 14 Novembre 2009

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